France

Au Croisic, la baisse des stocks de homards expliquée : « À l’époque, on en ramenait une centaine »

Marion Citeau, responsable antenne du Comité Régional des Pêches des Pays de la Loire (Corepem), mesure les homards femelles avant de les marquer et de les relâcher pour favoriser leur reproduction. Les ports du Croisic et de Noirmoutier représentent 66 % des débarquements de homards dans la région.

Il n’y a pas de raison d’hésiter à manipuler des homards à la criée du Croisic. Marion Citeau, responsable de l’antenne du Comité Régional des Pêches des Pays de la Loire (Corepem), plonge sans appréhension ses mains dans des bacs de homards, sans gants. Maintenus par leur carapace, les crustacés bougent un peu moins. L’experte peut ainsi les mesurer et les retourner pour confirmer qu’il s’agit bien de femelles. Une fois le contrôle effectué, les animaux se font pincer l’uropode (un appendice abdominal) et reçoivent une petite marque en forme de V sur la queue.

Rassurez-vous, cette opération n’est pas un acte sadique, mais une expérimentation réalisée par le comité régional et l’Ifremer pour combattre la diminution des stocks de homards sur le banc de Guérande. L’objectif est clair : marquer les jeunes femelles avant de les relâcher dans l’océan afin de leur donner la chance de se reproduire au moins une fois de plus.

« Ne pas vendre une femelle qui ne s’est jamais reproduite »

Depuis début juin, les pêcheurs volontaires sont invités à isoler les femelles à leur retour de pêche. À leur arrivée sur la terre ferme, elles sont conservées au frais puis mesurées. Si leur taille dépasse 105 millimètres, elles finiront dans une casserole. Dans le cas contraire, elles seront remises à l’eau.

Les jeunes femelles sont marquées au niveau de la queue avant d'être relâchées dans leur milieu naturel.
Les jeunes femelles sont marquées au niveau de la queue avant d’être relâchées dans leur milieu naturel.  - A.Rochet

« Les femelles de moins de 105 millimètres sont trop immatures pour avoir été grainées (avoir porté des œufs) », précise Armand Brun, chargé de mission au Corepem. « En les remettant à l’eau, nous garantissons de ne pas vendre un homard femelle qui ne s’est jamais reproduit. » Les marins doivent ensuite relâcher l’animal lors de leur prochain voyage en mer et ont l’interdiction de débarquer des femelles déjà marquées. Dans trois ans, la marque aura totalement disparu « et les pêcheurs pourront de nouveau les vendre », assure l’expert.

Réchauffement climatique ?

Loire-Atlantique, Bretagne, Normandie… « La baisse du nombre de homards est une tendance générale » depuis dix ans, souligne Armand Brun. Les chercheurs n’ont pas encore identifié la cause de cette diminution des captures, mais trois hypothèses émergent : « l’arrivée des parcs éoliens, le changement climatique et l’invasion massive du poulpe », prédateur naturel des homards.

À eux seuls, les ports du Croisic et de Noirmoutier représentent 66 % des débarquements dans la région. Les Pays de la Loire comptent pour 20 % des débarquements de homards en France, soit 50 tonnes par an. Toutefois, depuis quelques années, les viviers sont de plus en plus vides. « Auparavant, mes collègues ramenaient une centaine de homards par jour », confie Ludovic Thobi, pêcheur de homards depuis quatre ans et participant au projet. « Aujourd’hui, nous en ramenons une trentaine. »

« Une bonne partie du chiffre d’affaires »

Pour les pêcheurs du département, la vente de homards représente « une bonne partie du chiffre d’affaires », explique ce marin. « Nous ne savons pas trop où nous allons », confie-t-il, inquiet. Envisager de remplacer le homard par du poulpe ? C’est une idée qui lui a traversé l’esprit, mais ce dernier se trouve plus au large. « Nos bateaux ne sont pas équipés et cela signifierait renoncer au homard mais aussi à la crevette », dont la pêche se fait en même temps.

Par conséquent, le prix du homard à l’achat augmente « mais pas de manière significative, » explique le spécialiste, « nous n’allons pas doubler ni tripler » le prix de ce crustacé déjà très élevé. Selon lui, l’opération menée par le Corepem « ne peut pas nuire » à la production de homards, mais il faudra patienter avant de constater les premiers résultats.

À quelques centaines de mètres de la criée, l’Océanorium du Croisic a opté pour une autre méthode : récupérer les larves des femelles plus âgées pour les élever quelques semaines avant de les relâcher. En revanche, la demande reste intacte.