
L’accès à une alimentation de qualité pour toutes et tous ?
La sécurité sociale de l’alimentation (SSA) vise à garantir l’accès de toute la population à une alimentation de qualité, choisie, durable, saine et locale. Au total, on comptabilise une dizaine d’initiatives à Bruxelles, Namur, Liège, Gembloux, Rochefort, Bastogne, qui fonctionnent sur base volontaire.

« La sécurité sociale de l’alimentation (SSA) est un projet qui vise à assurer à l’ensemble de la population un accès à une alimentation de qualité, choisie, durable, saine et locale, en s’inspirant des principes de la sécurité sociale« , affirme Jonathan Peuch.
Nous nous inspirons des principes de la sécurité sociale : cotisation, redistribution et conventionnement
Ce concept repose sur une logique similaire à celle de la sécurité sociale : un système de répartition où chacun contribue selon ses revenus afin d’être protégé de manière équitable dans divers aspects de sa vie. « Lorsque je travaille, une partie de mon salaire est prélevée, et avec cette somme, je me garantis une série de droits : à la santé, au chômage, aux pensions… Dans ce cas, c’est pareil, chacun, en fonction de ses revenus, participe à un pot commun. Et ensuite, ce pot est redistribué pour permettre à toute la population d’acheter de la nourriture de qualité.«
Une « huitième branche » de la sécurité sociale et trois principes
Actuellement, la sécurité sociale belge comporte sept branches : les pensions, le chômage, l’assurance accidents du travail, l’assurance maladie professionnelle, l’assurance obligatoire soins de santé et maladie-invalidité, les vacances annuelles et les allocations familiales. Les partisans de la sécurité sociale de l’alimentation souhaitent que l’accès à une alimentation de qualité devienne la huitième branche de la sécurité sociale. « Nous allons nous inspirer principalement des branches de la santé pour la cotisation et le conventionnement, ainsi que des allocations familiales pour l’allocation mensuelle. » Ce système serait basé sur trois principes : l’universalité, la cotisation sociale et le conventionnement.
L’universalité : tout le monde cotise et tout le monde bénéficie, sans discrimination, d’un accès à l’alimentation par le biais d’une allocation mensuelle « sous la forme d’une carte semblable à des chèques repas« .
La cotisation sociale : la contribution de chacun est proportionnelle à ses revenus. Les salaires les plus élevés contribuent davantage que les plus modestes.
Le conventionnement : de même que les médecins sont conventionnés dans le secteur de la santé, les magasins et les produits alimentaires seraient également conventionnés. Pour obtenir ce label, ils devraient répondre à des critères de durabilité, d’équité et de proximité.
Il est important de noter que la majorité de la population n’a pas accès à une alimentation de qualité
Les études démontrent que l’alimentation impacte notre santé, qu’elle soit physique ou mentale. Concrètement, les personnes consommant des aliments ultra-transformés ont une espérance de vie réduite et un risque accru de développer des maladies telles que des affections cardiovasculaires, l’obésité, le diabète de type 2 et des dépressions. Le Conseil Supérieur de la Santé rappelle également que les maladies chroniques liées à l’alimentation constituent une part significative de la morbidité dans le pays.
Mais comment consommer ces aliments lorsqu’il est difficile de joindre les deux bouts ? En 2025, plus de 200.000 Belges ont eu recours à l’aide des banques alimentaires. Si l’accès à la nourriture est déjà compliqué, qu’en est-il des produits bio et locaux, souvent plus coûteux ? Dans les quartiers les plus défavorisés, les maladies cardiovasculaires sont 57% plus fréquentes et les adolescents de ces milieux sont davantage exposés au risque d’obésité. « L’objectif de la SSA est de réduire ces inégalités en redistribuant l’argent du pot commun afin que chacun puisse acheter des aliments de qualité« , explique Jonathan Peuch. Il ajoute : « C’est vrai que pour les plus précaires, cela reste encore plus difficile puisque la question des prix les touche directement. Même les classes supérieures et moyennes restent souvent à l’écart des produits de qualité, bio, locaux, etc. Les prix sont légèrement plus élevés que ceux des produits industriels, et c’est une des raisons pour lesquelles les gens ne se tournent pas vers ces alternatives. Mais, tout le monde en paie finalement le prix.«
Un projet qui englobe aussi les productrices et producteurs
Les partisans de la sécurité sociale de l’alimentation estiment que ce système profiterait également aux productrices, producteurs, agricultrices et agriculteurs. Quatre critères sont requis pour qu’un produit soit admissible à cette sécurité sociale : « La protection de l’environnement avec des produits bio, la santé par l’exclusion des aliments ultra-transformés, des prix justes en assurant une rémunération adéquate jusqu’à la production sur le terrain, et la localisation, qui implique de se fournir au plus près possible des territoires.«
Ces critères permettraient ainsi de faire appel à et de rémunérer « dignement » les agriculteurs belges répondant à ces exigences. « Les entreprises hésitent à investir dans ces filières durables et locales car la demande n’est pas stable. La SSA pourrait apporter de la stabilité et soutenir les filières qui, pour l’heure, sont localisées dans des niches très limitées.«
Des projets concrets sur le terrain
L’idée de la sécurité sociale de l’alimentation a émergé entre 2017 et 2018 en France, à la croisée de deux groupes d’acteurs. D’une part, les agriculteurs qui peinent à écouler leurs produits de qualité, et d’autre part, le secteur de la précarité et de la sécurité sociale qui constate que de nombreuses personnes n’arrivent pas à « bien manger ». À partir de 2021, plusieurs expérimentations ont commencé à se déployer sur le territoire français.
En Belgique, cela fait six ans que cette idée a commencé à prendre forme. Le CréaSSA, une plateforme réunissant des acteurs nationaux, travaille à sa mise en œuvre. Concrètement, plusieurs projets ont déjà vu le jour en Wallonie et à Bruxelles. Au total, une dizaine d’initiatives sont comptabilisées à Bruxelles, Namur, Liège, Gembloux, Rochefort, Bastogne… Pour l’instant, ils fonctionnent sur une base volontaire. Le projet le plus avancé est celui de Schaerbeek, où près de 200 personnes cotisent chaque mois en fonction de leurs revenus, reçoivent 150 € et peuvent consommer dans une dizaine de magasins qu’ils ont choisies.
