Belgique

Wallonie : nouvelles restrictions pour préserver les nappes phréatiques face à la sécheresse

La Wallonie, riche en ressources hydriques souterraines, fait face à des préoccupations croissantes concernant ses réserves d’eau en raison de la sécheresse persistante. En effet, près de 80 % de l’eau extraite de ces nappes est destinée à l’approvisionnement des ménages, tandis que l’industrie et l’agriculture en consomment respectivement 8 % et 1 %. Les carrières représentent environ 11 % de l’extraction.

L’hydrogéologue Pascal Goderniaux, de l’université de Mons, souligne l’importance des précipitations hivernales pour la recharge des nappes. Il note que, malgré un hiver peu pluvieux, la situation actuelle est encore gérable. « Les niveaux d’eau étaient relativement élevés ces dernières années, mais nous constatons une tendance à la baisse », précise-t-il. Toutefois, certaines zones, notamment en Ardenne, sont plus vulnérables en raison de leur capacité de stockage limitée.

Le Service public de Wallonie confirme cette analyse, indiquant que les niveaux d’eau actuels sont inférieurs à la moyenne pour cette période de l’année. Johane Derouane, de la direction des eaux souterraines, met en avant la nécessité d’une surveillance accrue dans les Ardennes, où les nappes souffrent le plus de la sécheresse. « Elles se déchargent plus rapidement et sont plus sensibles à l’absence de pluie », ajoute-t-elle.

Le pompage de l’eau souterraine est strictement réglementé par le Code Wallon de l’eau. Les demandes de prélèvement doivent être accompagnées d’un permis, et des mesures de contrôle, telles que des débits maximaux et des compteurs, sont imposées pour éviter de déséquilibrer les nappes. Goderniaux souligne que certaines demandes de captage, notamment dans la région entre Tournai et Mouscron, sont souvent refusées en raison de la pression sur les ressources.

Face aux défis posés par le changement climatique, la Wallonie envisage de renforcer ses réglementations. Bien que les restrictions actuelles soient principalement à l’initiative des communes, un projet de réglementation plus rigoureux est en préparation. « Nous travaillons sur des priorisations d’usage, avec des déclenchements de restrictions locales basées sur des seuils d’alerte », explique Derouane.

Les agriculteurs, dont les besoins en irrigation augmentent, se trouvent également confrontés à des limitations. Goderniaux prévient que toutes les demandes ne pourront pas être satisfaites. « Il est crucial de mieux planifier et de savoir où les ressources en eau sont disponibles avant d’implanter des activités dépendantes », insiste-t-il.

Enfin, la réflexion sur les cultures adaptées à la disponibilité en eau devient essentielle. Certaines cultures nécessitent moins d’eau, et Goderniaux suggère que cette adaptation devra faire partie des stratégies futures. La Wallonie travaille déjà à une cartographie des ressources en eau pour mieux gérer cette précieuse ressource, en tenant compte des besoins écologiques et de biodiversité.

En somme, la question fondamentale reste : quelle quantité d’eau avons-nous sous nos pieds et comment pouvons-nous la gérer de manière durable pour répondre aux besoins présents et futurs ?