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Autodiagnostic sur les réseaux sociaux : un piège pour le trouble borderline ?

« Je pense que je suis borderline, alors je suis ici pour trouver des réponses. » Ce témoignage, partagé par M.3e3, résonne avec de nombreux utilisateurs de TikTok qui cherchent à comprendre leur souffrance. Célia, 22 ans, a vécu une expérience similaire. En février 2024, elle découvre une vidéo d’une créatrice de contenu qui décrit les symptômes du trouble de la personnalité borderline (TPB). Cette rencontre avec le contenu en ligne devient un tournant pour elle : « Je me reconnaissais dans tous les symptômes. J’ai commencé à faire des recherches », confie-t-elle à 20 Minutes.

Au cours de l’année suivante, l’étudiante en design s’enferme dans son autodiagnostic et rejoint des groupes en ligne. « J’étais convaincue d’avoir ce trouble et j’adaptais ma vie en conséquence. Cela me servait aussi d’excuse pour certains comportements. J’y croyais vraiment. » Cependant, cette certitude commence à l’étouffer. Finalement, elle décide de consulter un professionnel : « J’ai pris l’initiative d’en parler à un psy, plutôt qu’à des personnes qui pensent également être borderline. » Le diagnostic médical est sans appel, bien différent de ce qu’elle avait imaginé : « J’étais en réalité en profonde dépression et je ne l’avais pas réalisé. J’ai perdu un an, mais j’ai rencontré des gens formidables et appris à mieux me connaître. »

Le parcours de Célia n’est pas unique. Pierre Nantas, psychothérapeute et président-fondateur de l’Aforpel (Association pour la formation et la promotion de l’état limite), observe une tendance inquiétante : « Depuis quatre ou cinq ans, de nombreux patients viennent en consultation avec un autodiagnostic. Le terme borderline est tellement galvaudé aujourd’hui, c’est devenu aussi courant que de parler de « pervers narcissique ». »

Les réseaux sociaux ont indéniablement contribué à la visibilité des problèmes de santé mentale, permettant à beaucoup de mettre des mots sur leur malaise. Toutefois, cette identification émotionnelle ne doit pas être confondue avec un diagnostic clinique. Le trouble de la personnalité borderline est une pathologie complexe. Une étude de F2RSM Psy révèle que 121.235 patients ont été hospitalisés pour ce trouble en France entre 2013 et 2022, avec une majorité de femmes, représentant 75 % des cas. De plus, l’âge moyen de la première hospitalisation, qui était d’environ 30 ans, continue de diminuer, avec des prises en charge parfois dès 15 ans, souvent après une tentative de suicide. Le risque suicidaire est alarmant : entre 40 et 85 % des personnes concernées tenteront de se suicider au moins une fois dans leur vie, et 10 % succomberont, représentant un risque 50 fois supérieur à celui de la population générale.

Face à cette détresse, les vidéos en ligne attirent de nombreux jeunes. Cependant, Pierre Nantas met en garde : « Il ne faut pas se laisser piéger par les symptômes. Vous pouvez ressentir la peur de l’abandon, des accès de colère ou des épisodes dépressifs sans pour autant être borderline. Tous ceux qui craignent l’abandon ne sont pas borderline, mais tous les borderline ressentent cette peur. Ce qui importe, ce n’est pas le symptôme, mais la cause sous-jacente. Or, les algorithmes et TikTok ne vous aideront pas à identifier cela. »

En se concentrant sur un symptôme isolé, les jeunes risquent de négliger d’autres problèmes aux manifestations similaires, comme la dépression, le burn-out, le TDAH ou les conséquences de traumatismes. Un diagnostic erroné peut entraîner des années de traitements inadaptés, souvent aggravés par la dynamique de groupe sur Internet. « J’ai quitté un groupe Facebook sur le trouble borderline récemment, car il s’agissait d’une communauté qui s’auto-alimente dans la maladie, déplore le praticien. Les membres partagent leurs tentatives de suicide et se rassurent mutuellement, sans jamais suggérer de consulter un thérapeute, car cela impliquerait de se remettre en question. »

Il est essentiel de se renseigner sur ces sujets via les réseaux sociaux, mais il est tout aussi crucial de consulter un psychiatre ou un psychothérapeute qualifié pour valider son diagnostic. L’automédication ou la prescription hâtive d’anxiolytiques doivent être évitées.

Contrairement à des troubles comme la bipolarité ou la schizophrénie, le trouble borderline se traite principalement par la parole et des approches thérapeutiques spécifiques, telles que la Thérapie Comportementale Dialectique (TCD), la thérapie des schémas de Young ou l’EMDR. Pierre Nantas souligne : « Le trouble de la personnalité borderline se guérit en thérapie, pas avec des médicaments. Dans ma pratique, l’âge moyen de mes patients a chuté de 35-37 ans à 18-22 ans. Les jeunes prennent conscience de leurs problèmes plus tôt. Et lorsque la relation thérapeutique est solide, la guérison est possible. »