Soutien à l’Ukraine : le budget de l’Union européenne en direction de Hongrie avec Peter Magyar ?
Ursula von der Leyen a déclaré ce lundi que « grâce à ce résultat, notre Union est plus forte » après la victoire de Péter Magyar en Hongrie. Benjamin Biard a tempéré que « l’extrême droite continue à très bien se porter au niveau international ».
« Grâce à ce résultat, notre Union est plus forte. Notre Union est plus unie« , annonçait ce lundi Ursula von der Leyen, rayonnante après la victoire significative de Péter Magyar en Hongrie. Un enthousiasme partagé par Balázs Brucker, chercheur à l’Institut d’Etudes régionales du Centre de recherches Economiques et Régionales de l’Université Eötvös Loránd. Ce docteur en Sciences politiques décrit le parti de Péter Magyar comme une formation de droite conservatrice, pro-européenne et anti-russe. « Ça va complètement changer les relations avec l’Union européenne« .
« Il faut rester prudent dans l’analyse des conséquences de cette élection« , nuance le politologue Benjamin Biard, spécialiste de l’extrême droite au CRISP. « L’extrême droite continue à très bien se porter au niveau international« .
« Péter Magyar a un programme pro-européen, mais cela ne veut pas dire qu’il dira oui à tout« , ajoute Eric Maurice, spécialiste de l’Europe à l’European Policy Center (EPC).
Soutien à l’Ukraine, budget de l’Union européenne, migration, état de droit : comment ces dossiers, qui ont cristallisé les frustrations entre la Hongrie et l’UE, vont-ils évoluer après le départ de Viktor Orbán ?
### 1. Déblocage de l’aide de 90 milliards d’euros destinée à l’Ukraine
C’est un dossier emblématique que la Hongrie de Viktor Orbán bloquait : depuis fin 2025, un prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine ainsi qu’un nouveau train de sanctions contre Moscou sont à l’arrêt en raison d’un veto de la Hongrie.
« La situation financière de la Hongrie ne permettra pas de participer au financement de cette aide« , explique Balázs Brucker. La position de Péter Magyar reste sur ce point identique à celle de Viktor Orbán. « Cependant, la Hongrie ne bloquera plus le versement de ce fonds à l’Ukraine, ce qui est une décision extrêmement importante« .
Dès ce mardi, le chancelier allemand a plaidé pour que ces fonds soient rapidement débloqués lors d’une rencontre avec le président Zelensky. « Nous comptons sur l’Allemagne« , a déclaré le président ukrainien, qui s’attend à cette aide financière pour « relancer la production et l’investissement » dans l’armement.
Dans un geste envers Budapest, le président ukrainien a promis que l’oléoduc Droujba, qui fournit du pétrole russe à la Hongrie via l’Ukraine, « sera réparé » en partie d’ici fin avril. La Hongrie, dépendante des importations énergétiques russes, notamment pour son gaz et son pétrole, se prépare à cette aide.
### 2. Une relation « pragmatique » avec la Russie
Viktor Orbán était accusé d’être un « cheval de Troie » de la Russie en Europe. L’ancien Premier ministre avait par exemple bloqué un nouveau train de sanctions envers la Russie parce qu’il « défendait les intérêts russes. Comme le révélait la presse en mars dernier, il était en contact avec Moscou pour ces questions-là« , rappelle Eric Maurice.
Péter Magyar a annoncé qu’il prendrait ses distances avec la Russie. « On a bien compris qu’il ne serait pas aussi pro-russe que Viktor Orbán. Ce sera quand même un point positif« , souligne le spécialiste européen. Cependant, la coopération avec Moscou ne sera pas totalement à l’arrêt.
« Péter Magyar va continuer une relation pragmatique avec Moscou. Les relations énergétiques ne permettent pas à la Hongrie de bloquer complètement les relations avec la Russie, mais ce sera plutôt une relation pragmatique« , estime Balázs Brucker.
