Bac 2026 : « À 13 ans, j’ai passé mon bac, mais raté mon brevet »
Le ministre de l’éducation, Édouard Geffray, a demandé mi-mai à ses services d’étudier « un seuil plancher » pour l’examen du bac. Samuel a obtenu son bac à 14 ans, en 1996, et a été détecté pour ses facilités d’apprentissage alors qu’il savait à peine marcher.
Faut-il établir un âge minimum pour le passage du baccalauréat ? Ce n’est pas le sujet central de l’épreuve de philosophie qui doit se dérouler lundi, mais cela constitue un débat initié par le ministre de l’Éducation nationale. Édouard Geffray a annoncé, à la mi-mai, avoir demandé à ses services d’examiner « un seuil plancher » pour cet examen. En effet, le plus jeune candidat de cette session a moins de 10 ans. « L’épanouissement d’un enfant passe par autre chose que la préparation d’un examen national », a souligné le ministre.
Qu’en pensent les personnes concernées ? Charles a obtenu son baccalauréat en 2003, le jour de ses 14 ans, ayant pris quatre ou cinq ans d’avance durant sa scolarité. « Je suis entré en seconde à 11 ans, j’ai passé le bac français à 12 ans, le bac général à 13 ans. J’ai reçu les résultats le jour de mon 14e anniversaire », se souvient celui qui est désormais directeur du numérique à l’Institut national de l’information géographique et forestière.
### Sauter des classes pour combattre l’ennui
Charles affirme que ses parents ne l’ont jamais forcé. « Je m’ennuyais vite à l’école, et lorsque c’était le cas, mes résultats baissaient. Souvent, on fait sauter une classe pour maintenir l’intérêt de l’enfant. » Il a ainsi sauté la moyenne section, le CE2 et le CM1, avant de rejoindre le collège-lycée spécialisé Michelet, à Nice, qui « boucle le collège en deux ans ». Paradoxalement, il a redoublé sa classe de 4e-3e car il n’avait pas étudié certaines notions. « J’ai passé deux fois le brevet, je ne l’ai pas eu la première fois. C’est d’ailleurs cocasse : j’ai eu mon bac à 13 ans mais j’ai raté mon brevet. »
Samuel a également obtenu son bac à 14 ans, en 1996. Ses capacités d’apprentissage ont été perçues dès qu’il savait à peine marcher. « À 18 mois, je connaissais l’alphabet avant de savoir parler. À 3 ans, je savais lire, écrire et compter », raconte celui qui est devenu chef d’orchestre. Il est entré en CP à 4 ans, a sauté le CM1 et la 5e. « Là, j’ai trouvé un certain équilibre, car j’avais du temps pour faire d’autres activités. » Comme pour Charles, l’enjeu était de conserver son intérêt. « Ce avec quoi nous luttions le plus, c’était mon ennui en classe. Ça me rendait malheureux. »
Même constat chez Vic. « Mes parents se sont rendu compte, à mon entrée en maternelle, que j’étais très en avance par rapport aux autres enfants. » Il sait lire en petite section. À 6 ans, il a « plus ou moins terminé le programme du primaire ». Le Normand est finalement scolarisé à domicile avec son père ingénieur mécanique et sa mère professeure d’art plastique, anciennement ingénieure. Il décroche le bac à 13 ans, en 2011, devenant le plus jeune bachelier cette année-là.
### « Je sentais au fond de moi que je n’étais pas des leurs »
Cependant, l’école est bien plus qu’un lieu d’apprentissage. C’est aussi un espace d’apprentissage de la socialisation et de la vie en communauté. Comment se faire des amis avec un tel écart d’âge ? « La différence est présente parce que les autres la mettent en avant », analyse Samuel. Il se rappelle de professeurs bienveillants mais aussi du « rejet » de certains élèves. « Je ne vais pas en vouloir à des adolescents de 15 ans de ne pas vouloir traîner avec un enfant de 10 ans. Si on m’invitait au bar, j’y allais, mais je sentais au fond de moi que je n’étais pas des leurs. »
Samuel, aujourd’hui âgé de 44 ans, se remémore aussi des difficultés à gérer « deux vitesses ». « J’avais un cerveau qui réfléchissait à la physique quantique, mais un corps et une gestion des émotions d’enfant. Ça crée un décalage. » Il trouve refuge dans la musique et le théâtre, deux activités où l’âge n’est pas un obstacle. « À 13 ans, j’étais assistant d’une prof de théâtre, et j’ai mis en scène des spectacles. »
### « Je n’étais pas choisi le premier »
Charles, lui, garde le souvenir d’être « le plus petit de la classe ». « Au foot, je n’étais pas choisi le premier, je courais moins vite. » Cependant, il ne le vit pas négativement. Bien que sa progression scolaire ait été rapide, il s’est fait de très bons amis et continue de voir certains de ses camarades de lycée.
Vic, qui est arrivé à la fac à 13 ans, assure aussi n’avoir « jamais ressenti de différence de maturité ». « En 2012, en pleine présidentielle, ma meilleure amie de l’université s’est assise à côté de moi en me demandant si j’avais voté la veille. J’aurais bien aimé, mais il fallait que j’attende encore cinq ans », illustre-t-il. À bientôt 28 ans, Vic remarque que cette différence d’âge « se réduit avec le temps ». « Quand on a passé 40 ans, on s’en fiche d’avoir eu le bac à 14 ans, on ne se définit pas par ça », confirme Samuel.
### « J’ai pris de l’avance sur la vie »
Mais comment choisir un métier quand on est un aussi jeune adolescent ? « Je ne savais absolument pas quel métier je voulais faire, j’étais tellement curieux que je voulais tout faire en même temps », confie Vic. Il a enchaîné une licence de biologie, des langues orientales, un master en relations internationales et un doctorat en sciences politiques à l’université de Copenhague. Il travaille maintenant sur un postdoctorat concernant la cyberguerre en Ukraine et maîtrise une dizaine de langues. « La première fois que j’ai enseigné à des étudiants en master, en 2021, j’étais plus jeune que mes élèves », souligne-t-il.
Samuel, quant à lui, a dirigé son premier orchestre à 18 ans. Au même âge, il a créé son premier opéra. « J’ai pris de l’avance sur la vie, et j’en suis très heureux, je ne l’ai jamais perdue », apprécie-t-il. Pour lui, l’âge minimum suggéré par Édouard Geffray est « la garantie que des enfants vont s’ennuyer ». « Et l’ennui, c’est la voie directe vers l’échec », insiste-t-il. Pourquoi ériger une règle aussi stricte pour si peu de cas chaque année, s’interroge-t-il. Un avis partagé par tous. « Je pense que je serais malheureux aujourd’hui si cela ne s’était pas déroulé de cette manière », conclut Charles.
