France

Canicule : « 35 °C dans les classes », témoignage alarmant d’une enseignante

Sophie, professeure des écoles depuis une vingtaine d’années, exerce dans une école de réseau d’éducation prioritaire (REP) de Nouvelle-Aquitaine, qui a été équipée de rideaux thermiques pour la moitié des classes cette année. Selon elle, l’établissement a reçu un tuyau d’arrosage de la mairie pour rafraîchir les enfants dans la cour de récréation, mais il leur manque l’embout pour le robinet.

« C’est affreux », déclare Sophie*, une enseignante de CP, à propos des conditions de classe durant l’épisode de canicule. « Mardi, nous avions 30 °C le matin et 34 °C l’après-midi. Il faisait jusqu’à 35 °C dans les classes de collègues… », ajoute-t-elle. Professeure des écoles depuis près de vingt ans, elle enseigne dans une école de réseau d’éducation prioritaire (REP) en Nouvelle-Aquitaine, dans un bâtiment datant des années 1960.

« Ce type de construction absorbe la chaleur, explique-t-elle. La température ne redescend jamais. Nous avons froid en hiver, mais nous suffoquons dès le mois de mai. » Cette année, l’établissement a reçu des rideaux thermiques pour la moitié des classes. « Cela n’a absolument rien changé aux températures à l’intérieur », lance-t-elle, visiblement frustrée.

Se rendre au supermarché pour rafraîchir les élèves

Face à cette situation, les enseignants font preuve d’innovation. « Certains collègues emmènent leurs élèves faire un tour dans le supermarché climatisé situé au-dessus de l’école, raconte Sophie. D’autres vont au parc en dessous, pour accéder à un ruisseau. » Pour sa part, elle envisage de descendre au sous-sol de l’établissement pour faire asseoir ses CP sur le carrelage froid, devant la cantine.

« La mairie nous a livré un tuyau d’arrosage pour que nous puissions arroser les enfants dans la cour de récréation, qui est en béton », souligne-t-elle. « Malheureusement, nous n’avons pas l’embout pour le robinet, donc nous ne pouvons même pas l’utiliser. » Elle rappelle que la gestion des bâtiments de cette école relève « de la municipalité ». L’année précédente, la ville avait fourni deux ventilateurs pour l’ensemble du groupe scolaire, c’est-à-dire pour 14 classes.

« Cette année, la collectivité a annoncé avoir commandé 300 rafraîchisseurs d’air, poursuit-elle. Dans la commune, il y a environ 65 écoles, donc au moins 700 ou 800 classes. Nous nous attendons à recevoir deux ou trois modèles. Nous allons devoir désigner une pièce avec une installation et y aller tour à tour avec nos élèves… C’est absurde. » En attendant, pour survivre en classe, Sophie a acheté un ventilateur à ses frais et donne régulièrement des consignes de « bon sens » à ses élèves de 6-7 ans. Toutes les dix minutes, elle leur rappelle de boire de l’eau et toutes les demi-heures, de se mouiller le visage, les bras et les cheveux.

« On ne sait pas si on va tenir »

« Mes élèves souffrent terriblement de la chaleur, c’est insupportable », reprend Sophie, qui ne sait « plus comment faire ». L’année dernière, « en raison de la chaleur, deux élèves de CP ont eu des malaises allant jusqu’à vomir… », raconte-t-elle. Cette année, certains éprouvent déjà des maux de tête, malgré toutes les précautions prises.

« C’est honteux ! Nous travaillons dans des conditions abominables », déclare-t-elle. « Si je témoigne aujourd’hui, c’est vraiment parce que nous n’en pouvons plus. Et nous ne savons pas si nous, le personnel de l’Éducation, réussirons à tenir. Nous sommes fin mai. » Les adultes aussi souffrent. « Plus tôt dans la semaine, une collègue a fait un malaise et a dû rentrer chez elle, déclare-t-elle. D’autres ne se sentent pas bien, souffrent de maux de tête, ont des nausées. Moi, je mets ma tête sous l’eau, comme les enfants. Nous en sommes là. Comment enseigner dans ces conditions ? Pour les élèves, pour les adultes… C’est dramatique. »

Les syndicats dénoncent les conditions de travail dans l’Éducation nationale

Quant aux parents, « ils sont plutôt compréhensifs ». « Ils ne savent pas forcément que nous faisons classe à 35 °C, précise Sophie. Mais ils font ce qu’ils peuvent, notamment en insistant depuis le début de la semaine sur l’obligation des gourdes et des casquettes pour les enfants, même si tout le monde n’est pas équipé. Tout le monde essaie de faire de son mieux. »

Faut-il alors fermer les classes ? « Pour l’instant, ce n’est pas prévu, murmure l’enseignante. Cela s’est produit une fois l’année dernière, en juin, pendant deux jours. » Elle souligne que les conditions pour les enfants ne sont pas nécessairement meilleures chez eux. « La plupart vivent dans des logements aussi chauds que l’école, car nous sommes dans un quartier populaire », indique-t-elle.

Notre dossier sur la canicule

« On se sent isolé, abandonné à nous-mêmes », ajoute-t-elle. Les syndicats alertent sur ces conditions depuis des années. Mardi, Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du SNPDEN-Unsa, dénonçait sur France Info « le retard important en termes d’adaptation » des bâtiments scolaires face aux changements climatiques. Dans un communiqué publié ce jeudi, le SE-UNSA et l’UNSA-Education rappellent qu’ils avaient déjà tiré la sonnette d’alarme sur les conditions de travail dégradées lors des épisodes de chaleur.

Les organismes estiment qu’il est nécessaire de mettre en place « sans tarder une échelle académique de vigilance climatique, articulée avec celle de Météo-France, afin de déclencher des mesures de protection dès les premiers signes d’alerte. » Selon la vulnérabilité des établissements, les syndicats préconisent la fermeture ou des adaptations pour l’accueil des enfants dès que le niveau de vigilance orange canicule est activé.

*Le prénom a été modifié.