
Coronavirus : Le décès d’une figure antivax ravive le complot « Big Pharma » en France
Christine Cotton, biostatisticienne de 56 ans, a annoncé son décès le 2 juin sur X, dans un texte posthume publié le lendemain. Elle avait précédemment remis en question l’efficacité du vaccin ARN-messager de Pfizer en 2021, affirmant avoir trouvé des erreurs de méthodologie dans les essais cliniques.

« Quand vous lirez ces lignes, j’aurai quitté ce monde. » Publié sur X le 2 juin, Christine Cotton, biostatisticienne reconnue dans le mouvement antivax post-Covid, a donné elle-même l’annonce de son décès à l’âge de 56 ans. Dans un message posthume d’environ quarante lignes, posté le lendemain de sa mort, elle a expliqué avoir pris la décision de mettre fin à ses jours en raison d’une maladie non identifiée qu’elle aurait contractée l’année précédente.
« Je souffre depuis plus d’un an de douleurs atroces […]. J’ai consulté des médecins généralistes, neurologues, ostéopathe, […] j’ai ingéré des milliers de gélules de compléments alimentaires, des anxiolytiques, des neuroleptiques, […] J’ai même fait des séances de biorésonance et consulté des magnétiseurs, sans aucun résultat », a-t-elle détaillé.
Suite à cela, entre les hommages, une théorie a émergé : et si Christine Cotton avait été « empoisonnée » par un virus mystérieux afin de la réduire au silence ? Sur un blog, dans un article consacré à la biostatisticienne, un internaute soutient même qu’il pourrait s’agir « d’un probable empoisonnement par arme à résonance magnétique dirigée ».
FAKE OFF
Le décès de Christine Cotton a profondément ébranlé la complosphère, en raison de son rôle dans la relance de la théorie du complot « Big Pharma ». Cela évoque l’idée selon laquelle les grands laboratoires pharmaceutiques comme Pfizer, Johnson & Johnson ou Sanofi profiteraient des malades au détriment de l’intérêt général, corrompraient les scientifiques pour imposer leurs traitements et créeraient même des virus de manière artificielle.
Une « alerte » qui n’en est pas vraiment une
En 2021, un peu plus d’un an après le début de la pandémie de Covid-19, Christine Cotton, qui dirige depuis 2013 la société Statitec, spécialisée dans l’étude de données cliniques et épidémiologiques, remet en question publiquement l’efficacité du vaccin ARN-messager de Pfizer. Pour étayer ses affirmations, elle prétend s’être penchée pendant plusieurs mois sur des documents concernant les essais du vaccin, rendus publics aux États-Unis grâce au Freedom of Information Act. Elle déclare y avoir repéré des erreurs méthodologiques significatives.
Christine Cotton accuse également le gouvernement français de ne pas avoir respecté le principe de précaution requis avant la mise sur le marché d’un vaccin et de mentir sur l’efficacité réelle du vaccin anti-Covid, affirmant qu’il ne protège ni contre la transmission du virus ni contre l’infection.
Cependant, la communication sur le vaccin a toujours été différente. Les autorités ont constamment expliqué que les risques de transmission et d’infection diminuent mais ne s’éteignent pas complètement, précisant que les personnes infectées malgré la vaccination développent généralement des symptômes moins graves que celles qui ne sont pas vaccinées.
« Les vaccins protègent principalement contre les formes sévères de la maladie et sont moins efficaces contre la maladie elle-même ou contre la transmission du virus en cas d’infection », indiquait notamment, dès 2021, le site officiel vaccination-info-service.fr.
Le nouveau porte-drapeau des antivax
Avec un parcours professionnel allant sur vingt ans de coopération avec des laboratoires pharmaceutiques et un master en économie et statistiques obtenu à Toulouse, les propos de Christine Cotton ont rapidement été relayés par plusieurs médias alternatifs, et partagés massivement sur les réseaux sociaux, où une communauté de sceptiques a commencé à se former. Elle est ainsi devenue la figure de proue des antivax, de plus en plus convaincus qu’un complot international a été mis en place et que la pandémie n’a en réalité jamais existé, après avoir subi deux confinements et une obligation de vaccination contre le Covid-19.
Pour soutenir sa théorie, Christine Cotton a publié en juin 2023 un livre intitulé Tous vaccinés, tous protégés ? (Ed. Tredaniel), qu’elle présente comme une alternative aux récits bien établis des élites gouvernementales, qu’elle accuse de collaborer avec les laboratoires pharmaceutiques. « Si vous recherchez des explications indépendantes des conflits d’intérêts financiers de Big Pharma, ce livre est fait pour vous ! », est-il indiqué sur la quatrième de couverture, qui la décrit comme « scientifique » sans préciser le domaine. Ce raccourci est pourtant significatif : la statisticienne n’est ni vaccinologue, ni chercheuse en biologie ou en immunologie.
Des conclusions douteuses jamais publiées
Christine Cotton avait également présenté son rapport sur le vaccin Pfizer lors d’une audition privée dans le cadre d’une commission d’enquête parlementaire sur les effets secondaires de la vaccination contre le Covid-19, devant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), en avril 2022. Plusieurs figures antivax avaient été entendues en même temps que des experts scientifiques, ce qui avait contribué à donner du poids à leurs dires.
Pourtant, son rapport, tout comme ceux de nombreux autres porte-voix de l’anti-vaccination, n’a jamais été pris en considération par l’OPECST. Cédric Villani, alors président de l’OPECST, avait d’ailleurs expliqué dans Libération que ces « antivax » omettaient délibérément de mentionner « les réponses qui leur ont été apportées, les arguments contradictoires qui leur ont été opposés ».
Christine Cotton demeurait cependant l’une des figures majeures du mouvement antivax. Son décès à 56 ans a ainsi renforcé la mouvance « covido-complotiste », toujours très active, en dépit de la confirmation, en mars dernier, par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), de la sécurité des vaccins ARN-messager, après cinq ans d’enquête.
