Chine : Pékin aspire à être « l’Empire au centre du monde » entre Trump et Poutine
La Chine a reçu le président des Etats-Unis Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine à quelques jours d’intervalle, après avoir accueilli le président français Emmanuel Macron en décembre 2025 et le Premier ministre britannique Keir Starmer en janvier. Depuis 2022, les importations chinoises de pétrole russe ont augmenté de 30 %, alors que le président russe a visité la Chine à 25 reprises depuis 2017.
Ces derniers temps, la Chine attire presque autant de monde que Master Poulet à Saint-Ouen. En l’espace de quelques jours, Pékin a ouvert ses portes au président des États-Unis, Donald Trump, puis à son homologue russe, Vladimir Poutine. Cette série de rencontres a débuté en décembre 2025 avec le président français Emmanuel Macron, suivie du Premier ministre britannique, Keir Starmer, en janvier.
La Chine devient ainsi le premier pays à accueillir tous les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU en l’espace de quelques mois. « Ces rencontres permettent à la Chine de réaffirmer son statut d’Empire du milieu. Diplomatiquement, cela remet le pays au centre du monde, ce qui est le rêve des dirigeants et des élites chinoises depuis la fin du XXe siècle », analyse Jean-Philippe Béja, directeur de recherche émérite au CNRS.
Pour Xi Jinping, cette image « d’Empire central » est flatteuse. « Il y a un effet : « je reçois tous les dirigeants, tous viennent à Pékin se prosterner devant l’Empereur du monde » », poursuit le chercheur. Cela représente une aubaine pour Xi Jinping, dont la position est fragilisée par une économie en difficulté et la perspective du 21e Congrès du Parti communiste prévu en 2027, au cours duquel il devrait briguer un quatrième mandat.
Au-delà de son aspiration à devenir le centre de gravité du monde, la Chine se présente comme un « pôle de stabilité » face à l’imprévisible Donald Trump. « L’arrivée au pouvoir de Trump a facilité cette image pour la Chine qui, contrairement à lui, ne change pas de position toutes les deux minutes. Cependant, elle défend ses intérêts et joue un rôle secret dans plusieurs domaines », analyse Jean-Philippe Béja.
En insistant sur l’importance de la souveraineté des peuples et de l’inviolabilité des frontières, la Chine n’a pas hésité à soutenir la Russie de Vladimir Poutine dans sa guerre en Ukraine, et a discrètement épaulé le régime iranien en leur fournissant du matériel militaire.
Cependant, Pékin reste particulièrement discret sur ses alliances. « La machine communiste ne prend pas de risques. Ils n’ont pas commenté le Venezuela [lorsque Washington a procédé à l’enlèvement du dirigeant Nicolas Maduro], alors qu’ils entretenaient d’excellentes relations avec lui », rappelle Jean-Philippe Béja. Il résume : « Ils savent très bien quand il faut réagir et quand il vaut mieux rester tranquille. En ne faisant pas grand-chose, ils se renforcent, tandis que leurs adversaires et partenaires s’affaiblissent. »
La Russie déploie ses capacités militaires en Ukraine pour de faibles gains territoriaux et, engorgée de sanctions occidentales, accroît sa dépendance économique à la Chine. Depuis 2022 et le début de l’invasion à grande échelle, les importations chinoises de pétrole russe ont augmenté de 30 %. Pékin profite de cette relation pour échanger en yuans et en roubles, loin des dollars traditionnels. En parallèle, les États-Unis, en proie à des conflits au Moyen-Orient, déplacent leurs forces loin de Taïwan.
Au fil du temps, la Chine se renforce sur la scène internationale, grâce à une patience et des efforts modestes. La visite de Vladimir Poutine se déroulera avec moins de faste que celle de Donald Trump, mais cela s’explique par leur fréquence. Le républicain était le premier président américain à se rendre en Chine depuis 2017. Pendant ce temps, le président russe a visité le pays à 25 reprises. Une cérémonie est cependant prévue sur la place Tiananmen, ce qui n’est « pas anodin », souligne Jean-Philippe Béja ; le dirigeant russe sera accueilli par le ministre des Affaires étrangères Wang Yi, et non par Xi Jinping en personne.
« Xi Jinping n’a pas besoin d’accorder autant de flatteries à Vladimir Poutine qu’à Donald Trump, car tout le monde sait que le président des États-Unis veut être traité comme le roi du monde. Cela ne coûte pas cher de lui donner ce qu’il souhaite dans ce domaine », tempère Jean-Philippe Béja. Même si la visite du républicain n’a pas débouché sur des accords concrets (à l’exception de la vente de 200 Boeing, bien loin des 500 promis), il peut néanmoins se cacher derrière l’éclat d’un accueil en grande pompe.
Les styles des deux pays se révèlent donc diamétralement opposés. Tandis que Donald Trump termine une visite diplomatique avec des accords « fantastiques » (que personne n’a vus), la Chine, quant à elle, temporise et peaufine sa stratégie dans l’ombre.

