
Canicule : Micro-organismes et produits chimiques présents dans votre piscine
Ce qui devait être une journée de détente sous le soleil andalou a récemment pris une tournure inquiétante à Malaga, dans le sud de l’Espagne. Environ soixante baigneurs d’un hôtel ont ressenti des malaises suite à une défaillance du système de traitement de l’eau, libérant des gaz toxiques. Bien que ce type d’incident soit rare comparé aux nombreuses infections mineures que l’on peut contracter dans les piscines, il est important de rester vigilant. En effet, si la noyade et les chutes demeurent les principaux risques associés aux bassins, ces derniers peuvent également être le foyer de divers agents pathogènes. Sans céder à la panique, 20 Minutes vous propose un tour d’horizon des dangers potentiels.
Revenons d’abord à l’incident espagnol. L’eau de piscine, désinfectée au chlore pour éliminer les germes, ne dégage presque aucune odeur. En revanche, l’odeur piquante et persistante que l’on peut parfois percevoir dans les piscines municipales ou les campings est le résultat d’une réaction chimique. Cette odeur se manifeste lorsque le chlore entre en contact avec des matières organiques apportées par les baigneurs, telles que la sueur, le sébum, les résidus de cosmétiques ou l’urine. Lors de cette dégradation, des composés gazeux volatils se forment, pouvant entraîner des rougeurs oculaires, une peau sèche et des irritations respiratoires, comme l’explique l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Ainsi, plus une piscine dégage une forte odeur de chlore, plus l’eau est chargée en résidus organiques. « Si l’on ressent une gêne en entrant dans un espace clos à cause de l’odeur de chlore, il est préférable de sortir », souligne le médecin urgentiste Christophe Prudhomme. Il est également conseillé de ventiler le lieu pour éliminer les gaz.
Dans les bassins et leurs abords, des colonies de micro-organismes prospèrent. Si vous ressentez des douleurs ou une sensation de bouchon dans les oreilles après une baignade, il est possible que vous ayez rencontré pseudomonas aeruginosa. Cette bactérie se développe dans l’eau stagnante du conduit auditif externe et peut provoquer ce que les médecins désignent comme une otite externe. Cette infection connaît une hausse durant l’été, avec une augmentation de 118 % des consultations médicales, selon une étude de la société Qare réalisée entre 2024 et 2025. « Les infections ORL sont plus fréquentes après une baignade dans un étang, une rivière ou la mer Méditerranée, très salée, où de petits cristaux de sel irritent le conduit auditif », précise Christophe Prudhomme. Pour éviter les douleurs auriculaires, ce médecin parisien recommande de prendre une douche après la baignade, de rincer le conduit auditif avec de l’eau et surtout « d’éviter les cotons-tiges en cas de démangeaisons ».
Plus rarement, la legionella nécessite une attention particulière. On la retrouve dans les jacuzzis, les spas ou sous des douches peu utilisées. Pour prévenir la légionellose, les agences régionales de santé (ARS) conseillent de nettoyer et détartrer régulièrement les pommeaux de douche et les robinets, ainsi que de laisser couler de l’eau chaude et froide quelques minutes après une période d’inactivité prolongée. La maladie touche principalement les personnes fragiles ou âgées de plus de 50 ans.
La combinaison de chaleur et d’humidité favorise également certains désagréments. Avaler de l’eau et souffrir de diarrhées post-baignade causées par une eau contaminée par un parasite, une bactérie entérique ou un virus gastro-intestinal est une situation malheureuse, mais possible. Parmi les bactéries entériques, qui résultent d’une contamination fécale, figure la célèbre E. coli, responsable de contaminations ayant conduit à l’interdiction de baignade sur plusieurs plages.
Hors de l’eau, des agents indésirables présents sur les carrelages mouillés peuvent entraîner des mycoses et des verrues. Les mycoses sont causées par des champignons microscopiques qui prospèrent dans la chaleur et l’humidité, se déposant sur les peaux mortes laissées par les baigneurs. Les verrues plantaires, quant à elles, sont dues au papillomavirus humain (HPV), qui pénètre à travers les petites coupures sous la plante des pieds.
La bonne nouvelle est que la majorité de ces désagréments liés aux baignades peuvent être évités grâce à des gestes simples. Si vous êtes malade, il est préférable de reporter votre baignade. Dans les piscines publiques comme celles des hôtels, prendre une douche savonnée avant d’entrer dans l’eau est essentiel. En vous lavant, vous éliminez la grande majorité des matières organiques de votre peau, ce qui réduit le besoin en chlore et diminue les risques d’irritations oculaires, de peau sèche ou d’irritations respiratoires.
Pour ceux qui portent des lentilles de contact, il est conseillé de les retirer avant de se baigner. « Il est impératif de les enlever, car le risque d’infection oculaire est plus élevé », rappelle Christophe Prudhomme. La lentille de contact, étant un corps étranger, retient les microbes qui peuvent se développer sur l’œil, notamment sous la membrane. Ces dispositifs doivent être nettoyés avec des solutions adaptées, et non rincés à l’eau du robinet, souligne le médecin.
Aussi pratiques que tendance, pensez à porter des claquettes. Enfilant des sandales de bain dès le vestiaire, vous vous protégez contre les mycoses et les verrues. Ne négligez pas le pédiluve, qui élimine une grande partie des germes transportés sous vos pieds avant d’entrer dans le bassin. Enfin, après la baignade, rincez-vous sous une douche et séchez soigneusement vos orteils, ainsi que les espaces entre ceux-ci. En adoptant ces quelques réflexes, vous protégerez votre santé ainsi que celle de vos voisins de ligne d’eau.
