Un œil sur demain : ne pas gaspiller l’eau recyclée
Aymar de Lichtervelde a conçu et géré le système de traitement et de réutilisation des eaux de la base polaire belge pendant 5 ans. Revalio travaille sur un système qui permettrait de puiser et purifier l’eau du canal à Bruxelles afin d’être utilisée directement, ce qui pourrait réduire l’utilisation de « des millions » de litres d’eau potable annuellement par le service propreté.
La station polaire Princesse Elisabeth comme exemple
Dans son laboratoire situé au sous-sol de son appartement à Bruxelles, Aymar de Lichtervelde réalise une multitude d’expériences. Toutes visent à purifier des eaux souillées, notamment par des graisses, des boues ou des composants chimiques. Les échantillons sont fournis par des entreprises désireuses d’assainir leurs eaux usées et de réutiliser une partie de celles-ci. Aymar a su bâtir une solide réputation dans ce domaine. Pendant cinq ans, il a conçu et géré le système de traitement et de réutilisation des eaux de la station polaire belge, où chaque goutte d’eau doit être utilisée avec précaution.
De retour en Belgique, Aymar a cofondé une start-up, Revalio, dédiée au traitement et au recyclage de l’eau. « En principe, on peut imaginer un plan de traitement pour toutes les eaux. Il y a certainement des eaux auxquelles on n’a pas encore touché, mais l’évolution des connaissances nous permet d’apporter des solutions à presque tous les problèmes.«
Pour Louis De Muylder, son associé qui a passé de nombreuses années au Congo à réaliser des barrages hydroélectriques, les enjeux sont majeurs : « Comment recréer des boucles de circularité ? Comment créer un circuit court en utilisant les eaux des fleuves ou des eaux usées ? On purifie l’eau mais on va surtout un peu plus loin pour créer un bon usage, un bon cycle de l’eau en fonction des usages : que ce soit au niveau d’une ville, d’une station de vie comme celle en Antarctique ou d’une usine.«
Nettoyage des rues… à l’eau potable
À Bruxelles, comme dans de nombreuses communes, les agents communaux consomment des quantités très importantes d’eau.
Que ce soit pour nettoyer les rues ou arroser les plantations, l’eau utilisée est jusqu’à présent de l’eau potable. « Elle est puisée en Wallonie et parcourt environ une centaine de kilomètres à travers des canalisations pour se retrouver dans des balayeuses de rue. Elle repart ensuite à l’égout, puis passe par des stations d’épuration avant de se retrouver dans le canal. Ce même canal qui se trouve juste à côté du service propreté de la ville de Bruxelles », explique Louis De Muylder.
Pour cette raison, Revalio développe un système permettant de pomper et purifier l’eau du canal pour une utilisation directe. Cela représente un avantage pour l’écologie tout en bénéficiant à l’économie. Le service propreté utilise « des millions » de litres d’eau potable par an. De plus, l’eau a désormais un coût, comme l’indique Nicolas Vazquez, directeur du service propreté de Bruxelles : « Jusqu’à présent, Vivaqua nous laissait libre accès au réseau via les cols-de-cygne (robinets de raccord), tout comme aux pompiers. Maintenant, nous allons devoir payer.«
Aller toujours plus loin
Pendant des années, l’eau a été perçue comme une ressource inépuisable. Cependant, avec les impacts du changement climatique, même un pays humide comme la Belgique rencontre des problèmes de stress hydrique. La Wallonie demeure relativement épargnée, tandis que la Flandre fait face à des difficultés croissantes concernant la quantité et la qualité des nappes phréatiques. Ainsi, il est crucial de minimiser le gaspillage et de réutiliser au maximum cette ressource précieuse. La technologie avance vers une meilleure circularité de l’eau.
À 3B Fibreglass, situé à Herve, la production de fibre de verre, principalement destinée au secteur automobile, nécessite un énorme four fonctionnant 24 heures sur 24 et permettant de produire 300 tonnes de fibre par jour. Il fonctionne à plus de 1.500 degrés, impliquant une consommation considérable d’énergie et d’eau. « Nous utilisons 30.000 litres d’eau de ville par heure, plus 30.000 litres d’eau usée épurée« , confie Damien Lodomez, responsable de la maintenance. En l’espace de deux heures, l’usine consomme presque autant d’eau qu’une famille durant une année ! Bien que l’immense station d’épuration recycle déjà une partie de l’eau, l’objectif est d’aller encore plus loin pour réduire la dépendance au réseau. « Avec le projet de Revalio, nous visons à diminuer de 10.000 litres par heure notre consommation d’eau potable. L’eau récupérée pourrait être utilisée dans notre système de refroidissement, mais aussi pour le lavage des fumées ou le nettoyage : des applications où la potabilité n’est pas essentielle.«
Face à des réglementations environnementales de plus en plus strictes et à la hausse des coûts de l’eau de distribution, il existe clairement un créneau à développer dans le secteur du recyclage de l’eau et de sa circularité. Néanmoins, dépolluer les eaux des rivières, des entreprises alimentaires ou de l’industrie lourde n’est pas une tâche simple. C’est légèrement plus complexe que d’utiliser de l’eau de pluie pour arroser un potager.

