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« Ce que la Chine voulait du pilote français mis en examen »

C’est un événement majeur qui secoue le secteur de la défense et de l’aéronautique. Pierre-Henri Chuet, ancien pilote de l’Aéronavale française, plus connu sous le pseudonyme d’« Ate » sur sa chaîne YouTube comptant 560.000 abonnés, a été mis en examen le 23 juillet, selon une annonce faite mercredi par le parquet de Paris. Il est accusé d’intelligence avec une puissance étrangère et de livraison d’informations sur les intérêts fondamentaux de la Nation à une puissance étrangère, en l’occurrence la Chine.

L’affaire, révélée par Intelligence Online et Le Canard enchaîné, a été transmise à la justice par le ministère des Armées et fait l’objet d’une enquête de la DGSI. Au centre des investigations se trouvent plusieurs voyages effectués en Chine par le pilote alors qu’il était encore en activité, sous prétexte de « séminaires » rémunérés par une société sud-africaine. Bien que le trentenaire soutienne qu’il a simplement transmis des données en « source ouverte » et nie toute trahison, les spécialistes consultés par 20 Minutes décrivent une réalité bien différente.

La Chine cible ces aviateurs d’élite car elle possède la capacité de construire des navires, mais pas celle de former ses équipages aux méthodes avancées. En siphonnant le savoir-faire français, Pékin cherche à réduire des années d’entraînement. « Nous sommes l’un des deux seuls pays au monde, avec les États-Unis, capables d’opérer des avions de chasse depuis des porte-avions avec des bras d’arrêt et des catapultes. L’URSS n’a jamais su le faire », explique un spécialiste de la sécurité aérienne à 20 Minutes. « Il y a deux éléments qu’il a évoqués sur place : l’organisation des opérations autour du porte-avions et l’exploitation des avions radars. Ce sont des procédures OTAN ultrasensibles : la position de l’officier en charge de l’appontage, les méthodes pour maintenir un haut taux d’efficacité sans accident… »

Pour les armées occidentales, la fuite de ces informations est cruciale. Non seulement ces révélations compromettent la sécurité de la Marine française et de l’US Navy, qui forme les pilotes français, mais elles mettent également en péril l’Inde, qui a récemment équipé ses porte-avions de Rafale. « Cela améliore l’efficacité de l’armée chinoise tout en réduisant la nôtre, car nos ennemis potentiels connaissent nos procédures et peuvent apprendre à nous contrer. Cela met directement en danger les pilotes occidentaux qui auraient, par exemple, à défendre Taïwan », alerte l’expert.

Pour piéger ces militaires d’élite, les services de renseignement chinois (le MSS) utilisent une méthode éprouvée depuis des années. Au lieu d’envoyer leurs propres espions à l’étranger, ils attirent leurs cibles sur leur sol. « C’est une technique très courante chez les Chinois. Ils attirent les gens pour des séminaires, des conférences ou dans des universités. Une fois sur place, on leur demande des rapports pour lesquels ils sont très bien rémunérés. Il serait donc surprenant qu’il n’ait pas été mis en relation avec des officiers de renseignement, ou du moins qu’ils n’aient pas essayé », explique à 20 Minutes Olivier Mas, ancien colonel de la DGSE.

Pour approcher les aviateurs occidentaux, Pékin utilise des intermédiaires, comme la société sud-africaine TFASA (Test Flying Academy of South Africa), déjà identifiée par les renseignements britanniques pour avoir recruté d’anciens pilotes de la RAF. Ces paravents s’appuient sur un levier psychologique puissant. « Lorsqu’on est un service de renseignement, on cible des militaires en fin de carrière ou des têtes blanches, analyse Olivier Mas. On leur laisse entendre qu’ils ne seront bientôt plus rien, alors qu’ils possèdent un savoir précieux qu’ils doivent partager avec des universitaires. Cela crée un mélange d’ego et de rémunération. »

Bien que le mis en cause affirme n’avoir animé que deux séminaires sans jamais chercher à trahir, l’argument de la crédulité ne convainc pas l’institution militaire. « Les Chinois ne vont pas débourser des dizaines de milliers d’euros pour des informations accessibles gratuitement sur Internet », tranche le spécialiste de la sécurité aérienne.

Tout déplacement en dehors de l’Union européenne est soumis à des procédures strictes et à des enquêtes de la DRSD (Direction du renseignement et de la sécurité de la Défense). « Les militaires reçoivent des consignes et des mises en garde régulières. La Chine est un compétiteur stratégique identifié. Il n’y a aucune chance de faire cela par innocence ou par naïveté », affirme l’expert. Ces avertissements ignorés valent aujourd’hui à l’ancien aviateur un placement sous contrôle judiciaire.