Belgique

Un pesticide OGM autorisé en Belgique soulève des inquiétudes.

Des doryphores se trouvent dans les champs de pomme de terre et peuvent rester dans le sol l’hiver pour se développer en période sèche. La Belgique a autorisé en urgence Calantha, un pesticide à interférents ARN, pour une durée de peu plus de 100 jours.

Dans les champs de pommes de terre, des doryphores apparaissent à certaines périodes de l’année. Ces petits insectes peuvent passer l’hiver dans le sol et se développer lors de sécheresses pour ensuite dévorer les feuilles de la pomme de terre. « Ça mange complètement les feuilles, il ne reste plus que les tiges, ça affaiblit la plante« , indique Kévin Vrancx, administrateur de la société Sabbe et producteur de pommes de terre à Gosselies.

Kévin, comme d’autres producteurs, utilise un pesticide pour traiter les doryphores. Récemment, la Belgique a donné une autorisation d’urgence temporaire pour Calantha, un pesticide à ARN interférents. Ce nouveau produit, qui n’est pas de synthèse, repose sur « des petites molécules, des petits acides nucléiques qui vont interagir avec une cible très spécifique et qui de ce fait vont permettre de tuer l’insecte visé« , explique Philippe Jacques, professeur à Gembloux Agro-Bio Tech – ULiège et responsable de l’Initiative d’Innovation Stratégique Digibiocontrol.

« C’est une nouvelle approche qui a l’avantage d’être extrêmement ciblée, contrairement à d’autres produits insecticides qui visent une cible, mais qui est commune à une multitude d’insectes, touchant donc aussi bien ceux bénéfiques pour l’agriculture que les insectes prédateurs. »

Un recours devant le Conseil d’État

Cependant, certains expriment des préoccupations car Calantha n’a pas encore reçu d’autorisation au sein de l’Union Européenne, sauf en Belgique pour une durée de plus de 100 jours. Deux associations environnementales ont déposé un recours au Conseil d’État pour annuler cette autorisation belge.

Selon Nature et Progrès, la dérogation d’urgence ne respecte pas les conditions légales du cadre réglementaire concernant la mise sur le marché des pesticides. « On n’a pas finalisé les études des risques pour l’environnement et pour la santé au niveau européen« , affirme Virginie Pissort, chargée de plaidoyer et de campagnes chez Nature & Progrès Belgique.

Virginie Pissort ajoute : « Le pesticide à ARN interférent agit sur la génétique de l’insecte. Donc, en ce sens, ce n’est pas un produit chimique. Ainsi, en ce qui concerne la pollution de l’eau, on peut peut-être anticiper des risques moins importants. Cependant, quant aux impacts sur la biodiversité et sur l’environnement, nous ne savons pas encore si cela sera réellement moins dommageable et moins risqué.« 

Quelle évaluation du produit ?

Contacté, le SPF Santé indique que « le produit Calantha a été évalué comme l’ensemble des produits phytopharmaceutiques faisant l’objet d’une demande de dérogation d’autorisation. Le comité d’agréation des pesticides à usage agricole a rendu un avis en s’appuyant sur des évaluations concernant la physico-chimie du produit, sa toxicité humaine, l’impact des résidus dans les denrées alimentaires, son efficacité, son comportement dans l’environnement et son écotoxicologie, y compris les effets sur d’autres espèces d’insectes« .

« Pour chacun de ces domaines d’évaluation, les experts se sont basés sur les dernières connaissances du produit et ont pris en compte les critères d’évaluation des produits phytopharmaceutiques les plus récents« , conclut le SPF Santé.