
Stocks stratégiques de pétrole : un filet de sécurité en danger
Le Qatar a récemment réaffirmé son rôle de médiateur dans le conflit entre l’Iran et les États-Unis, indiquant que des efforts diplomatiques sont en cours, bien qu’aucune rencontre directe ne soit actuellement prévue. Le ministre américain des Finances a évoqué la possibilité d’un accord pour la réouverture du détroit d’Ormuz d’ici mercredi, mais la situation sur les marchés pétroliers reste tendue, poussant de nombreux pays à puiser dans leurs réserves.
Les réserves stratégiques, détenues par les États ou des agences gouvernementales, sont cruciales en période de pénurie. Bertrand Candelon, professeur à l’UCLouvain, souligne que ces réserves doivent couvrir au moins 90 jours d’importations nettes pour chaque pays membre de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). En parallèle, les stocks commerciaux, gérés par des entreprises privées, sont influencés par des considérations de rentabilité, alors que les réserves stratégiques sont utilisées comme un outil de sécurité énergétique.
L’alerte actuelle est d’autant plus préoccupante que les deux types de stocks diminuent, mais la baisse des réserves stratégiques, qui doivent servir de dernier recours en cas de choc d’approvisionnement, est particulièrement alarmante. Depuis le début du conflit au Moyen-Orient en février, le détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement 20 % du pétrole mondial, est largement fermé, réduisant l’offre sur le marché. Des pays comme les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite peinent à expédier leurs volumes habituels.
En mars 2026, l’AIE a orchestré un déstockage sans précédent de 400 millions de barils, qualifié de « plus grande libération de réserves d’urgence de son histoire », pour atténuer la hausse des prix liée à ce conflit. Les États-Unis ont contribué de manière significative, mettant sur le marché plus de 100 millions de barils de leur réserve stratégique.
Mike Wirth, PDG de Chevron, a récemment exprimé que la guerre en Iran a exacerbé les tensions sur les marchés de l’énergie, rendant la situation mondiale « fragile et incertaine ». Il a noté une baisse des stocks à l’échelle mondiale, tant pour les réserves stratégiques que pour les stocks commerciaux, tout en reconnaissant que le secteur pétrolier a bien résisté grâce à l’appui des États-Unis.
La diminution des volumes disponibles dans les réserves d’urgence est préoccupante. Candelon indique que les États-Unis ont vu leurs réserves stratégiques chuter de 25 %, passant de 414 millions de barils à 311 millions, soit environ 20 jours de consommation. Les pays européens participent également à ce déstockage collectif, ce qui entraîne une diminution de leurs propres réserves.
Les capacités de raffinage, essentielles pour transformer le pétrole brut en carburants, sont également sous pression. Aux États-Unis, les raffineries fonctionnent à presque pleine capacité, ce qui limite la possibilité d’augmenter rapidement la production de carburants. Les marges de raffinage sont à des niveaux exceptionnellement élevés, et les analystes prévoient que cette situation se poursuivra.
La guerre en Ukraine a également des répercussions sur les marchés pétroliers, avec des attaques ukrainiennes ciblant les infrastructures de raffinage russes. Plus de 80 % des capacités de raffinage de la Russie ont été touchées, ce qui complique encore davantage l’approvisionnement en produits raffinés, notamment le kérosène et le diesel, qui sont déjà sous tension.
Face à cette crise, l’Asie, qui dépend fortement des approvisionnements en pétrole et en gaz transitant par la péninsule arabique, se retrouve dans une situation délicate. Les pays asiatiques ont des réserves stratégiques très limitées, ce qui augmente le risque de ruptures d’approvisionnement. Cette situation incite les États à diversifier leurs sources d’approvisionnement et à envisager de nouveaux pipelines pour contourner les zones de conflit.
L’Agence internationale de l’énergie avertit que le soutien apporté par les stocks stratégiques ne pourra pas durer indéfiniment. Une fois ces volumes libérés, il faudra plusieurs mois, voire une année, pour retrouver des niveaux de stocks équivalents à ceux d’avant la guerre. Les conséquences de cette situation se traduisent par des prix de l’énergie en hausse, alimentant l’inflation, et les États se trouvent dans une position délicate, devant jongler entre la protection du pouvoir d’achat et la sécurisation des approvisionnements.
