Affaire Lyhanna : Les critiques fusent contre la justice et la gendarmerie.
François Roujou de Boubée a dénoncé le manque de moyens de la justice, qualifiant cela de « vrai coeur du problème ». Le gouvernement prévoit d’intégrer quatre mesures « dans dix jours » dans le projet de loi sur la protection des enfants.
La pression s’intensifie suite à l’affaire concernant Lyhanna. Avocats, autorités et gouvernement ont réagi mardi, exprimant critiques du système judiciaire, reconnaissance de lacunes et promesses de réformes.
À Fleurance, l’avocat des parents, François Roujou de Boubée, a dénoncé le manque de moyens de la justice, qualifiant cela de « vrai cœur du problème ». Ses propos font écho à ceux d’Emmanuel Macron, qui déclarait récemment ne vouloir « entendre aucun argument de moyens dans cette affaire ». Sur le terrain, l’avocat dresse un constat alarmant : « J’ai vu des gendarmes, des policiers, des magistrats et des greffiers crouler sous les piles de dossiers à traiter ». Selon lui, les professionnels manquent de tout : « j’ai vu les mêmes se battre pour des post-it ou des ramettes de papier, on en est là ». Il critique également l’annonce d’une analyse accélérée de 70.000 plaintes : « de la poudre de perlimpinpin […] c’est impossible à moins de mal faire son travail ».
Face à la controverse, la gendarmerie reconnaît ses limites. Au journal de TF1, le directeur général de la gendarmerie nationale, Hubert Bonneau, admet qu’il y a eu « un échec » et que les délais d’instruction sont « trop longs ». Emmanuel Macron assure quant à lui la « détermination du gouvernement » et exprime « une pensée pour les familles touchées par les drames, les horreurs ». Cette affaire entraîne également de nouvelles actions en justice : l’avocat de la mère d’une enfant ayant signalé des viols répétés de Jérôme B, sans que celui-ci ne soit convoqué, a annoncé son intention de porter plainte contre l’État pour « faute lourde », à l’encontre du Garde des Sceaux, des procureurs de Toulouse et Auch, ainsi que des enquêteurs de la gendarmerie, pour « mise en danger de la vie d’autrui, non-assistance à personne en danger ».
Lors d’une conférence de presse, Pierre Debuisson a dénoncé « l’hypocrisie » et « les discours d’hommes politiques qui essaient de sauver leur peau ». Rendant hommage aux « magistrats passionnés » et « enquêteurs formidables », une majorité selon lui, il a cependant critiqué certains « magistrats qui travaillent quatre fois moins que leurs collègues » et « des enquêteurs paresseux ». Ému, sa cliente a exprimé son incompréhension : « Si je n’avais pas déménagé, cela aurait pu être ma fille », a-t-elle déclaré, en référence à Lyhanna. Elle avait déposé une plainte en août 2025 et c’est en apprenant que Jérôme B. était le principal suspect dans la disparition de Lyhanna qu’elle a alerté les médias. Bien que l’identification du corps de Lyhanna ait été annoncée vendredi, le procureur d’Agen doit encore communiquer les résultats de l’autopsie.
À l’issue d’une réunion de crise avec plusieurs ministres, le chef du gouvernement Sébastien Lecornu a proposé de renforcer les peines pour les violeurs en série sur mineurs, qui pourraient encourir la perpétuité au lieu de 20 ans actuellement. Concernant les crimes à l’encontre des enfants, le Premier ministre a également suggéré que les actes d’enquête soient réalisés « dans un délai maximal de trois mois ». Quatre mesures seront finalement intégrées « dans dix jours » dans le projet de loi sur la protection des enfants, déjà présenté en conseil des ministres et qui sera examiné par le Parlement le 15 juillet.
Le Premier ministre a aussi promis de progresser sur un autre texte d’origine parlementaire, visant à traiter de manière globale ( » intégrale ») les violences sexistes et sexuelles, soutenu par la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet. La pression sur le gouvernement s’accentue. Après une mobilisation de plus de 60.000 manifestants dans plusieurs villes de France lundi soir, dénonçant les dysfonctionnements entourant cette affaire, des plaintes vont être déposées contre l’inaction des pouvoirs publics. Bien qu’il ait rapidement reconnu des « dysfonctionnements accablants », le ministre de la Justice a exclu de démissionner. Il a été entendu au Sénat dans la matinée avec son collègue de l’Intérieur Laurent Nuñez.
M. Lecornu a réaffirmé sa « confiance » dans « l’ensemble des métiers de justice » après que le Conseil supérieur de la magistrature ait déploré le « discrédit jeté sur des milliers de magistrats », en réponse aux critiques concernant le traitement de cette affaire. Laurent Nuñez a également demandé aux policiers et gendarmes de donner priorité aux affaires de violences sexuelles sur mineurs.

