
Sécheresse : pourquoi les cours d’eau belges restent-ils navigables ?
La sécheresse persistante qui touche la région depuis près de deux mois a des répercussions significatives sur les cours d’eau. Alors que certains ruisseaux sont à sec, d’autres voient leur débit considérablement réduit. Cette situation impacte directement les rivières et fleuves, qui, sans un apport suffisant en eau, voient leur niveau baisser. Par exemple, le 13 août, le débit de la Meuse à Visé n’atteignait que 21 m³/s, alors qu’il devrait se situer entre 200 et 300 m³/s en moyenne. Pour suivre l’évolution de ces débits, il est possible de consulter le site de la Région wallonne.
Malgré cette baisse alarmante, la navigation sur la Meuse et les autres voies navigables wallonnes se poursuit sans restrictions majeures. La seule exception concerne une section de la Sambre à Monceau, où le tirant d’eau est limité à 1,80 m, contre 2,50 m habituellement.
Cette situation est en partie atténuée grâce à un réseau de plus de 450 km de voies navigables, agrémenté d’écluses et de barrages qui régulent le débit des eaux. Sarah Pierre, porte-parole du Service Public de Wallonie Mobilité et Infrastructures, souligne que « les voies navigables wallonnes ont été très bien pensées ». Ce réseau intelligent permet de maintenir un niveau d’eau adéquat pour la navigation, malgré la sécheresse prolongée.
Il existe 15 barrages sur les 183 km de la Meuse et 8 sur les 87 km de la Sambre, qui jouent un rôle crucial dans la régulation des débits. Toutefois, la Meuse n’est pas un lac en circuit fermé, et chaque passage d’écluse entraîne des pertes d’eau. Pour limiter ces pertes, les Voies hydrauliques ont mis en place une stratégie de regroupement des bateaux lors des éclusages. Sarah Pierre précise que « lors de chaque bassinée, une quantité importante d’eau est relâchée vers l’aval », et l’utilisation de pompes permet de ramener une partie de cette eau en amont. Cependant, la quantité d’eau disponible pour cette opération est actuellement réduite.
La gestion des ressources en eau est devenue une priorité, surtout avec les effets du changement climatique qui augmentent le stress hydrique. Philippe Dierickx, directeur de la gestion hydrologique, explique qu’il est essentiel de mieux gérer l’eau comme un réseau de distribution, en ajustant les flux pour optimiser l’utilisation des ressources disponibles. Si la situation devait se prolonger, des mesures supplémentaires pourraient être nécessaires, notamment en cas de sécheresse prolongée. Il est prévu que le service marchand reprenne de l’ampleur dès la semaine suivante, et des précipitations dans les 15 jours à venir seraient bénéfiques pour maintenir le niveau d’eau. Sinon, il pourrait être nécessaire d’allonger les temps d’attente aux écluses ou d’augmenter les relâchements d’eau depuis les barrages de l’Eau d’Heure, qui sont essentiels pour garantir un débit minimum.
Bien que la navigation fluviale soit maintenue, la Fédération de la Batellerie Wallonne exprime des inquiétudes. La diminution du trafic fluvial, en raison de la sécheresse, pourrait entraîner un transfert vers le transport routier, plus polluant. Frédéric Swiderski, chargé de projets à la fédération, souligne que « lorsqu’un trafic de marchandises par voie fluviale est confié à un autre mode de transport, c’est toujours difficile de le récupérer sur le long terme ». De plus, des problèmes techniques affectent les infrastructures, malgré un plan d’investissement de 300 millions d’euros. En 2025, 31 millions de tonnes de marchandises ont été transportées sur les voies navigables wallonnes, soit 10 millions de moins qu’il y a dix ans, alors même que les canaux, fleuves et rivières restent alimentés en eau.
