Belgique

Thomas Dermine : « La Fédération Wallonie-Bruxelles ne fonctionne pas et est obsolète »

Depuis plusieurs jours, de nombreuses écoles sont en grève à Charleroi, où il faut tenter de gérer au mieux la situation. Thomas Dermine souligne que « la majorité des écoles sont en grève à Charleroi » et évoque une impression « d’improvisation totale » concernant les mesures qui doivent être appliquées dès la rentrée.


Depuis plusieurs jours, de nombreuses écoles sont en grève. C’est également le cas à Charleroi où il faut essayer de gérer la situation au mieux. « La majorité des écoles sont en grève à Charleroi. À titre personnel, je soutiens l’action des profs », déclare Thomas Dermine.

« Le milieu se sent trahi et non concerté. Il y a une impression d’improvisation totale avec des mesures qui ne sont pas encore votées mais qui doivent être appliquées dès la rentrée. On a l’impression de gâchis. On joue avec le cœur du réacteur de la société, qui est l’enseignement. »

Pour Thomas Dermine, il est essentiel d’élever le débat et de s’interroger sur les raisons pour lesquelles, réforme après réforme, l’enseignement est, selon lui, une variable d’ajustement budgétaire. La question du budget est centrale pour le bourgmestre de Charleroi : « La Fédération Wallonie-Bruxelles est une construction bancale. 90 % de son budget, c’est l’enseignement. Elle n’a pas de ressources fiscales. Donc, quand on doit faire des économies, on les fait sur l’enseignement. »

### Des économies, oui mais celles qu’on veut

Si Thomas Dermine concède qu’il est nécessaire de faire des économies, il juge que « rien n’est budgétaire, tout est idéologique ».

« Il y a des choix qui sont faits. On supprime 100.000 repas gratuits pour des enfants précarisés avec une économie de 15 millions d’euros. Mais parallèlement, on a une réforme des droits d’enregistrement qui coûte 300 millions d’euros et qui, au final, sert uniquement les propriétaires nantis, car les prix de l’immobilier augmentent. »

Tout ne doit donc pas se faire au détriment du budget, selon le chef de file socialiste. « Un budget, c’est une retranscription de priorités politiques. Aujourd’hui, on a un gouvernement qui choisit de sacrifier ses enseignants et de sacrifier les enfants précarisés pour favoriser les classes nanties. Oui, il faut faire des efforts budgétaires. Le PS est un parti responsable qui fait des économies, mais tout est idéologique. »

### En finir avec la Fédération Wallonie-Bruxelles ?

Pour Thomas Dermine, l’une des solutions serait d’envisager la suppression de la Fédération Wallonie-Bruxelles : « On doit se poser la question de savoir pourquoi il y a deux gouvernements. Pourquoi n’y a-t-il pas plus de synergies ? Aujourd’hui, la Fédération Wallonie-Bruxelles est inefficace et obsolète. »

Le bourgmestre s’étonne qu’un gouvernement MR – Les Engagés, qui parle d’économie budgétaire et réduit les salaires des profs, « ne se pose jamais la question de pourquoi il y a deux gouvernements et deux parlements. »

Cette question n’est pas nouvelle. Elle avait déjà été soulevée lorsque le PS était au gouvernement. « C’est plus facile de travailler entre francophones qu’avec les Flamands. Aujourd’hui, il y a beaucoup d’aménagements qu’on peut faire sans réforme constitutionnelle au niveau fédéral », commente Thomas Dermine.

