Belgique

Shein entre en bourse avec une stratégie de braderie.

La chute spectaculaire de la valorisation de Shein, qui est passée de 100 millions d’euros il y a quatre ans à environ 25 millions de dollars aujourd’hui, soulève des questions sur l’avenir du géant de la fast fashion. Alors que l’entreprise se prépare à entrer en bourse, cette décote de 75 % met en lumière les défis auxquels elle fait face.

Shein, autrefois symbole d’une consommation rapide et débridée, a bâti son empire sur un modèle d’affaires audacieux : produire en masse des vêtements à un rythme effréné, tout en utilisant des données en temps réel pour ajuster son offre. Avec jusqu’à 4 700 nouveaux articles mis en ligne chaque jour et plus d’un milliard de commandes expédiées dans 160 pays, l’entreprise a prospéré, souvent au détriment des considérations environnementales et des droits des travailleurs.

Cependant, les chiffres récents révèlent une tendance inquiétante. Bien que le chiffre d’affaires pour 2025 ait atteint près de 42 milliards de dollars, une croissance de 8 % par rapport à l’année précédente, cette augmentation est bien inférieure aux 20 % de 2024 et aux plus de 40 % de 2023. Au premier trimestre 2026, les ventes n’ont progressé que de 1 %, tandis que l’entreprise a enregistré une perte nette, contrastant avec le bénéfice de l’année précédente.

Les changements réglementaires ont également eu un impact significatif sur le modèle économique de Shein. En mai 2025, les États-Unis ont mis fin à l’exemption douanière sur les envois de petits colis, entraînant une baisse de 14 % des ventes sur le marché américain. De plus, depuis le 1er juillet, l’Union européenne a instauré une taxe de 3 euros sur les colis de moins de 150 euros, couplée à des frais de traitement supplémentaires, provoquant une chute de 30 à 40 % des importations de petits colis en provenance de Chine.

Face à ces défis, Shein doit désormais changer sa stratégie. L’entreprise, qui a toujours évité de stocker des produits, doit maintenant investir dans des entrepôts et immobiliser du capital, ce qui alourdit sa chaîne logistique. Pour compenser l’augmentation des coûts, elle a déjà augmenté ses prix aux États-Unis et prévoit de faire de même en Europe, ce qui pourrait nuire à son principal argument de vente : des prix très bas.

Malgré ces difficultés, Shein demeure rentable, avec un bénéfice net dépassant 2 milliards de dollars l’an dernier et plus de 270 millions de clients actifs dans le monde. Cependant, l’image de l’entreprise a changé. Elle n’est plus perçue comme une entité capable d’une croissance illimitée. Les marchés financiers semblent conclure que, bien que Shein continuera à vendre d’importantes quantités de vêtements, elle devra désormais naviguer dans un environnement beaucoup plus contraignant.