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Coupe du monde 2026 : Assal Pahlevan dénonce une équipe non représentative

Le lundi 15 juin, un mouvement de protestation contre le régime de Téhéran a rassemblé environ un millier de personnes aux abords du SoFi Stadium d’Inglewood avant le match Iran – Nouvelle-Zélande, qui s’est terminé sur un score de 2-2. Assal Pahlevan a déclaré que cette sélection « ne nous représente pas » et que le drapeau affiché « n’est pas le leur, c’est celui du peuple ».

De notre envoyé spécial à Los Angeles,

Ce lundi 15 juin, une journée atypique pour les supporters iraniens à Los Angeles. Quelques heures avant le match, un important mouvement de protestation contre le régime de Téhéran a rassemblé environ un millier de personnes aux abords du SoFi Stadium d’Inglewood, mais l’atmosphère a radicalement changé une fois à l’intérieur du stade, à la surprise générale.

Ce premier match de la « Team Meli » aurait dû offrir aux opposants l’opportunité de faire savoir qu’ils se désolidarisaient complètement de leur équipe, qu’ils perçoivent comme l’émanation sportive de la République islamique d’Iran et de ses dirigeants. La veille, nous avions suivi les préparatifs de cette manifestation significative dans la famille d’Assal Pahlevan, journaliste et militante exilée à Paris puis à Los Angeles, et il avait été annoncé qu’aucun supporter ne célébrerait, autant que possible, les buts iraniens.

Cependant, la réalité a été tout autre. La grande majorité des Iraniens présents à Los Angeles ce lundi soir, issus d’une diaspora appelant à la chute du régime et à l’établissement de la démocratie, auraient dû voir les onze joueurs sur le terrain se sentir isolés lors des célébrations contre la Nouvelle-Zélande. Pourtant, après avoir encaissé le premier but en début de match, les hommes d’Amir Ghalenoei ont égalisé, provoquant une explosion de joie dans le stade. Il en a été de même pour le but du 2-2, alors que les Néo-Zélandais avaient repris l’avantage au début de la seconde période.

Cela a certainement été un déchirement pour Assal Pahlevan, qui n’a pas répondu à nos messages après avoir quitté le groupe lors des préparatifs de cette journée, indéniablement unique. On l’imagine déçue, bien que combative et pleine d’espoir avant ce match. Cela n’enlève rien à la force de l’entretien qu’elle nous a accordé quelques heures avant le match nul de l’Iran (2-2) contre des Néo-Zélandais compétitifs, que nous vous présentons ce mardi.

Pouvez-vous vous présenter et nous dire ce que vous faites à Los Angeles ?

Je suis journaliste et j’anime une émission de télévision trois fois par semaine destinée aux Iraniens restés au pays. Grâce au satellite, ils ont accès à une information indépendante sur la réalité du régime. Je me considère comme leur voix depuis les États-Unis. Je collabore également avec des prisonniers politiques, des mouvements étudiants et des militants en Iran. Une part importante de mon travail consiste à faire connaître notre action à la diaspora iranienne pour collecter les fonds nécessaires.

Racontez-nous le moment où vous avez dû fuir l’Iran avec votre famille.

J’ai quitté l’Iran avec ma famille il y a quarante ans. Nous avons quitté le pays pour Paris après la libération de mon père, arrêté peu après l’arrivée de Khomeini au pouvoir. Mon père, écrivain et intellectuel connu en Iran, a obtenu des visas rapidement. En vingt-quatre heures, tout était préparé, et nous avons quitté le pays dans le plus grand secret, à la surprise de tous, même de nos amis.

Pourquoi avez-vous finalement quitté la France après dix ans ?

