
Un parti de gauche pourrait favoriser l’extrême droite en Allemagne.
L’Allemagne se trouve à un tournant décisif, avec la possibilité d’un gouvernement d’extrême droite pour la première fois depuis la chute du nazisme. Cette évolution, qui pourrait sembler surprenante, est en partie due à une alliance inattendue entre le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) et un groupe minoritaire, le BSW, qui se présente comme un parti de gauche tout en affichant des positions populistes et pro-russes.
Suite à une victoire marquante lors des élections régionales en Saxe-Anhalt, l’AfD a identifié un potentiel partenaire en la personne de Sahra Wagenknecht, fondatrice du BSW. Ce dernier a récemment déclaré qu’il ne participerait pas au cordon sanitaire qui a traditionnellement isolé l’extrême droite des institutions politiques. Thomas Schulze, candidat du BSW, a exprimé son ouverture au dialogue avec l’AfD, soulignant que leurs priorités politiques s’alignent sur plusieurs points.
Le BSW, créé par Wagenknecht en 2024 après sa rupture avec Die Linke, mélange des revendications de gauche classiques, telles que l’intervention de l’État et la redistribution des richesses, avec des positions qui le rapprochent de l’AfD, notamment en matière d’immigration et de relations avec la Russie. Le parti se décrit comme des « conservateurs de gauche » et prône une ligne dure contre l’immigration clandestine ainsi qu’un durcissement des lois sur l’asile.
Les convergences entre l’AfD et le BSW pourraient sembler contre-intuitives, mais elles prennent sens dans le contexte d’une xénophobie partagée. Franco Delle Donne, expert en communication, note que cette alliance pourrait être renforcée par une vision commune sur la Russie, où les deux partis se montrent réticents à soutenir l’Ukraine et favorisent un rapprochement avec Moscou, espérant ainsi une baisse des prix de l’énergie.
Sahra Wagenknecht a récemment affirmé que la politique du cordon sanitaire était « terminée », espérant qu’une majorité se forme au Parlement de Magdebourg pour faire avancer ses priorités, y compris la fin des sanctions contre la Russie. Elle a également critiqué la CDU, en appelant à un changement de leadership au sein de ce parti traditionnel.
L’AfD, dirigée par Ulrich Siegmund, a frôlé la majorité absolue en Saxe-Anhalt, mais devra établir des alliances pour gouverner. Le BSW a laissé entendre qu’il pourrait s’abstenir de s’opposer à l’AfD, bien que Siegmund ait rapidement rejeté cette idée, affirmant que le BSW « ne fait pas partie de la solution, mais du problème ».
Les analystes soulignent que le soutien d’un parti comme le BSW à l’AfD pourrait entraîner des tensions internes. Steven Forti, historien, met en garde contre les risques de fractures au sein d’un BSW encore peu structuré. De son côté, Friedrich Merz, leader de la CDU, a reconnu que son parti était « sous le choc » après cette débâcle électorale, qui pourrait ébranler ses fondations.
La possibilité d’un gouvernement d’extrême droite en Allemagne, après des décennies d’isolement, devient de plus en plus tangible, marquant un tournant significatif dans le paysage politique du pays.
