
Valentin Stefanovitch, ancien prisonnier politique en Biélorussie : « C’est de la torture, comme à l’époque de Staline »
Valentin Stefanovitch, militant pour les droits humains en Biélorussie, a vécu cinq années d’incarcération sous le régime de Loukachenko. En mars, il a été libéré avec 250 autres prisonniers politiques. Aujourd’hui, son apparence a radicalement changé : crâne rasé, un anneau à l’oreille gauche et un regard apaisé, il témoigne de son parcours. « J’ai pris une photo ici à Varsovie, trois ou quatre jours après ma libération. J’avais l’air typique d’un prisonnier, j’espère que je suis mieux aujourd’hui. On n’est jamais détendu, on reste constamment en alerte au camp et en prison », confie-t-il.
Retrouvant sa femme et ses enfants établis à Varsovie, Valentin évoque les raisons de son arrestation. En tant qu’activiste au Centre de défense des droits humains Viasna, il est bien connu des autorités de Minsk. « Sur la page web de Viasna, la première chose que l’on voit, c’est un message indiquant que Viasna est considérée comme organisation extrémiste depuis 2003. Cela rend la consultation de cette page dangereuse pour la population, car cela peut entraîner des poursuites pour collaboration avec une organisation extrémiste », explique-t-il.
En 2021, après le renforcement de la répression en 2020, Valentin s’attendait à une interpellation. Le 14 juillet, la police a perquisitionné son appartement, et il a été arrêté, ne revoyant jamais sa famille. Le tribunal l’a accusé de financer les avocats des manifestants emprisonnés, le condamnant à neuf ans de prison. Les conditions de détention en Biélorussie sont particulièrement sévères. Valentin a d’abord passé un an et demi en camp d’internement, sans visites familiales, avant d’être transféré dans une prison où il a rencontré d’autres prisonniers politiques, tous marqués par un badge jaune. « Avec ce badge, vous n’avez plus aucun droit. Par exemple, vous ne pouvez appeler qu’une fois par mois, pendant 15 minutes », déplore-t-il, n’ayant vu sa famille qu’une seule fois en octobre 2023.
Sa libération a eu lieu dans des circonstances inattendues. Embarqué par des agents du KGB, il a compris qu’il était libéré à l’étranger seulement en arrivant à la frontière lituanienne. Bien qu’il bénéficie d’une protection internationale en Pologne, son avenir reste incertain quant à un éventuel retour en Biélorussie.
Valentin se concentre désormais sur sa guérison, tout en souhaitant utiliser son expérience pour documenter les crimes du régime. « C’était comme un voyage d’affaires pendant cinq ans. Je n’étais pas un prisonnier ordinaire. J’étais un défenseur des droits humains, même en prison, car je recueillais toutes les informations », souligne-t-il. Bien qu’il n’ait pas pu collecter de preuves matérielles de ses souffrances, il espère que son témoignage contribuera à faire rendre des comptes au régime. « Il y a de nombreux exemples similaires dans plusieurs pays. Par exemple, en Amérique du Sud, lors de la transition des juntes militaires vers un gouvernement civil, des commissions spéciales de la vérité ont été créées pour recueillir des informations sur la torture et les détentions arbitraires. Il ne s’agit pas seulement de punir les responsables, mais aussi de réhabiliter les victimes de la répression », conclut-il.