Mon père y était exposé à des menaces. J’ai prolongé mon séjour car j’y avais grandi, fait mes études et construit ma vie. Mais j’ai fini par rejoindre mes parents, pour des raisons de sécurité, ayant moi-même engagé une lutte contre le régime iranien. Le jour où deux policiers sont venus arrêter mon père, alors que j’avais douze ans, j’ai compris la véritable nature de ce régime. J’ai essayé de me mettre devant la porte pour les empêcher de l’emmener. Lorsque j’ai demandé à les accompagner, ils ont refusé. L’un d’eux m’a promis qu’il reviendrait rapidement. Ce jour-là, j’ai juré de lutter contre ce régime toute ma vie.

Craignez-vous encore pour votre vie ou celle de votre père aujourd’hui ?

Non. Bien sûr, le régime aimerait nous faire taire, mais nous sommes des personnalités connues. S’en prendre à nous susciterait une forte indignation. J’anime une émission d’opposition très suivie en Iran, et nous avons un magazine et une radio. Mon père reste également une figure intellectuelle respectée. Le coût politique serait trop élevé pour eux.

Comment décririez-vous la situation en Iran après les manifestations de décembre et la répression de janvier ?

C’est le chaos. Selon nos informations, le régime a agi avec une brutalité extrême lors de la répression des mouvements de contestation en décembre 2025. Entre le 8 et le 9 janvier, environ 42.000 personnes* auraient été tuées, principalement des jeunes. Quel régime peut agir ainsi contre sa propre jeunesse ? Ce système doit tomber, et cela doit se faire rapidement.

Les attaques des États-Unis et d’Israël ont suscité une vague d’indignation à travers le monde. Qu’en pensez-vous ?

Le régime islamique est au pouvoir depuis quarante-sept ans, et les Iraniens souffrent depuis tout ce temps. Si aujourd’hui Israël ou les États-Unis aident à affaiblir ce régime, nous ne pouvons pas l’ignorer. Le peuple iranien a tenté de se soulever, comme lors du mouvement « Femme, Vie, Liberté », mais il n’a jamais reçu l’aide souhaitée. Donc, je n’hésite pas à dire que je suis heureuse de voir des puissances étrangères attaquer enfin ce régime.

Pensiez-vous que le régime résisterait aussi longtemps ?

Oui. Je n’ai jamais cru à un effondrement rapide. L’Iran possède des ressources considérables et une longue expérience des conflits. Mais je suis persuadée que le régime traverse l’une de ses périodes les plus fragiles. Je crois que des changements majeurs approchent.

Comment imaginez-vous l’avenir de l’Iran si le régime venait à tomber ?

J’ai toujours eu confiance en Reza Pahlavi, le fils du Shah. Il défend l’idée que le peuple iranien doit pouvoir décider librement de son avenir, et que la démocratie ne se négocie pas. Même si je n’ai jamais été membre de son mouvement, je pense qu’il représente aujourd’hui l’une des options les plus crédibles pour préparer l’après-régime. Son équipe élabore depuis longtemps un projet de transition avec des universitaires, des économistes et d’autres experts. C’est essentiel, car beaucoup d’Iraniens craignent le chaos. Nous leur expliquons qu’une alternative existe et que les conditions sont réunies pour retrouver rapidement la stabilité. Je suis convaincue que ce moment est plus proche que jamais.

Que représente à vos yeux cette sélection iranienne engagée dans ce Mondial ?

Le régime a clairement déclaré que les joueurs représenteraient le gouvernement iranien lors de cette Coupe du monde. Donc cette équipe ne nous représente pas. Et ce drapeau, ce n’est pas le leur, c’est celui du peuple. Nous ne les accueillerons pas hostilement, nous ne chanterons pas contre eux ni ne les sifflerons, mais j’espère que nous ne les encouragerons pas non plus. Ce que nous voulons, c’est être présents au stade et faire entendre notre voix, celle d’un peuple qui réclame la liberté à laquelle il a droit.

* Le nombre de 42.000 morts, souvent cité par les opposants au régime de Téhéran, n’est pas un chiffre officiel et les estimations varient considérablement d’une source à l’autre. Le magazine américain Time a rapporté que plus de 30.000 personnes auraient été tuées au cours de ces 48 heures de répression, selon des sources du ministère iranien de la Santé.