### 3. La position dure sur la migration ne devrait pas changer
Depuis le retour de Viktor Orbán au pouvoir en 2010, la Hongrie a été la championne des procédures d’infractions lancées par l’Union européenne contre un de ses membres. Rappelons que cette procédure d’infraction est un dialogue entre la Commission européenne et un État membre qui a deux mois pour répondre aux préoccupations soulevées. Si le désaccord persiste, la Commission peut aller jusqu’à la cour de Justice de l’UE.
En matière d’asile, la cour de Justice a ainsi condamné la Hongrie en juin 2024 pour non-respect du droit d’asile et lui a infligé une amende de 200 millions d’euros assortie d’une astreinte d’un million d’euros par jour de retard.
Cette position dure sur le volet migratoire ne devrait pas fondamentalement changer avec le nouveau pouvoir hongrois. « Le gouvernement précédent a construit un mur sur la frontière méridionale de la Hongrie (avec la Serbie, ndlr)pour limiter la migration. Péter Magyar garde une position anti-migration mais il y aura une volonté de coordination avec l’Union européenne« , analyse Balázs Brucker.
### 4. Droits des LGBTQIA + : plus d’opposition à la manifestation des libertés
Concernant les droits LGBT +, une procédure ouverte en 2021 contre une loi interdisant la « promotion » de l’homosexualité a conduit à un procès devant la cour de Justice européenne en novembre 2024. Cela avait créé beaucoup de discussions : le Parlement hongrois a adopté en mars 2025 une nouvelle loi rendant illégale la Marche des fiertés. Cependant, la ville de Budapest a tout de même organisé la Pride en tant qu’événement municipal.
« Péter Magyar n’a pas participé à l’événement. Il était en vacances. Mais il a dit qu’il ne bloquerait pas ce type de manifestation. La Pride pourra donc être organisée librement« , conclut le chercheur hongrois Balázs Brucker.
### 5. Le respect de l’Etat de droit
De manière générale, Péter Magyar s’est engagé à respecter davantage l’Etat de droit. Toutefois, après seize ans de règne, il faudra du temps pour que cela se concrétise.
Comme le souligne Benjamin Biard, du CRISP, « il y a un ensemble de structures, d’institutions, d’acteurs qui reste assez proche du gouvernement sortant de Viktor Orbán. On pourrait penser aussi aux médias, dont on sait que 77 % d’entre eux sont réputés proches du gouvernement sortant. Donc, il y aura peut-être des mécanismes de résistance qui pourraient apparaître« .
Il est également important de rappeler que la Hongrie a été sanctionnée en février dernier par la Cour de Justice de l’UE pour avoir refusé de renouveler l’autorisation d’émettre d’une importante radio indépendante. L’instauration d’une autorité de surveillance censée prévenir les ingérences étrangères dans les élections et protéger la souveraineté du pays a aussi fait l’objet de poursuites de la Commission européenne.
Cependant, les sanctions à l’encontre de la Hongrie sont restées exceptionnelles : la procédure de l’article sept, l’outil le plus puissant de l’UE capable de suspendre le droit de vote d’un État membre, a été déclenchée dès 2018 sans jamais aboutir à des mesures concrètes. Pour cette procédure nécessite l’unanimité.
« Les dirigeants européens vont sans doute essayer de lever ces différentes sanctions au plus vite, sans nécessairement attendre toutes les réformes de la part de la Hongrie en matière de lutte contre la corruption, d’indépendance de la justice, des médias. Mais la vraie question, c’est de se demander si la Hongrie participera désormais à sanctionner un autre État qui ne respecterait pas les valeurs inscrites dans le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne« , analyse Benjamin Biard.
### 6. La manne des aides financières gelées par l’Europe va-t-elle être libérée ?
Depuis 2020, la Commission bloque environ 17 milliards d’euros de fonds de cohésion et de relance post-Covid destinés à Budapest, en raison des violations des valeurs fondamentales de l’Union par le régime de Viktor Orbán. Le nouveau Premier ministre hongrois semble vouloir agir pour récupérer ces aides, même s’il n’acceptera pas toutes les réformes demandées.