« Le contexte évolue et, compte tenu de la complexité à Bruxelles pour former un gouvernement, de la situation budgétaire en Fédération Wallonie-Bruxelles, et des enjeux de développement sociétal, je pense qu’aujourd’hui, la majorité des citoyens en Wallonie comprennent qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne plus dans le fonctionnement des institutions. Pour une petite région francophone de 4,5 millions d’habitants, nous avons une complexité institutionnelle qui nécessite d’être clarifiée. »

### Faut-il encore faire des économies à Charleroi ?

« Charleroi a fait plus de 7 % d’effort, c’est cinq fois plus que la Région wallonne. »

Bien que Charleroi ait fait des efforts, la Région wallonne estime que cela n’est pas suffisant. Thomas Dermine précise : « On a fait plus de 7 % d’effort, c’est cinq fois plus que la Région wallonne. »

En frais de fonctionnement, Charleroi, qui a récemment dépassé les 210.000 habitants pour la première fois depuis les années 80, fonctionne avec 200 euros par habitant. « C’est un tiers de moins que la moyenne des communes wallonnes. Nous n’avons aucune leçon à recevoir d’aucune commune. En termes de personnel, nous avons réduit les effectifs de 30 % ces dernières années. Nous avons fourni des efforts importants. »

Cependant, Charleroi continue d’afficher un déficit structurel. « Cela vient du fait que nous finançons un certain nombre de services pour des habitants de la périphérie. Nous subissons des coûts qui proviennent d’autres niveaux de pouvoir. La réforme des CPAS, en particulier, a un impact fort. »

Néanmoins, Charleroi collabore étroitement avec le pouvoir régional. « La Région a bien compris que pour se développer, elle doit s’appuyer sur ses villes. La Wallonie a deux jambes, Liège et Charleroi, et elle se redressera sur ses deux jambes. On ne peut pas redresser la Région en négligeant ces grandes villes qui concentrent les emplois et les défis sociaux. »

Thomas Dermine est conscient qu’il reste du travail à faire pour Charleroi. Toutefois, il soutient qu’il travaillera avec la Région dans le cadre d’un partenariat pour trouver des financements. « Nous avons conclu un accord clair avec la Région en début de législature. Il y a des déficits structurels : une partie doit être comblée par les villes, mais une autre doit venir de la Région. Charleroi a fait sa part, maintenant, la Région doit faire la sienne. »

### Des nouvelles taxes ? Oui et non

« On a fait un buzz sur cette taxe piscine. Et oui, c’est assumé. »

Thomas Dermine a abordé la taxe piscine mise en place à Charleroi : « On a fait un buzz sur cette taxe, mais il y a une commune sur quatre en Wallonie qui applique déjà une taxe piscine. L’idée est de taxer seulement les piscines ancrées dans le sol et de plus de 10 mètres carrés. Nous le faisons par obligation de convention avec la Région wallonne dans le cadre de notre plan de redressement. Nous devons appliquer toutes les nouvelles taxes prévues par circulaire, dont celle-ci. Et oui, c’est assumé. »

Une autre taxe a été envisagée mais rejetée dans son intégralité : celle sur l’aéroport de Charleroi. « Notre décision a été cassée par la Région et c’est dommage. »

Pour l’élu socialiste, l’aéroport « génère des externalités et des coûts importants pour des communes comme Charleroi, notamment en matière de trafic, de nuisances sonores et de sécurité. »

Cette taxe aurait constitué un montant important pour les caisses de la Région. « Or aujourd’hui, nous voyons que la Région a empêché la commune de taxer, soi-disant pour préserver l’activité économique. Mais le patron de Ryanair a tout de même réduit l’activité aéroportuaire de Charleroi. Pour notre ville, nous n’avons ni le beurre ni l’argent du beurre. »

### Attention aux carrières

Un autre point important soulevé par Thomas Dermine concerne la gestion de la chaleur. Le bourgmestre de Charleroi évoque l’accès aux points de fraîcheur et souligne également la sécurité dans les diverses carrières, où des personnes prennent des risques inconsidérés.

« Nous avons ouvert les piscines extérieures en avance pour permettre à la jeunesse de se rafraîchir. Mais je tiens à faire passer un message de sécurité : attention, nous avons de nombreuses carrières en Wallonie et il y a des chocs thermiques importants. Chaque année, des décès surviennent. Donc, faites attention. Il y a des piscines et des points d’eau, allez-y. Mais les carrières, c’est dangereux », conclut Thomas Dermine.