Santé : scanners et examens radiologiques ne provoquent-ils pas des cancers ?
L’AFCN, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire, ne chiffre pas le risque d’exposition aux radiations ionisantes pour les patients. Selon une étude européenne, entre 20 et 40% des scanners pourraient être inutiles, avec des pics allant jusqu’à 70% pour certaines procédures au niveau européen.
L’imagerie médicale joue un rôle essentiel dans le diagnostic actuel. Des techniques comme le scanner, la scintigraphie, l’IRM, la radiographie et l’échographie donnent aux médecins spécialistes une vue approfondie du corps humain, surpassant les capacités des technologies précédentes.
L’efficacité de ces appareils est indéniable, bien que leur niveau de risque pour les patients varie. Les scanners, par exemple, font appel aux rayons X, des rayonnements ionisants, pour générer des images détaillées des structures internes. Les radiographies utilisent également les rayons X, mais à des doses moins élevées.
L’exposition aux radiations ionisantes représente un risque reconnu de cancer secondaire chez les patients. Toutefois, l’étendue de ce risque reste imprécise. L’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) ne fournit pas de chiffrage là-dessus, mais recommande une utilisation prudente des examens impliquant des radiations.
En revanche, l’autorité française de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) indique que « moins de 1 % des cancers chez l’adulte sont attribuables aux rayonnements ionisants utilisés à des fins diagnostiques ».
Une enquête parue en avril 2025 dans la revue JAMA Internal Medicine, réalisée aux États-Unis, évalue que les cancers induits par la tomodensitométrie (scanners) « pourraient représenter jusqu’à 5 % de l’ensemble des nouveaux cas de cancer diagnostiqués chaque année« .
### Prescription, surprescription
Lors d’une interview sur la Première à l’automne dernier, Élise Derroitte, présidente de la Mutualité chrétienne, a utilisé cette étude américaine pour mettre en lumière la surprescription de scanners en Belgique, dans un contexte d’économies affectant les mutuelles. Elle a appelé les médecins à limiter ces prescriptions pour protéger la santé des patients et réduire les coûts.
Élise Derroitte a réitéré ses propos récemment : « On parle beaucoup de prévention et de sous-utilisation des soins, mais il est tout aussi crucial d’être vigilants quant à la surutilisation inadéquate de certains dispositifs médicaux, ce qu’on appelle la prévention quaternaire. Cette surutilisation peut entraîner des conséquences notables sur la santé des patients, mais aussi sur l’explosion des coûts, que ce soit en radiologie ou en biologie clinique. Il est donc essentiel d’adopter une approche aussi rationnelle que possible dans la prescription des examens, afin de garantir le meilleur équilibre entre qualité des soins et gestion responsable des ressources. »
Il ne s’agit donc pas de remettre en question l’utilisation nécessaire des scanners, mais de dénoncer leur surutilisation, c’est-à-dire les examens non justifiés. Selon une étude européenne à laquelle a participé l’AFCN, entre 20 et 40 % des scanners pourraient être inutiles, avec des pics atteignant 70 % pour certaines procédures en Europe. En Belgique, le taux de scanners non appropriés était inférieur à 10 %, tandis que 75 % des scanners étaient jugés totalement appropriés.
### Quelle interprétation ?
Au-delà de la surprescription, peut-on faire confiance à l’évaluation de 5 % mentionnée par l’enquête américaine parue dans Radiology ? Il est crucial de considérer ces résultats avec prudence et d’être conscient des biais potentiels. Michaël Dupont, inspecteur expert médecin à l’AFCN depuis novembre 2024, souligne l’importance de cette vigilance dans la surveillance de l’utilisation des radiations ionisantes dans le secteur médical.
Il explique : « Les doses de radiation reçues par le patient varient selon le type de scanner ou de scintigraphie, et la partie du corps examinée. Mais ces doses restent généralement en dessous des seuils établis où il est clairement prouvé qu’un examen peut induire un cancer secondaire. Cela complique l’analyse des études, car la plupart des chiffres sont basés sur des modèles mathématiques qui extrapolent les effets des fortes doses. »
Les études de correlation comparent des groupes de personnes sur une période, évaluant si ceux ayant passé des scanners développent plus de cancers que ceux n’en ayant pas eu. Ce type d’analyse n’inclut pas d’extrapolations.
Pierre-Julien Bruyère, chef de service d’imagerie médicale à l’hôpital de la Citadelle à Liège, précise qu' »il n’existe pas de patient dont on puisse prédire un cancer basé uniquement sur l’exposition aux rayonnements ».
Il ajoute qu’il faut tenir compte des biais tels que le fait que les personnes ayant subi des examens peuvent avoir des problèmes de santé préexistants augmentant leur risque de cancer. Par exemple, si un patient subit un scanner en raison d’une douleur abdominale et développe un cancer des années plus tard, il est scientifiquement imprécis d’y attribuer une relation causale directe.
### Une pratique strictement réglementée
Bien que la prudence soit nécessaire face aux études sur les risques, il ne faut pas ignorer les enquêtes rigoureuses telles que celle publiée dans JAMA Internal Medicine. C’est pourquoi l’utilisation des appareils d’imagerie médicale, y compris les scanners, est soumise à une réglementation stricte. Des contrôles sont effectués, et les médecins doivent évaluer soigneusement les risques et les bénéfices avant de prescrire des examens.
Pierre-Julien Bruyère souligne deux règles clés : les médecins doivent justifier la nécessité d’un scanner et optimiser la dose d’exposition, suivant le principe ALARA (As Low As Reasonably Achievable), qui cherche à minimiser l’exposition tout en garantissant la qualité des examens.
### Conclusion
Dans le domaine de l’oncologie, comme l’indique le chef de service de radiothérapie à l’Institut Roi Albert II, les scanners sont cruciaux pour le suivi des patients et se font selon des recommandations internationales : « Le but est de procéder à un diagnostic précoce des récidives cancéreuses pour assurer une prise en charge adéquate. »
Par conséquent, les médecins doivent évaluer systématiquement l’équilibre entre les risques et les bénéfices pour décider de la nécessité des examens. Une option pour réduire le recours aux scanners serait de privilégier les IRM, qui n’utilisent pas de rayonnements ionisants, bien que leur coût et leur disponibilité en Belgique posent encore problème.

