
« Une forêt n’est pas morte : préparer nos massifs aux mégafeux futurs »
Des paysages dévastés, où la végétation a été réduite à néant, témoignent des ravages causés par les incendies en Gironde. Pourtant, ce tableau de désolation cache une réalité plus complexe, selon Florent Mouillot, chercheur à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD). Il souligne que, bien que l’apparence soit celle d’un monde stérile, la forêt continue de vivre sous la surface.
Sous les cendres, des graines d’arbres, certaines résistantes au feu, ainsi que des systèmes racinaires, des bactéries et des champignons demeurent intacts. Ces éléments, souvent invisibles, joueront un rôle crucial dans la régénération de l’écosystème forestier. La chaleur des flammes n’atteint que des profondeurs limitées, permettant à cette vie souterraine de perdurer. « Tout ce qui peut rester juste après l’incendie, qu’on ne voit pas, va servir à régénérer cette forêt », précise Mouillot.
Les conséquences des incendies varient selon leur intensité, influencées par des facteurs tels que les conditions climatiques et la sécheresse. Dans la plupart des cas, les flammes détruisent d’abord le feuillage, laissant les troncs debout. Cependant, lors d’incendies particulièrement violents, les effets peuvent être dévastateurs. Florent Mouillot évoque les incendies des Landes en 2022, où « le sol a brûlé pendant deux ans après les incendies », continuant à brûler le carbone enfoui.
Ce phénomène, connu sous le nom de « combustion étouffée », peut perdurer longtemps après l’extinction des flammes. Dans des cas extrêmes, le carbone du sol peut brûler jusqu’à 50 centimètres de profondeur, impactant gravement l’écosystème.
Tous les arbres ne réagissent pas de la même manière face au feu. Les espèces méditerranéennes, comme le chêne-liège, ont développé des mécanismes de résistance au fil des siècles. « Il a une écorce très épaisse avec du liège, assez protecteur pour les arbres », explique Mouillot. En revanche, d’autres espèces comme le hêtre et les sapins manquent de cette capacité de régénération.
Les grands incendies touchent désormais des régions qui n’étaient pas habituées à de tels événements. La question se pose alors : « Est-ce qu’on va prendre la décision de croire en ces scénarios et adapter notre stratégie de planter de nouvelles essences qui seraient plus résistantes aux incendies ? », s’interroge le chercheur.
La régénération des forêts dépend également de leur type. Dans les Landes, où la forêt est principalement cultivée pour l’industrie du bois, la replantation est rapide, nécessitant entre 15 et 25 ans. En revanche, d’autres forêts, comme celles de chênes du nord de la France, peuvent mettre jusqu’à 70 ans à se régénérer. Si un deuxième incendie survient peu après le premier, la situation devient critique, car les jeunes arbres ne peuvent pas encore produire de graines et les sols s’appauvrissent en nutriments essentiels.
Cependant, un incendie n’est pas toujours synonyme de catastrophe. Il peut, paradoxalement, favoriser la biodiversité. Florent Mouillot souligne qu’une forêt variée, avec des zones brûlées et des clairières, est souvent plus riche en biodiversité. « L’optimum de biodiversité, c’est quand on a ce patchwork de forêts fermées et de forêts ouvertes », précise-t-il.
Pour prévenir les mégafeux de demain, des solutions existent. Réduire la quantité de végétation combustible est une piste, comme le montrent les pratiques d’incendies dirigés aux États-Unis et en Espagne. En France, bien que des essais aient été réalisés, cette méthode n’est pas encore largement acceptée par la population en raison des craintes liées aux fumées et aux risques d’échappement des feux.
Une autre approche consiste à diversifier la composition des forêts. « Il y a une question de densité d’arbres, il y a une question de biodiversité », souligne Mouillot. En mélangeant feuillus et résineux, on peut réduire la combustibilité des forêts. Il envisage un avenir où les forêts seront plus diversifiées, avec des paysages moins homogènes, afin de limiter la propagation des incendies. Toutefois, cette évolution nécessitera des compromis entre la protection contre le feu et la préservation de la biodiversité.
