
Un Bruxellois accusé de crimes de guerre à Gaza : témoignage d’un journaliste victime
Aux abords d’un camp de réfugiés aux Pays-Bas, Mohammed partage son histoire, marquée par neuf mois d’attente pour obtenir ses papiers. « J’ai l’impression de ne pas exister. Personne ne reconnait mon statut de réfugié ici », confie-t-il. Originaire de Gaza, il a fui sa terre natale après être devenu une cible, victime d’une attaque de sniper. « Un sniper m’a tiré dans le dos. Je portais clairement un gilet pare-balles avec la mention ‘presse’. C’était un tir ciblé », raconte-t-il, soulignant qu’il a survécu à une trentaine d’attaques similaires. Pour lui, la situation des journalistes à Gaza équivaut à un génocide, un fait qu’il estime largement ignoré.
Les horreurs qu’il a vécues le hantent. « Je n’ai jamais vu rien de comparable à ce qui se passe à Gaza… des corps de bébés, des enfants qui se font tirer dessus en allant chercher de l’eau pour l’hôpital, des femmes enceintes ciblées. Rien ne justifie de tels actes », déclare-t-il. Malgré la terreur ambiante, Mohammed a continué à documenter la réalité de son pays, espérant que ses images contribueraient à mettre fin à cette violence. « Je ne faisais que montrer la vérité. Mais le monde fait la sourde oreille. »
Aujourd’hui, Mohammed vit dans la peur, toujours sur le qui-vive. Il demande même que l’on vérifie l’identité de ceux qui viennent à sa rencontre. « Je continue de recevoir des menaces, des tentatives d’intimidation, des insultes racistes. Je me sens constamment dans un état de paranoïa. » Il bénéficie du soutien de l’ASBL Hind Rajab Foundation, qui a analysé ses images et a identifié un sniper belgo-israélien, A. B., comme étant celui qui l’a visé. Une double plainte a été déposée pour crimes de guerre, mais Mohammed s’interroge : « Ils doivent faire quelque chose ! Ils ont les preuves, ils ont un nom. De quelles preuves ont-ils besoin, en plus de celles que nous leur avons fournies ? »
Malgré les atrocités vécues, Mohammed conserve un espoir. « On ne demande pas grand-chose. On demande la justice, la liberté, la paix. Avant, j’avais une vie, même si elle n’était pas normale à Gaza. » Son engagement pour la justice ne découle pas d’un désir de vengeance, mais d’un profond attachement aux autres. « S’ils m’ont visé, qu’ils ont tué près de 300 de mes amis journalistes, ils continueront à tuer les quelques amis qu’il me reste encore. »
Les chiffres sont alarmants : selon les agences onusiennes, « 289 journalistes au moins ont été tués à Gaza depuis octobre 2023 », et « plus de 73.000 Palestiniens, dont une grande majorité de femmes et d’enfants ». De nombreuses ONG, tant internationales qu’israéliennes, ainsi que des instances des Nations Unies, s’accordent à dire qu’Israël commet un génocide à Gaza, bien que les autorités israéliennes réfutent ces accusations, affirmant qu’elles œuvrent pour minimiser les pertes civiles.
Pour Mohammed, la priorité reste d’arrêter les tueries. « C’est simple, il doit y avoir un moyen d’arrêter ces morts, un point c’est tout. »
