Belgique

Vague de chaleur et changement climatique : où en sommes-nous ?

Depuis la fin de la dernière glaciation, il y a 12.000 ans, les températures ont peu évolué, et au cours des 2000 dernières années, elles ont même eu tendance à très légèrement diminuer. Les 11 dernières années ont été les plus chaudes jamais relevées sur Terre (source : Copernicus).

Évolution au fil du temps

Depuis la fin de la dernière glaciation, il y a 12.000 ans, les températures ont peu changé, malgré les avancées humaines. Au cours des 2000 dernières années, une légère tendance à la baisse a été observée, en dixièmes de degrés. Cependant, le changement majeur survient avec la révolution industrielle, au milieu du 19e siècle. Les graphiques du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), comprenant des milliers de scientifiques provenant de 195 pays, sont révélateurs.

Évolution des températures moyennes depuis 2000 ans © GIEC

En examinant les données de près, on remarque une augmentation très rapide des températures au cours des 170 dernières années. Cette évolution est attribuée à l’activité humaine : la déforestation et l’exploitation massive des énergies fossiles génèrent des gaz à effet de serre. Le CO2, le méthane, le protoxyde d’azote et les gaz fluorés retiennent les rayons infrarouges de la Terre, entraînant un réchauffement. Ce réchauffement a des conséquences en chaîne, car il provoque la fonte des glaces, qui libère du CO2 emprisonné, accélérant ainsi le processus.

Évolution de la température moyenne de la Terre depuis l’ère industrielle © Our World in Data

De 1850 à 2025, la planète a enregistré un réchauffement de 1,39° (source : Météo-France).

Les trois dernières années (2023-2025) ont vu des températures supérieures de plus de 1,5° par rapport à l’époque préindustrielle (source : Copernicus).

Les 11 dernières années sont les plus chaudes jamais enregistrées sur Terre (source : Copernicus).

1992 : premières mesures

Le premier rapport du GIEC sur le changement climatique a été publié en 1990. Deux ans plus tard, lors du sommet de la Terre à Rio, la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) y est signée. Ce traité international sur le changement climatique impliquait alors 154 pays, y compris la Belgique. Aujourd’hui, 198 pays, y compris l’Union européenne, y adhèrent. En 1995, la première COP (Conférence des Parties) a eu lieu.

En 2015, un tournant majeur pour le climat s’est produit avec l’accord de Paris. 196 États ont décidé de limiter l’augmentation de la température moyenne de la planète en dessous de 2° par rapport aux niveaux préindustriels, et de préférence à moins de 1,5°. Pour y parvenir, les émissions de CO2 doivent être réduites. L’Union Européenne s’est engagée dans cette voie avec son Pacte vert pour l’Europe (2019), visant à réduire les émissions de CO2 de 55 % d’ici 2030 par rapport à 1990, et atteindre la neutralité climatique d’ici 2050. Cela explique la transition vers l’électrification des véhicules, le secteur des transports étant responsable d’un tiers des émissions de carbone.

Simulation (en bleu) de l’augmentation des températures sans cause humaine. Dues à l’humain et la nature en orange. © GIEC

Perspectives futures : toujours plus chaud !

Malgré les initiatives prises à l’échelle locale ou continentale, il n’y a pas encore d’inversion significative de la tendance climatique. D’une part, le changement nécessite du temps, et d’autre part, certains pays ne suivent pas le mouvement. La Chine, par exemple, contribue à hauteur de 29 % des émissions de CO2 dans le monde, tandis que les États-Unis en représentent 11 % et l’Union Européenne 6 %. En conséquence, le réchauffement de la Terre se poursuit. L’Organisation météorologique mondiale, rattachée à l’ONU, a récemment publié son rapport annuel pessimiste.

Selon l’OMM, « Les températures moyennes mondiales devraient rester à des niveaux record ou quasi record sur la période 2026-2030, avec 75 % de probabilité que la moyenne de ces cinq ans excède de plus de 1,5° celle des niveaux préindustriels.« 

Les scénarios du GIEC avaient déjà annoncé cela. Dans les perspectives les plus optimistes concernant la réduction du CO2, d’ici 2100, nous enregistrerons un réchauffement de 1° à 1,8° par rapport à 1850. Cependant, le scénario le plus pessimiste anticipe un réchauffement de 3,3° à 5,7° supplémentaires, entraînant des catastrophes telles que la fonte des glaces, l’élévation du niveau des mers, la perte de biodiversité, et des épisodes de chaleur intense fréquents.

Les différents scénarios d’augmentation des températures selon le GIEC en fonction des rejets de CO2. Le scénario le plus optimiste semble déjà relégué aux oubliettes. © GIEC

Différences planétaires

Les régions du monde sont inégales face aux émissions de CO2, et également face à la montée des températures. Bien que nous parlions jusqu’ici du changement climatique à l’échelle mondiale, certaines zones connaissent un réchauffement plus prononcé que d’autres. C’est le cas de l’Europe. D’après l’observatoire européen Copernicus, notre continent se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, avec un « gain » de 0,56° par décennie ces 30 dernières années. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène, dont la réduction des surfaces glacées qui renvoient une partie des rayons solaires et maintiennent les sols humides, ainsi que la proximité de l’Arctique.

L’ Arctique, en revanche, détient le record mondial de vitesse de réchauffement, atteignant 0,75° par décennie.

Une observation confirmée par l’Organisation météorologique mondiale dans ses prévisions : « Le réchauffement dans l’Arctique devrait continuer à dépasser nettement la tendance globale. Au cours des cinq prochains hivers prolongés de l’hémisphère nord (de novembre à mars), la température dans l’Arctique devrait ainsi être supérieure de 2,8° à la normale pour la période 1991-2020.« 

Conséquences : plus de canicules

Historiquement, notre pays au climat océanique tempéré, influencé par le Gulf Stream, a été relativement épargné par les vagues de chaleur (cinq jours consécutifs à 25 °C, dont trois à plus de 30 °C). Cependant, ce phénomène est de moins en moins rare. À la station de référence d’Uccle, l’Institut Royal Météorologique a enregistré 50 vagues de chaleur entre 1901 et 2025. Autrefois espacées, elles deviennent de plus en plus fréquentes. En effet, aucune vague de chaleur n’a été observée entre 1960 et 1975, alors que depuis dix ans, il y a au moins une par an, à l’exception de 2021 et 2024. La vague actuelle n’est qu’un nouvel exemple, qui risque de se reproduire plus souvent à l’avenir.

La fréquence des vagues de chaleur depuis le début du 20° siècle. A cela s’ajoutent les deux de 1995 et celle que nous connaissons actuellement. © Institut royal météorologique de Belgique