
Budget de l’enseignement (1/3) : nos écoles, plus chères que celles de nos voisins ?
« En Belgique, les investissements dans l’éducation sont conséquents, mais la qualité de l’enseignement, notamment francophone, ne reflète pas ces dépenses. Des réformes profondes sont donc indispensables. » C’est ce qu’affirme un économiste du VOKA, le patronat flamand, dans un tweet du 9 juin 2026, relayé par Georges-Louis Bouchez, président du MR.
Cette préoccupation est également mise en avant par un rapport du FMI, qui souligne que la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) dépense plus que la moyenne des autres pays européens, sans pour autant obtenir des résultats à la hauteur. Les experts alertent : « Il devrait être possible de dépenser moins tout en améliorant la qualité et l’équité de l’enseignement obligatoire en FWB. »
Dans les rues, les enseignants expriment leur désespoir face à un système épuisé, manquant de ressources et de reconnaissance. Un jeune professeur de mathématiques, lors d’une manifestation en avril, témoigne que son salaire et son statut social ne sont pas attractifs : « C’est ma première année, et clairement, ce n’est pas intéressant de venir dans le métier. » Un autre enseignant de néerlandais ajoute : « Je défie n’importe qui de venir enseigner ne fût-ce qu’une semaine pour voir ce que ça fait. »
Pour comprendre la situation, il est essentiel de replacer ces préoccupations dans le contexte des mesures d’économies imposées par la majorité MR-Les Engagés. En septembre 2025, un groupe d’experts mandaté par le gouvernement de la FWB a tiré la sonnette d’alarme en présentant un rapport révélant un déficit global de 1,5 milliard d’euros. La dette de la FWB, atteignant 14 milliards d’euros, dépasse ses recettes annuelles. Sans « mesures significatives et urgentes », le risque d’un accroissement de la dette est imminent. Le gouvernement vise à réduire le déficit à 1,2 milliard d’euros d’ici 2029, mais cela ne peut être qu’une première étape.
Face à cette situation, la majorité a décidé de procéder à des économies supplémentaires. Bien que certains préfèrent agir sur les recettes, la FWB ne peut pas lever d’impôts, ce qui limite ses options budgétaires. En 2025, 74,5% du budget de la FWB est consacré à l’enseignement.
Les organisations internationales comme le FMI et l’OCDE, sur lesquelles s’appuient les experts, parlent souvent de l’enseignement « belge », alors que la compétence est communautaire. Il existe un enseignement francophone, flamand et germanophone. Magali Verdonck, économiste et chercheuse à l’ULB, souligne que « le coût par élève est élevé, mais nous ne savons pas pourquoi. Sans ces données, il est impossible de savoir comment réduire ce coût. »
Elle explique que les données pour la FWB sont souvent peu disponibles et non centralisées. « Certaines informations demandées pour affiner nos recommandations n’ont jamais été fournies. Elles sont essentielles pour déterminer où concentrer les efforts de réforme. »
Les chiffres concernant la FWB montrent qu’elle se classe au 11e rang parmi les pays de l’OCDE en matière de dépenses par élève, et au 6e rang si l’on ne considère que les pays européens. La ministre de l’Éducation, Valérie Glatigny, affirme que la Belgique est parmi les mieux financées de l’OCDE, mais cela ne reflète pas nécessairement la réalité sur le terrain.
Philippe Dieu, représentant de la FW-B à l’OCDE, nuance ces classements en précisant que les dépenses doivent être analysées par groupes de pays plutôt que par un classement strict. Il rappelle également que les données incluent l’enseignement spécialisé, qui nécessite plus d’encadrement.
Le FMI pointe également le coût élevé du redoublement, qui pourrait atteindre 400 millions d’euros en 2023-2024, comme une des raisons des dépenses importantes. Magali Verdonck évoque aussi l’organisation en réseaux, qui entraîne des coûts supplémentaires en raison de la duplication des infrastructures.
La masse salariale représente une part significative du budget de l’enseignement, avec 80,7% des dépenses en 2025 consacrées aux salaires des enseignants. Les salaires des enseignants en Belgique francophone se situent dans la moyenne supérieure de l’UE, mais Philippe Dieu souligne que les comparaisons doivent tenir compte des spécificités de chaque système éducatif.
Le nombre élevé d’enseignants par rapport au nombre d’élèves est un autre facteur à considérer. Selon le FMI, ce n’est pas tant le niveau des salaires qui explique cette masse salariale, mais plutôt le ratio enseignants-élèves. La Belgique, tant en Flandre qu’en FWB, présente un nombre d’enseignants relativement élevé, ce qui entraîne des coûts supplémentaires.
Enfin, le FMI évoque un autre aspect : le faible nombre d’heures d’enseignement face à la classe, un sujet de débat récurrent suite à la décision d’imposer deux périodes supplémentaires aux enseignants du secondaire supérieur sans compensation salariale. Ce thème sera approfondi dans un prochain article.
