Belgique

Rentrée des classes : l’école reprend dans un climat de colère des enseignants

La rentrée scolaire qui approche s’annonce comme un nouveau chapitre de contestation pour le corps enseignant, déjà mobilisé à la fin de l’année précédente contre les mesures d’économies du gouvernement MR-Engagés. Roland Lahaye, secrétaire général de la CSC-Enseignement, souligne que « le climat ne s’est pas refroidi dans les écoles, loin de là! » Les syndicats, en réponse à cette tension persistante, ont émis un préavis d’actions jusqu’au 27 septembre, date symbolique qui coïncide avec la Fête de la Communauté française. Adrien Rosman, coordinateur communautaire du Setca-SEL, avertit que sans un retrait des mesures les plus contraignantes et une véritable concertation gouvernementale d’ici cette échéance, le mouvement pourrait s’intensifier.

Le collectif « Mars Attacks », qui avait déjà été un acteur clé de la contestation au printemps, prévoit également de reprendre ses activités à la rentrée. En plus de la mobilisation politique, des enseignants ont décidé de porter leur lutte sur le plan judiciaire en saisissant la Cour constitutionnelle pour obtenir la suspension et l’annulation des décisions gouvernementales. Une première décision sur ces recours pourrait être attendue dans les mois à venir.

Actuellement, l’atmosphère dans les établissements scolaires est marquée par le stress et l’incertitude. De nombreux enseignants s’interrogent sur leurs nouvelles attributions suite aux réformes. Malgré les promesses d’accompagnement, beaucoup craignent de perdre des heures de cours. Des témoignages d’enseignants ayant été remerciés et contraints de chercher des postes dans d’autres écoles, parfois éloignées, se multiplient sur les réseaux sociaux et dans les médias.

Les directeurs d’écoles se trouvent également confrontés à des défis majeurs. Ils doivent réorganiser les attributions de leurs enseignants en raison de l’augmentation des charges horaires et informer ceux qui ne seront pas reconduits. L’introduction du tronc commun en 1re secondaire cette année ajoute une complexité supplémentaire à leur tâche. Alain Koeune, directeur du collège Notre-Dame de Dinant et président de la fédération des associations de directeurs de l’enseignement secondaire catholique (Feadi), décrit cette rentrée comme « très compliquée ».

Face à cette grogne, la ministre de l’Éducation, Valérie Glatigny (MR), a exprimé sa volonté de rétablir le dialogue avec le milieu éducatif. Son cabinet a indiqué qu’une proposition est en cours pour mieux impliquer les acteurs du secteur dans le processus de réforme, afin d’évaluer la faisabilité des mesures sur le terrain tout en maintenant les concertations existantes.

Sur le plan législatif, deux dossiers cruciaux devraient occuper la majorité dans les mois à venir. Le premier concerne l’instauration d’un contrat à durée indéterminée pour les enseignants (CDI-E), prévu pour 2027. Ce projet rencontre des obstacles liés à son impact budgétaire, notamment en raison des cotisations patronales. Actuellement, la Fédération Wallonie-Bruxelles ne verse que 5,26 % de cotisations sur les salaires des enseignants statutaires, mais pour ceux sous CDI, ce taux grimperait à 23,62 %, entraînant des coûts supplémentaires de plusieurs centaines de millions d’euros pour une FWB déjà en difficulté financière. Des discussions sont en cours avec le gouvernement fédéral pour réduire cette charge, mais sans avancées concrètes jusqu’à présent.

Le second dossier concerne l’organisation du nouveau tronc commun pour les 2e et 3e années du secondaire, dont l’entrée en vigueur est prévue dans un an. Les acteurs du secteur scolaire attendent avec impatience les textes réglementaires qui en découleront. Par ailleurs, comme le stipule le Pacte pour un enseignement d’excellence, la réorganisation des 4e, 5e et 6e années du secondaire est également en projet pour mieux les articuler avec le nouveau tronc commun.

Interrogé sur ces questions, le cabinet de la ministre Glatigny semble vouloir prendre son temps. Il a souligné que, dans un contexte où les enseignants expriment des inquiétudes et une fatigue face à l’accumulation des réformes, il ne serait pas judicieux d’initier un nouveau chantier majeur dans la précipitation.

Enfin, après la réforme des rythmes scolaires annuels, le gouvernement envisage d’avancer sur les rythmes journaliers. L’objectif est d’adapter l’organisation de la journée scolaire aux rythmes biologiques des élèves, de repenser les devoirs et l’accueil temps-libre, ainsi que l’aménagement des espaces scolaires. La Fondation Roi Baudouin a été chargée de réaliser un rapport d’analyse sur ce sujet, qui devrait être remis à la ministre dès le mois prochain.