France

« Beaucoup d’entreprises pourraient déposer le bilan : la profession d’artificier en danger ? »

Feux d’artifice du 14 juillet annulés, artificiers acculés ? Alors que de nombreux professionnels du spectacle pyrotechnique réalisent une part significative de leur chiffre d’affaires annuel entre le 13 et le 15 juillet, cette année, de nombreux tirs ont été annulés dans toute la France en raison de risques élevés d’incendie.

« Sur plus de 200 feux d’artifice que nous avions, près de 80 % ont été annulés, alors que cela représente 70 % de notre chiffre d’affaires », déplore Bernard Deom, directeur et fondateur d’Euro Bengale, une entreprise spécialisée dans les spectacles pyrotechniques située dans les Ardennes.

Avec la sécheresse, le niveau « risque extrême feu de forêt », et des services de secours et d’incendie saturés, les artificiers professionnels font face à des difficultés majeures, et cette situation ne leur est pas favorable. Ces annulations en cascade mettent en péril de nombreuses entreprises agréées, menaçant ainsi des emplois.

« À moins d’un retournement de situation et de reports d’événements jusqu’à fin septembre environ, des entreprises vont déposer le bilan à la fin de l’année », avertit Bernard Deom, également président du Syndicat de la pyrotechnie de spectacle et de divertissement (SPSD). Il regrette des interdictions qui n’ont « pas été assez réfléchies ».

« Chaque année, juillet est un mois chaud et sec, ce n’est pas une nouveauté. On sait gérer les problèmes de sécurité. On discute avant, on voit comment préparer le terrain avec l’organisateur du feu d’artifice, on se renseigne pour réduire drastiquement les risques », souligne-t-il.

Des interdictions administratives jugées « trop tardives » ont été mises en place. Selon le président du SPSD, ces décisions ont été prises de manière improvisée par les autorités, sans ligne directrice claire. « Dans le Nord, dans le département des Ardennes et de la Marne, il y a eu des interdictions strictes de feu d’artifice… sauf dans certaines villes. Dans les départements voisins, l’Aube, l’Aisne et la Meuse, les feux d’artifice ont été autorisés, alors que le climat est le même. On ne comprend pas bien. »

Thibaut Prevot, directeur de l’entreprise Prevot artifices, fondée en Haute-Marne, partage ce constat. « Sur le fond, il n’y a pas de sujet. Quand c’est trop sec, que c’est trop dangereux, c’est le bon sens qui prévaut. C’est sur la forme qu’il y a problème. » Il précise que, habituellement, les premiers à s’autocensurer sont les organisateurs, suivis des artificiers, et enfin des préfectures. Les entreprises de pyrotechnie reprochent aux autorités de ne pas avoir fourni de référentiels clairs au printemps, lorsque la question des feux d’artifice d’été a été soulevée.

« Sans réponse, nous avons donc décidé de gérer avec les organisateurs là où c’était encore possible. Mais l’administration a rendu sa décision trop tard, et dans environ 40 % des départements, les préfectures ont pris un arrêté d’interdiction total, parfois moins de 24 heures avant le tir. Si des interdictions aussi tardives peuvent être totalement légitimes pour des orages, car c’est très local, ces décisions tardives ont réellement impacté la profession. »

Le chef d’entreprise fait ses comptes : « Sur les 85 feux d’artifice que nous devions réaliser du 11 au 14 juillet, seuls 16 ont été tirés. En ce qui concerne les feux d’artifice que nous fournissons à des artificiers au niveau national, nous estimons qu’environ 35 % des spectacles ont été tirés. Ce qui n’est pas suffisant pour faire vivre les entreprises. » Il ajoute : « Nous avons également annulé au dernier moment soixante nuitées d’hôtel, et sur les 140 salariés prévus, seuls 35 ont travaillé. »

Une tradition populaire et attendue est désormais menacée par l’arrivée des spectacles de drones. « C’est vrai que c’est magnifique, mais c’est plus convenu. Le feu d’artifice, c’est vivant, ce n’est jamais la même chose », défend l’artificier, qui ajoute : « Il y a aussi une question de budget. Un spectacle de drone coûte au minimum 15 000 euros. C’est inabordable pour la commune moyenne. » En attendant, les artificiers se disent prêts pour les spectacles qui ont pu être reportés au mois d’août, espérant qu’une nouvelle canicule ne viendra pas compromettre une fois de plus ces événements.