Canicule : Les vols augmentent-ils la nuit pendant les grosses chaleurs ?
En 2024, 218.700 cambriolages ont été enregistrés en France métropolitaine, soit 600 par jour. Moins d’un quart des cambriolages se déroulent la nuit, selon des études publiées en 2022 et 2024 par Saretec.
« Le retour de la canicule est une opportunité pour les cambrioleurs ! Les fenêtres ouvertes durant les nuits d’été sont également profitables pour les voleurs », avertissait en 2019 la préfecture de police de Paris sur les réseaux sociaux. Cette déclaration prend tout son sens en cette fin juin, alors que la France traverse un épisode caniculaire intense. À Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) et à Bourges (Cher), la police a constaté une hausse des vols dits d’opportunité dans des résidences et des véhicules. Grâce aux ouvertures laissées accessibles à cause de la chaleur, les cambrioleurs n’ont pas besoin de pied-de-biche ou de forcer une serrure. Ils pénètrent dans des rez-de-chaussée, des maisons de plain-pied ou des appartements avec des balcons accessibles. Les plaintes se sont multipliées dans les deux villes ces dernières semaines. En période de canicule, ces vols sans effraction, nocturnes, augmentent-ils réellement ?
D’après les données du ministère de l’Intérieur, compilées par l’Observatoire de la sécurité des foyers, dirigé par Covéa, Saretec et Verisure, 218.700 cambriolages ont été enregistrés en France métropolitaine en 2024, soit 600 par jour. Près de 3 % des ménages déclarent avoir été victimes d’un cambriolage ou d’une tentative de cambriolage de leur domicile en 2019 ou 2020, tandis que 1 % signalent un vol sans effraction au cours de la même période, selon une enquête de l’Insee et du ministère de l’Intérieur. Ces vols sans effraction demeurent donc, sur l’année, minoritaires par rapport aux cambriolages impliquant une porte ou une fenêtre brisée.
La majorité des logements visités étaient inoccupés. De plus, l’idée que les voleurs agissent surtout la nuit nécessite d’être rectifiée. Moins d’un quart des cambriolages se produisent de nuit, d’après des études publiées en 2022 et 2024 par Saretec, une entreprise d’expertise d’assurance. Les horaires les plus risqués demeurent l’après-midi, entre 14 heures et 18 heures. Dans 4 cas sur 10, les cambrioleurs se sont introduits dans les logements alors que les occupants étaient présents, un mode opératoire en hausse (31,3 % en 2022), selon les données de l’Observatoire de la sécurité des foyers.
Concernant les objets volés lors de cet « acte délictueux généralement pas prémédité », selon cet observatoire, il s’agit principalement de téléphones portables, de portefeuilles ou d’argent, précisés par la gendarmerie de la compagnie de Montbrison (Loire) dans une interview pour Le Progrès à l’été 2021. Ces petits objets, bien que mineurs, peuvent cumuler des sommes considérables. Selon une enquête antérieure de l’Insee et du ministère de l’Intérieur, les objets volés à domicile sans effraction représentaient entre 2010 et 2015, 155 millions d’euros par an, le coût moyen de ce type de vol étant de 619 euros par ménage victime.
Quel est le rôle de la canicule dans ces actes ? Les vols d’opportunité nocturnes durant les périodes de chaleur extrême ne sont pas spécifiquement documentés par le ministère de l’Intérieur. Contacté, le service statistique ministériel de la sécurité intérieure a déclaré à 20 Minutes que « cette granularité de la donnée n’est pas disponible, car cette information n’est pas renseignée par les forces de sécurité au moment du dépôt de plainte ».
« Les périodes de canicule sont, par rapport à l’ensemble de l’année, des épiphénomènes, et c’est pourquoi nous n’avons pas analysé ces très courtes périodes », ajoute Alexandre Lack, directeur marque chez Verisure, qui se spécialise dans les alarmes télésurveillées. Cela dit, l’expert rappelle que « l’été reste la période la plus cambriolée », et particulièrement deux jours : le chassé-croisé des vacanciers et le jour de la reprise du travail. Ce sont des moments où les logements sont souvent inoccupés.
Enfin, en l’absence de trace d’effraction, pas d’indemnisation par l’assurance. La quasi-totalité des contrats d’assurance habitation ne couvrent le vol que si une porte a été forcée ou une vitre brisée. Un arrêt de la Cour de cassation, en avril, a confirmé cette règle. Un couple dont le logement, situé en hauteur, avait été visité par une fenêtre laissée ouverte la nuit s’est vu refuser toute indemnisation par son assureur. En l’absence d’effraction, l’assureur a estimé qu’il y avait eu une « négligence » de la part des assurés.
Pour prévenir ces vols d’opportunité, les autorités recommandent de ne pas dormir avec les fenêtres ouvertes la nuit, même si la chambre est à un étage élevé. Il est conseillé de bloquer les volets roulants ou battants si les fenêtres sont ouvertes et d’utiliser des entrebâilleurs de fenêtres. Il est également conseillé de ne pas laisser d’objets de valeur en évidence depuis les ouvertures, comme des sacs à main, des ordinateurs ou des clés de voiture. Alexandre Lack de Verisure évoque des situations anodines où « la barrière de l’inquiétude tombe », telles qu’un déjeuner dans le jardin ou les allers-retours entre le véhicule et le logement pour décharger des courses, avec des portes ouvertes. « Il suffit de quelques secondes pour qu’une personne s’introduise dans votre domicile. Ne laissez jamais les ouvrants ouverts sans surveillance. »
