
Saint-Josse opte pour des billes noires en caoutchouc moins chères pour son terrain de foot synthétique.
Le débat autour de la construction d’un nouveau terrain synthétique à Saint-Josse prend une tournure préoccupante. Ahmed Mouhssin, conseiller communal d’opposition pour le parti Ecolo, exprime son indignation face à la décision de la majorité locale d’utiliser des granulés en caoutchouc de type SBR. Selon lui, cette option soulève des inquiétudes en matière de santé publique, notamment pour les enfants qui joueront sur ce terrain. « C’est un problème de pollution, car ces billes, lorsqu’il pleut, sont emportées vers les égouts, contaminant ainsi les eaux environnantes », déclare-t-il.
Ces granulés, fabriqués à partir de pneus recyclés, ont déjà été critiqués dans le passé pour leur potentiel toxique, comme l’a révélé une enquête diffusée dans l’émission Investigations. Une directive européenne prévoit d’ailleurs leur interdiction à partir de 2031, incitant plusieurs communes à les retirer de leurs infrastructures sportives par précaution.
Mouhssin souligne que la dérogation permettant la vente de ces granulés jusqu’en 2031 était destinée à aider les communes ayant déjà des terrains synthétiques, et non à en construire de nouveaux. « Nul n’aurait pensé qu’une commune oserait utiliser cette technologie obsolète », s’insurge-t-il.
Du côté de la majorité, la réponse est claire : il n’y a pas de problème. Lors du lancement des travaux en mai, le bourgmestre Emir Kir avait même qualifié le projet de « dernier cri ». L’échevin en charge des travaux, Mohamed Jabour, a défendu le choix des granulés SBR en affirmant qu’ils étaient conformes aux normes en vigueur au moment de la conception du projet et qu’ils offraient un rapport qualité-prix avantageux dans un contexte financier difficile pour la commune. « Cela ne signifie pas que le terrain soit non conforme ou non entretenable », a-t-il ajouté, précisant que l’interdiction concerne uniquement la vente, et non l’existant.
Cependant, cette décision semble motivée par des considérations économiques. Jabour a admis que le choix des granulés en caoutchouc était également lié à leur coût inférieur par rapport à d’autres matériaux, comme le liège, qui, bien que plus sain, est jusqu’à cinq fois plus cher. Pour un terrain de la taille du stade Georges Pètre, le coût d’entretien annuel d’un revêtement en liège pourrait atteindre entre 4 500 et 6 000 euros, alors que l’ancien terrain n’a jamais nécessité d’apport supplémentaire de caoutchouc.
Parallèlement, la commune fait face à une autre problématique : le stockage des anciens rouleaux de gazon synthétique et des granulés de caoutchouc, qui n’ont pas encore été évacués. Mouhssin dénonce cette situation, affirmant qu’elle pourrait être illégale et dangereuse. « Ce stockage est inacceptable. La commune devient un contre-exemple en stockant des déchets de manière illégale », a-t-il déclaré, précisant qu’une plainte a été déposée auprès de Bruxelles Environnement.
La majorité, quant à elle, justifie ce choix par la nécessité de réduire les coûts. Jabour a expliqué que l’évacuation de l’ancien revêtement avait été écartée pour limiter les dépenses, tout en assurant qu’il n’y avait pas de risque pour la santé publique. Il a également mentionné que des consultations étaient en cours pour trouver une solution d’évacuation sans frais pour la commune.
Mouhssin reconnaît les difficultés financières de Saint-Josse, mais insiste sur le fait qu’il ne faut pas sacrifier la santé des habitants. « On n’a pas le droit d’économiser sur cela », conclut-il.
