
Vendanges 2026 : la Champagne face au casse-tête de l’alcool, la Belgique y échappe
La viticulture wallonne a évité en 2026 un scénario comparable à celui observé en Champagne, où la sécheresse a favorisé une montée rapide du sucre dans les raisins. En Belgique, deux épisodes de pluie ont au contraire aidé les grappes à poursuivre leur maturation sans dérive marquée du degré alcoolique, selon plusieurs vignerons interrogés.
Cette différence est importante pour les producteurs d’effervescents, car un excès de sucre peut conduire à des vins plus alcoolisés et moins équilibrés. Dans les domaines cités, le millésime 2026 est présenté comme précoce, mais aussi comme techniquement réussi malgré une baisse de rendement.
La pluie a modifié le cours de la saison
Au Chant d’Eole, à Quévy, Hubert Ewbank de Wespin explique que les pluies de fin juin puis de la mi-août ont joué un rôle décisif. Il indique qu’environ 40 à 50 millimètres sont tombés fin juin, puis 30 à 40 millimètres à la mi-août. Selon lui, ces apports d’eau ont permis d’éviter une concentration excessive du sucre dans les raisins.
Arnaud Leroy, directeur commercial de Ruffus, décrit une évolution similaire. À la mi-août, dit-il, le sucre était déjà atteint, mais l’acidité restait trop élevée. La pluie a fait gonfler les raisins d’environ 20 %, avant que le sucre ne remonte naturellement dans les jours suivants. Il en conclut que la vendange a pu se faire tôt, tout en conservant un bon équilibre entre sucre et acidité.
Des vendanges très précoces, mais des volumes en baisse
Le millésime 2026 se distingue aussi par son calendrier. Chez Ruffus, les vendanges ont commencé pour la première fois en août, alors qu’il y a vingt ans elles se situaient plutôt à la mi-octobre, puis se sont progressivement avancées. Au Chant d’Eole, la récolte a débuté début septembre et s’est achevée quelques jours plus tard, ce qui est présenté comme un record.
Cette précocité s’accompagne toutefois d’une baisse de production. Au Chant d’Eole, la perte est estimée entre 10 et 15 % par rapport à une année normale. Les vignerons soulignent néanmoins que des raisins plus petits peuvent donner une concentration aromatique plus forte. Arnaud Leroy estime pour sa part que les vins effervescents wallons devraient rester autour de 12 à 12,5 degrés d’alcool, soit leurs niveaux habituels.
Un avantage climatique à manier avec prudence
Les acteurs interrogés refusent de présenter le réchauffement climatique comme un simple atout. Si la hausse des températures facilite l’atteinte de la maturité, elle provoque aussi un réveil plus précoce de la vigne. Arnaud Leroy indique que les premiers bourgeons sont apparus dès mars cette année, alors qu’ils sortaient plutôt en mai il y a vingt ans. Cela accroît l’exposition aux gelées, un risque qu’il dit récurrent depuis 2017.
Christophe Waterkeyn, secrétaire de l’Association des Vignerons de Wallonie, insiste lui aussi sur la nécessité de gérer les gels et les stocks. Il voit dans 2026 un millésime favorable, mais pas une garantie durable. Les vignerons citent plusieurs très bons millésimes récents, tout en rappelant que certaines années, comme 2021 et 2024, ont été plus difficiles.
Ce qu’il faut retenir
- En Wallonie, deux épisodes pluvieux ont limité la concentration en sucre des raisins et évité un excès d’alcool dans les vins.
- Les vendanges 2026 ont été très précoces, avec un début en août chez Ruffus et une récolte rapide au Chant d’Eole.
- Les vignerons soulignent un potentiel qualitatif réel, mais aussi des risques persistants de gel et de baisse des volumes.
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