Canicule : Pompes funèbres saturées et en transfert de corps
Vendredi dernier, le Samu a enregistré 109 décès en 24 heures à Paris, contre seulement sept en moyenne à cette période de l’année, selon France Info. Lundi après-midi, le taux d’occupation des funérariums dépassait 66 % au niveau national et atteignait 100 % sur certaines zones urbaines denses comme Paris ou Nantes.
Alors que les températures commencent enfin à baisser après une période caniculaire étouffante, les premiers bilans se dessinent. Bien que le pic de chaleur s’éloigne, la pression se déplace. Ces derniers jours, les services de soins ne sont plus les seuls à être saturés : les pompes funèbres subissent un afflux important de défunts, en particulier à Paris et en Île-de-France.
Vendredi dernier, alors que le thermomètre affichait près de 39 °C à Paris, le Samu a enregistré un chiffre alarmant : 109 personnes sont décédées en 24 heures, contre seulement sept en moyenne à cette période de l’année, selon France Info. En conséquence, dès samedi matin, les deux funérariums de Paris intramuros, situés aux Batignolles et à Ménilmontant, ont dû afficher complet.
### Une saturation à Paris, des difficultés à Nantes, Rouen ou encore Valenciennes
« Les difficultés se sont beaucoup concentrées sur Paris, l’Île-de-France et le Centre-Val-de-Loire, et ce dès le début du week-end », rapporte Élisabeth Charrier, déléguée générale de la Fédération nationale du funéraire (FNF), à 20 Minutes. Afin d’éviter un blocage, les professionnels ont dû improviser : « Ce qu’on ne pouvait pas faire à Paris, on l’a fait en petite couronne. La petite couronne a été reportée sur la grande couronne et la grande couronne un peu au-delà de la région parisienne. »
Cette saturation très localisée contraste avec la quasi-totalité de l’Hexagone dans un premier temps. Au Sud-Ouest, où l’activité est jugée « normale » par Prévifrance Funéraires à Toulouse ou Roc Eclerc à Bordeaux, la situation a évolué ailleurs. « Dans les autres régions, tout est resté assez calme jusqu’à dimanche. Puis, dimanche soir, la zone de Nantes nous a informés que les infrastructures hospitalières, les chambres mortuaires et donc les chambres funéraires arrivaient également à saturation », explique Élisabeth Charrier. Le groupe Funecap partage ce constat, évoquant une « demande plus soutenue » face à un « pic de mortalité » dans le secteur nantais. Lundi après-midi, Rouen et Valenciennes ont rejoint la liste des zones « en difficulté ». Au total, selon la FNF, le taux d’occupation des funérariums a dépassé 66 % au niveau national, atteignant 100 % dans certaines zones urbaines denses comme Paris ou Nantes.
### Une vague de décès mais un secteur mieux préparé
Le secteur affirme toutefois être mieux préparé qu’en 2003, le nombre de chambres funéraires en France étant passé de 2.500 à près de 4.000, selon la FNF. Cependant, la véritable difficulté en cette période pourrait être un problème administratif. « La chaîne d’acteurs après un décès est multiple », rappelle la déléguée générale. « Il faut trouver un créneau pour la crémation ou l’inhumation. Si la mairie ne délivre pas une dérogation aux horaires d’ouverture [des crématoriums] pour augmenter le nombre de crémations journalières, nous risquons d’avoir des délais d’attente conséquents. »
Et les délais d’attente ne sont pas un luxe en France aujourd’hui. Selon des données du 28 juin de Santé publique France, plus de 1.000 décès supplémentaires ont été recensés depuis le 23 juin. À cela s’ajoute une hausse dramatique de près de 40 % des décès à domicile, touchant principalement les personnes isolées, d’après le ministère de la Santé.
### L’angoisse de « l’effet retard » et du manque de personnel
Si la baisse des températures amorcée ce week-end offre un moment de répit, le plus difficile pourrait être à venir pour les organismes. Les autorités sanitaires craignent désormais ce qu’elles appellent « l’effet retard » de la canicule sur les organismes épuisés. Déshydratations, décompensations de maladies chroniques… Les conséquences des chaleurs extrêmes peuvent se manifester avec décalage chez les plus fragiles ou les plus jeunes. Selon l’institution, la canicule « provoque des atteintes cardiovasculaires, respiratoires, rénales ou encore psychiatriques avec un effet pouvant durer de 3 à 10 jours après l’exposition » et qui « peut parfois mener au décès », comme le rappelle le bulletin de Santé publique France de février 2026.
Les professionnels du funéraire s’attendent donc à devoir faire face à ces décès « en décalé » et aux prochaines vagues de chaleur tout en gérant une difficulté supplémentaire liée à la saison estivale. « Nous pourrions faire face à une baisse de personnel disponible qui pourrait poser problème », anticipe déjà Élisabeth Charrier. « Étant donné que c’est l’été, il y aura moins de médecins pour délivrer des certificats de décès, moins d’infirmiers et moins d’infrastructures hospitalières en raison de la diminution du personnel. »
