France

Canicule : Quelle estimation des décès liés à la chaleur ?

La France est aux trois quarts plongée dans une vigilance rouge pour la canicule, mais les autorités n’ont pas communiqué sur le nombre de victimes imputées à la chaleur au niveau national. Selon le bulletin national chaleur et santé publié par Santé publique France, « plus de 5.700 décès sont attribuables à une exposition de la population à la chaleur », dont « plus de 1.900 » pendant les épisodes de canicule.


On sait que la canicule entraîne des décès, mais les proportions exactes restent indéterminées. Actuellement, la France est en grande partie placée en vigilance rouge face à la chaleur, toutefois, les autorités nationales n’ont pas encore précisé le nombre de victimes liées à cette canicule. Certaines préfectures, comme celle du Pas-de-Calais, ont néanmoins communiqué des chiffres dans leurs bilans quotidiens, annonçant trois décès « pour lesquels la canicule est susceptible d’avoir eu un effet ». À Paris, le maire Emmanuel Grégoire a également signalé des décès, sans donner de précisions sur le nombre ni les causes.

Déterminer le rôle de la canicule dans un décès n’est pas aussi simple. La surveillance des impacts de la canicule est effectuée par Santé publique France (SPF), qui utilise un indicateur appelé « iCanicule ». Cet indicateur recense tous les recours aux soins d’urgence liés à la chaleur, notamment pour des pathologies telles que « les hyperthermies, déshydratations et hyponatrémies ».

Il est relativement aisé de quantifier l’augmentation d’activité dans les services de santé en raison de la canicule, que ce soit dans les hôpitaux, avec SOS Médecins ou chez les généralistes. SPF estime qu’entre le 18 et le 21 juin, il y a eu « entre 300 et 450 passages quotidiens aux urgences […] et entre 80 et 160 consultations SOS Médecins quotidiennes ». En revanche, l’estimation du nombre de décès ne peut pas être immédiate. « La chaleur extrême est le plus souvent un facteur aggravant d’une pathologie préexistante, un coup de grâce en quelque sorte », explique à 20 Minutes Jacques Battistoni, médecin généraliste et ancien président des Médecins généralistes de France.

Dans de nombreux cas, la chaleur n’est donc pas la cause directe du décès. Pour que ce facteur soit considéré, certains critères doivent être respectés : un « événement climatique en cours » doit être présent et les « circonstances du décès » doivent être examinées, précise la préfecture du Nord. « Le paramètre chaleur est dans ces cas retenu comme un facteur possiblement aggravant », ajoute cette source.

Certaines situations sont sans ambiguïté. « Oui, on peut littéralement mourir de chaud, on appelle cela l’hyperthermie », souligne le médecin. Selon lui, « même sans pathologie particulière, une personne qui reste dehors au soleil sans s’hydrater par de telles chaleurs risque de décéder. » Toutefois, ces cas restent rares.

La complexité d’attribuer un décès à la canicule réside dans son rôle aggravant sur des conditions préexistantes telles qu’une insuffisance cardiaque ou une maladie chronique grave, note le Dr Jacques Battistoni. De plus, les médecins doivent détailler le certificat de décès en incluant la cause immédiate – comme une crise cardiaque, ainsi que toute pathologie antérieure – et mentionner le facteur aggravant, tel que la chaleur.

Dorénavant, Santé publique France publie un « bulletin national chaleur et santé » après chaque été. Le bulletin de l’année 2025, diffusé en février dernier, indique qu’au total, « plus de 5.700 décès sont attribuables à une exposition de la population à la chaleur », parmi lesquels « plus de 1.900 » se sont produits durant les épisodes de canicule. Grâce à ces statistiques, suivies depuis 2014, on constate que l’été 2022 a été le plus meurtrier, avec près de 7.000 décès tous âges confondus, dont 2.051 durant les canicules.