Belgique

L’Europe face à l’IA générative : un consensus illusoire.

Depuis 2022, les IA génératives, comme ChatGPT et Midjourney, ont conquis des millions d’utilisateurs, mais elles déversent aussi un torrent de fausses informations. Selon l’Observatoire européen des médias numériques, 16% des vérifications de faits publiés en Europe en décembre 2025 concernaient des contenus créés par IA.

Quand la machine réécrit l’actualité

Depuis 2022, des intelligences artificielles génératives, telles que ChatGPT et Midjourney, ont rendu accessible une compétence autrefois réservée aux professionnels des studios. Elles ont séduit des millions d’utilisateurs. Cependant, derrière la promesse de créativité qu’elles offrent, elles génèrent également un flot de fausses informations.

Selon l’Observatoire européen des médias numériques, 16% des vérifications de faits effectuées en Europe en décembre 2025 concernaient des contenus issus de l’IA. Cela représente un record sans précédent.

Les exemples se multiplient. La journaliste Linda Givetash a mené une enquête sur ces abus pour les stations du réseau Euranet +. Elle se rappelle avoir été frappée par une manipulation en provenance de Bulgarie. « Alors que le pays se préparait à rejoindre la zone euro, de très bonnes images de billets de 15 et 35 euros ont circulé sur les réseaux sociaux. Cela a conduit les gens à penser que la nouvelle monnaie allait avoir une grande valeur ». D’autres cas similaires ont été constatés au Portugal, où des journalistes ont été instrumentalisés dans des vidéos antivax, en Slovénie avec des deepfakes pornographiques ciblant la militante Nika Kovac, et en Allemagne, où une vidéo truquée a été diffusée par erreur à la télévision allemande…

Ces manipulations ne se limitent plus à la politique. En Inde, une vidéo falsifiée du PDG de la Bourse de Bombay a trompé des investisseurs. De plus, certaines applications comme Grok ont suscité l’indignation en déshabillant virtuellement des femmes, y compris des enfants, à partir de simples photographies.

L’UE veut encadrer la déferlante

Face à cette déstabilisation de l’espace public, l’Union européenne réagit avec une législation ciblée. Son AI Act, première loi au monde dédiée à l’intelligence artificielle, établit des règles adaptées au niveau de risque. Certaines pratiques sont prohibées : manipulation cognitive, reconnaissance faciale en temps réel ou collecte massive de données sans consentement.

Le Conseil et le Parlement cherchent à aller plus loin en légiférant contre les deepfakes pornographiques non consentis, un problème qui affecte en particulier les femmes et les personnalités publiques. Une proposition est en cours de discussion entre les législateurs de l’UE pour criminaliser la diffusion de ces images de nudité falsifiées, qu’elles soient générées par l’IA ou modifiées.

Par ailleurs, la Commission a lancé une enquête contre la plateforme X en vertu de la loi européenne sur les services numériques. « En Europe, aucune entreprise ne gagnera d’argent en violant nos droits fondamentaux« , a déclaré un porte-parole de la Commission lors de l’annonce de cette enquête.

Une loi pionnière mais imparfaite

Malgré ses ambitions, la loi sur l’IA suscite des débats. Des ONG comme Access Now critiquent le trop grand nombre d’exceptions accordées aux forces de l’ordre et l’autorégulation excessive des grandes entreprises technologiques.

Des analystes soulignent également l’incohérence d’une Europe qui investit dans l’IA militaire ou la surveillance biométrique tout en prétendant protéger les libertés citoyennes.

À l’inverse, d’autres acteurs du monde économique dénoncent une sur-réglementation qui risquerait de freiner l’innovation face aux États-Unis ou à la Chine.

Pour inciter les entreprises à agir de manière responsable, plus de 230 sociétés européennes ont signé l’IA Pact, un engagement volontaire pour adopter une gouvernance éthique de l’intelligence artificielle et former leurs employés à détecter les biais ou les contenus falsifiés.

L’autre bouclier : la vigilance

Les politiques publiques ne suffiront pas. La vigilance doit devenir un réflexe collectif. Chacun peut agir à son niveau : vérifier avant de partager, se méfier des images trop « parfaites », utiliser la recherche inversée ou des outils de détection tels que lnVID ou Hiya. L’esprit critique demeure notre meilleur rempart contre les illusions créées par l’IA.

Une révolution à double tranchant

L’intelligence artificielle générative n’est pas l’ennemi : elle amplifie simplement nos forces et nos faiblesses. Elle peut créer, réparer, expliquer ou mentir avec une grande aisance. Elle donne également à des acteurs malveillants une capacité de nuisance considérablement accrue, à faible coût.

Le véritable risque ne réside pas dans le fait que tout soit faux. C’est que plus rien ne soit suffisamment vrai pour atteindre un consensus. Et dans une démocratie, cette intrication est cruciale.