« Péter Magyar est un conservateur. Plus ouvert aux normes démocratiques que Viktor Orbán, mais ce ne sera pas un partenaire sans aucune discussion« , affirme le spécialiste européen Eric Maurice. « La seule différence est qu’il ne se lancera pas dans des vétos automatiques ou des chantages comme le faisait Viktor Orbán« .
« Péter Magyar a souligné après son élection que la Hongrie allait adhérer au Parquet européen, qui est une question importante pour le déblocage des fonds européens. Une partie de ces fonds ont été gelés à cause des affaires de corruption« , rappelle Balázs Brucker.
### 7. Politique étrangère : parler d’une seule voix restera compliqué pour les Européens
Avec le départ de Viktor Orbán, l’Union européenne pourra-t-elle mieux s’exprimer d’une seule voix sur les grands enjeux de politique internationale ?
« Les questions de politique étrangère continuent de diviser les États membres. On le voit vis-à-vis d’Israël, on le voit vis-à-vis de la Russie, on le voit vis-à-vis des États-Unis, des questions commerciales, des questions de migration. Le départ de Viktor Orbán ne débloque pas tous ces sujets-là« , tempère Eric Maurice.
Il est à noter que la Hongrie n’est pas le seul pays à avoir bloqué certaines décisions.
« On sait qu’il reste certains acteurs, notamment la Slovaquie, qui ont une position ambiguë par rapport à la Russie ou à l’Ukraine, peut-être de manière moins frontale que Viktor Orbán« , explique Benjamin Biard. « Les 27 États membres devront toujours trouver des accords, des compromis entre leurs intérêts et leurs visions divergentes« , ajoute Eric Maurice.
De plus, la Hongrie continuera à s’opposer à certaines décisions européennes concernant l’Ukraine.
« Péter Magyar s’oppose à une adhésion accélérée de l’Ukraine. La question est de savoir s’il s’opposera aux étapes menant à une adhésion moins rapide. Là-dessus, il n’a pas donné d’éléments de réponse. Et puis, il ne bloquera pas le soutien financier et humanitaire, mais la Hongrie ne donnera pas de soutien militaire à l’Ukraine« .
### 8. L’extrême droite européenne, touchée mais pas coulée
Malgré sa défaite, l’influence de Viktor Orbán n’a pas complètement disparu avec cette élection législative.
« Les députés européens du parti Fidesz de Viktor Orbán restent dans le groupe Patriote pour l’Europe, le même groupe que le Rassemblement national français (et le Vlaams Belang, ndlr) et garde une influence politique. C’est le troisième groupe au Parlement européen« , rappelle Eric Maurice.
Cependant, la dynamique des partis nationalistes d’extrême droite pourrait être affectée, comme l’explique Benjamin Biard. « C’est un symbole très fort pour l’extrême droite européenne qui perd un allié visible mais également influent« .
« Tous les réseaux politiques et intellectuels qui naviguent autour de cette droite nationaliste et extrême passaient par la Hongrie. Le financement était assuré par le gouvernement de Viktor Orbán. Donc, c’est un coup d’arrêt dans cette coopération entre les différents acteurs de la droite nationaliste et extrême. De là à dire qu’ils vont disparaître dans les autres États membres, c’est un pas qu’on ne peut pas franchir« , poursuit Eric Maurice.
Ces spécialistes de l’extrême droite et des questions européennes demeurent prudents. L’extrême droite est toujours au pouvoir dans plusieurs pays, comme en Italie avec Giorgia Meloni.
Plusieurs échéances électorales à venir sont également à surveiller : les prochaines élections présidentielles françaises et, avant cela, les élections législatives en Suède, où le leader du parti conservateur a annoncé qu’il n’excluait plus de gouverner directement avec des représentants des démocrates de Suède, un parti historiquement néonazi aujourd’hui dans l’opposition.

