
Afghanistan : L’ONU enquête sur les crimes des talibans, « même les salauds ont le droit à un procès »
L’initiative de l’ONU pour l’Afghanistan, lancée à l’initiative de l’Union européenne, vise à documenter les crimes commis dans le pays depuis le retour des talibans en 2021. Contrairement à l’idée reçue selon laquelle l’Occident ne prend pas de mesures pour les femmes afghanes, cette démarche, qui a débuté en octobre 2025, a pour but de rassembler des preuves en vue de futurs procès. Ce mécanisme d’enquête indépendant, connu sous le nom d’IIM-A, se concentre sur la collecte et l’archivage d’éléments de preuve, sans pour autant se positionner comme un organe de jugement.
Me Victoire d’Humières, avocate spécialisée en droit pénal international, souligne que ce mécanisme ne se substitue pas aux rapports des Nations Unies, mais joue un rôle complémentaire en fournissant une documentation essentielle pour d’éventuels procès. Étant donné la difficulté d’accéder à l’Afghanistan en raison des restrictions imposées par les talibans, ce processus repose également sur les informations fournies par des ONG et des acteurs de la société civile.
L’importance de cette initiative est renforcée par le succès d’un mécanisme similaire mis en place pour la Syrie en 2016. Céline de Roany, maître de conférences en droit international, rappelle que des preuves rassemblées dans ce cadre ont conduit à la condamnation d’Anwar Raslan, un ancien officier des services secrets syriens, à la réclusion à perpétuité pour crimes contre l’humanité en 2022. Ce procès a marqué une avancée significative dans la lutte contre l’impunité des responsables de violations des droits humains.
Le droit international permet à un pays de juger des individus pour des crimes graves, même si ceux-ci ne sont pas citoyens ou n’ont pas commis d’infraction sur son sol, grâce à la notion de « compétence universelle ». Cette approche a également été mise à profit en France, où des preuves issues de ce mécanisme ont été déterminantes dans la condamnation de Sabri Essid pour génocide et crimes contre l’humanité en 2026.
Actuellement, les investigations se poursuivent en Syrie, avec une nouvelle dynamique : le gouvernement provisoire, établi après la chute de Bachar al-Assad en 2024, a autorisé des enquêtes sur le terrain. Les équipes ont ainsi pu documenter des centres de torture, renforçant la collecte de preuves matérielles. Parallèlement, une mission similaire est en cours au Myanmar, en réponse aux violences infligées à la communauté rohingya.
Cependant, la mise en place de tels mécanismes reste entravée par des obstacles. Leur création nécessite un consensus parmi les États membres de l’ONU, ce qui est souvent difficile à atteindre. De plus, une crise budgétaire au sein des Nations Unies limite les ressources allouées à ces initiatives. Le budget pour la mission en Afghanistan, fixé à 330.000 dollars pour sa première année, est en baisse de 20 % par rapport aux prévisions initiales et représente une fraction des fonds alloués à la Syrie, où l’Union européenne a contribué à hauteur de trois millions d’euros. Ce faible budget soulève des interrogations quant à l’efficacité du mécanisme afghan par rapport à ses homologues.
