Canicule : Faut-il instaurer une seconde « journée de solidarité » ?
En juillet 2025, François Bayrou, alors Premier ministre, proposait de supprimer deux jours fériés aux Français en raison du lourd déficit budgétaire de l’État. En 2023, la cotisation versée par les entreprises à l’État, égale à 0,3 % de leur masse salariale brute, a rapporté 3,2 milliards d’euros.
Souvenez-vous, c’était en juillet 2025, la France sortait de sa première canicule estivale. François Bayrou, alors Premier ministre, avait proposé, semble-t-il oublié aujourd’hui, de supprimer deux jours fériés pour les Français. Sa suggestion, attribuée au lourd déficit budgétaire de l’État, n’avait pas suscité d’enthousiasme.
Il avait probablement tiré son inspiration de la canicule de 2003, qui avait conduit l’Assemblée nationale, où Bayrou était jeune député, à voter la création d’une « journée de la solidarité » pour mieux équiper les Ehpad et centres d’accueil pour les personnes en situation de grande dépendance, afin d’éviter de nouveaux drames. Plus de 15 000 personnes avaient trouvé la mort lors de cette canicule il y a vingt-trois ans.
**« Tous les Ehpad financés par les journées de solidarité »**
Concrètement, cela s’était traduit par la suppression du lundi de Pentecôte férié, transformé en journée de travail supplémentaire non rémunérée, durant laquelle les entreprises doivent verser à l’État une cotisation équivalente à 0,3 % de leur masse salariale brute. En 2023, ce montant a rapporté 3,2 milliards d’euros, contre 2,3 milliards d’euros peu après sa création. Ces fonds alimentent la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), branche de la Sécurité sociale, qui dispose d’un budget de 42,5 milliards d’euros. Vingt ans plus tard, alors que la France fait face à une nouvelle canicule, quel bilan peut-on tirer de cette loi ?
« Très concrètement, tous les Ehpad, les soignants que vous avez dans les Ehpad sont financés par les journées de solidarité. Tous les accompagnants au domicile des personnes en situation de handicap sont aussi en partie financés par la journée de solidarité », a déclaré en mai dernier à TF1 Maëlig Le Bayon, le directeur de la CNSA. De plus, tous les Ehpad et services hospitaliers disposent au minimum d’une salle climatisée.
Cependant, il semble que tous les fonds récoltés n’aient pas permis d’améliorer la prise en charge des personnes fragiles. À plusieurs reprises, en 2009, puis à nouveau en 2017, la direction de l’association AD-PA (directeurs d’établissements pour personnes âgées) a mis en garde contre des « détournements de crédits », réaffectés à d’autres usages, qu’elle estimait en 2018 à 6 milliards d’euros.
**Une seconde journée envisageable ?**
« C’est l’illustration d’un problème général de la politique sociale française qui veut tout faire », observe André Lardeux, rapporteur de cette loi au Sénat, vingt-trois ans plus tard. « À l’époque, j’affirmais déjà qu’une journée n’était pas suffisante, d’autant plus qu’on l’avait élargie aux personnes handicapées », ajoute-t-il. Peut-on alors envisager la création d’une seconde « journée de la solidarité » ? « L’idée de cette journée avait été largement approuvée au début, mais plus on s’éloignait de l’événement, moins les gens étaient partants », poursuit André Lardeux.
« Le contexte politique actuel est très défavorable. Avec peu ou pas de majorité, un calendrier électoral imminent [élection présidentielle en 2027, suivie de probables élections législatives] et une Assemblée peuplée de fous. L’ordre du jour ce [vendredi] matin est un débat d’actualité sur la loi « euthanasie », remarquez ça peut être une solution », ironise l’ancien sénateur UMP du Maine-et-Loire, retraité du Parlement en 2011, qui évoque une réalité : « L’un des grands problèmes en France reste qu’on ne travaille pas assez sur une vie, même si cela est désormais facile à dire pour moi. »
