Belgique

Témoin d’une agression : que faire et quand intervenir ?

Ce que dit la loi

Selon l’article 422 bis du Code pénal belge : « Sera puni d’un emprisonnement de huit jours à un an et d’une amende de cinquante à cinq cents euros ou d’une de ces peines seulement, celui qui s’abstient de venir en aide ou de procurer une aide à une personne exposée à un péril grave, soit qu’il ait constaté par lui-même la situation de cette personne, soit que cette situation lui soit décrite par ceux qui sollicitent son intervention. »

Il s’agit de non-assistance à personne en danger, qui est donc punissable. Le témoin est alors supposé intervenir. Mais pas à n’importe quel prix. La loi prévoit une exception, et elle est de taille : « Le délit requiert que l’abstenant pouvait intervenir sans danger sérieux pour lui-même ou pour autrui. » Nous sommes donc obligés d’intervenir s’il n’y a aucun risque supplémentaire. Et c’est là que cela devient complexe. Comment savoir s’il n’y a aucun danger ? Comment analyser une situation stressante en quelques secondes et y apporter ou pas une solution ? C’est à chaque fois du cas par cas.

La meilleure arme : le cerveau

« Lorsqu’on est témoin d’une agression, il y a d’abord la peur et la surprise. Une réaction émotionnelle forte », explique Peggy Chekroun, professeure de psychologie sociale à l’université Paris Nanterre. « Tout un tas de questions se posent rapidement dans nos têtes. En fonction du contexte, les réponses à ces questions vont nous orienter vers telle ou telle réaction. Mais la plupart du temps, la situation nous pousse à ne pas agir. Surtout s’il y a du monde ou que le danger est important. On se dit qu’on n’est pas plus responsable que les autres. Agir, c’est l’exception ! »

Ainsi, généralement avant de réagir, on regarde ce que font les autres. « Sauf que les autres font comme nous », ajoute la psychologue. Par contre, lorsque quelqu’un agit, cela débloque la situation : « On passe d’une situation figée, qu’on appelle l’ignorance plurielle, à un processus d’aide. Il suffit d’une personne qui bouge. Cela peut être simplement parler aux gens et dire qu’il faut qu’on y aille. Et alors les choses vont s’enchaîner rapidement. »

À condition bien entendu d’avoir analysé les risques. Car entre séparer deux enfants qui se chamaillent et intervenir dans une bagarre au couteau, il y a un éventail de scénarios possibles. « Qui dit qu’on ne va pas tomber sur un fou ? Il est aussi très difficile d’intervenir contre des personnes sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants. » C’est Patrick Perry, responsable recrutement chez High Security qui le dit. « Tout est une question d’évaluation de la situation. S’il y a des risques, il faut impérativement appeler la police. On n’a pas besoin de superman, on a besoin de gens qui rentrent chez eux sains et saufs. » D’ailleurs, les agents de sécurité, souvent confrontés à des situations tendues, doivent suivre des modules d’évaluation de risques ainsi que de gestion de conflit ou de relations sociales.

La criminologue et formatrice Delphine Mengolli ne dit pas autre chose : « Dans le cadre des formations que je donne, j’explique le cadre légal sur la légitime défense ou la non-assistance à personnes en danger. Je rappelle l’obligation de contacter les secours ou la police mais de ne jamais mettre sa vie en danger. Chaque situation est différente. Un costaud expert en arts martiaux agira autrement qu’un chétif de 50 kg. Ce qui prime, c’est sa propre sécurité. Et s’il ne s’agit que de dégâts matériels, mieux vaut s’abstenir d’intervenir physiquement. »

Sans mise en danger, comment agir ?

Rester près d’une victime, lui apporter secours et réconfort est déjà un acte d’assistance. Et lors de l’agression, en fonction de la situation, il conviendra d’intervenir ou de rester en retrait. Pour le commissaire Laurent Lacroix, commissaire de Police Bruxelles Midi, le premier réflexe doit être de se mettre en sécurité. Ensuite, il faut appeler les secours. « Bien entendu, si cela est possible, il faut agir, avec précaution. Parfois par la parole ou en demandant le soutien d’un groupe. Car l’effet de groupe fonctionne. Avec l’inconvénient que cela fait parfois fuir l’agresseur avant l’intervention de la police. Dans tous les cas, les témoins doivent rester sur place pour participer à l’enquête de voisinage. Vous avez vu des choses mais pas les agents. Il faudra donc amener des éléments descriptifs, des notions de lieu et de temps qui nous aideront dans le cadre de l’enquête. »

Malheureusement, l’exemple dramatique de Driss Atouane risque de ne pas inciter d’éventuels témoins à intervenir en cas d’agression. Car la question de base demeure : comment analyser une situation en quelques secondes et savoir si le danger est présent ? Heureusement, les réseaux sociaux regorgent aussi de contre-exemples (cherchez « l’arroseur arrosé » ou « Instant Karma ») qui peuvent rassurer quant à la capacité humaine à parfois bien réagir.

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