Belgique

Urgence climatique : les politiques réagissent sans prévenir les crises

Les récents incendies dans les Fagnes ont mis en lumière les lacunes de la Belgique en matière de préparation face aux crises climatiques. Le 20 août, à peine six jours après le début de ces flammes dévastatrices, Bernard Quitin, ministre de l’Intérieur, a été convoqué pour une séance extraordinaire de la commission de l’Intérieur. Cette réunion, demandée par l’opposition, visait à discuter de l’impréparation du pays face à des situations d’urgence liées au climat.

Lors de cette séance, Quitin a annoncé l’élaboration d’un plan national de résilience, intégrant les risques climatiques et visant à renforcer la protection civile, qui avait été partiellement réduite en 2017. Il a également souligné que la solidarité européenne serait essentielle dans ce cadre, affirmant : « Aucun pays ne peut maintenir en permanence, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, l’ensemble du personnel, des avions, des hélicoptères et des véhicules prêts à intervenir dans le scénario le plus extrême. »

Simultanément, Jean-Luc Crucke, ministre fédéral du climat, a exprimé son intention d’inclure systématiquement des scientifiques, tels que ceux du CERAC et de l’IRM, dans les processus d’analyse et de préparation aux crises. Il a déclaré dans un communiqué : « Le risque climatique ne peut plus être considéré comme un risque périphérique. Il doit être pleinement intégré à notre architecture de prévention, d’anticipation et de gestion de crise. »

En Wallonie, la ministre du Climat, Cécile Neven, a également réagi à la crise des Fagnes. Le 19 août, elle a promis une vingtaine de mesures concrètes, basées sur 700 cartes de vulnérabilité, pour mieux préparer la région. Neven a insisté sur le fait que ces mesures seraient « praticables et payables pour le portefeuille des citoyens », bien que les détails ne soient attendus qu’à la fin de l’année.

Parallèlement, le ministre régional de la Santé, Yves Coppieters, a évoqué la nécessité de réorganiser les soins de santé pour les rendre plus résilients face aux canicules. Il a souligné le manque de coordination entre les différents acteurs pendant ces périodes critiques, tout en précisant qu’aucune marge budgétaire supplémentaire n’était disponible pour mettre en œuvre ses propositions.

Les experts en climat, cependant, restent sceptiques quant à l’efficacité de ces annonces. François Massonnet, climatologue à l’UCLouvain, a déclaré que ces mesures, bien qu’importantes, ne suffiraient pas à long terme. « C’est une première famille de décisions qu’on peut adopter. Mais parer les chocs ne nous permet pas de ne pas nous faire dépasser à long terme par les effets délétères des changements climatiques », a-t-il analysé.

Karim Sheikh Hasson, directeur adjoint du CERAC, a également noté que les réponses proposées sont principalement des mesures d’adaptation à court terme. Il a insisté sur la nécessité de réfléchir à des solutions à moyen et long terme. Les experts ont également pointé l’absence d’initiatives visant à atténuer le changement climatique, en particulier en ce qui concerne la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Le débat sur la transition énergétique semble être renvoyé au niveau européen, avec des promesses de défendre cette lutte à l’international. L’objectif de l’Europe est d’atteindre un continent décarboné d’ici 2050, mais Massonnet a exprimé des doutes sur la viabilité de cet objectif à long terme, soulignant que cela pourrait conduire à une attitude laxiste jusqu’à cette date.

Les défis climatiques auxquels la Belgique est confrontée ne manqueront pas de revenir au cœur des débats politiques, surtout avec les saisons estivales à venir.