Belgique

Ramesh accuse le moine Germain Dufour de comportements inappropriés.

Germain Dufour aurait posé à Ramesh deux questions lors de son arrivée : « Veux-tu avoir des relations sexuelles avec moi ? » et « Qu’est-ce qui t’intéresse dans le sexe ? ». Une information judiciaire a été ouverte le 1er août 2018, mais Germain Dufour n’a jamais été jugé, son décès en mars 2023 entraînant l’extinction de l’action publique.

Veux-tu avoir des relations sexuelles avec moi ?

Tout débute avec l’arrivée de Ramesh. Avant même qu’il ait une place, Germain Dufour lui aurait posé deux questions : « Veux-tu avoir des relations sexuelles avec moi ?« , suivie de « Qu’est-ce qui t’intéresse dans le sexe ?« 

Ramesh assure qu’il n’était pas le seul à subir cela. « Il posait toujours la question. À tout le monde. Pas juste à moi, à tout le monde.« 

Il explique que sa réponse était claire. « J’ai dit : ‘écoute, je suis un homme affamé. Je suis sans abri et je ne suis pas intéressé par ce genre de choses’. » Après cela, il reçoit une tente dans le jardin du refuge, puis une chambre. Cependant, selon lui, les avances et pressions de Dufour n’ont jamais cessé.

Ramesh décrit des intrusions répétées dans les chambres, et parfois dans les douches. « Il venait dans ta chambre pour essayer de te toucher les parties intimes. Je résistais, mais il ne s’arrêtait jamais. » Il affirme également que Germain Dufour le touchait quand il venait demander une attestation d’hébergement. « Chaque fois que je venais lui demander l’attestation [de domiciliation], il me touchait toutes les parties du corps.« 

Je n’avais pas d’endroit où aller

Ces attestations sont essentielles pour les personnes sans papiers. Elles leur permettent d’avoir une existence administrative, d’accéder à des soins, tels que l’aide médicale urgente du CPAS, ou d’entamer des démarches pour obtenir un titre de séjour. D’après plusieurs sources, notamment contactées dans le cadre d’une enquête pour Médor, ces documents étaient souvent utilisés par Germain Dufour comme instrument de chantage pour obtenir des faveurs sexuelles.

Pour Ramesh, l’abus réside aussi dans cette relation de dépendance entre un homme sans solution et celui qui peut décider de lui accorder de l’aide ou non. « Je n’ai pas d’endroit où aller, pas d’abri où dormir et tu me demandes si je veux coucher avec toi ? En quoi est-ce justifié ?« 

Ramesh déclare également avoir été violé par Germain Dufour. Il évoque un quotidien empreint de peur : « Tu vis dans une maison, mais tu n’es jamais serein, jamais en paix ; tu as de la nourriture mais tu ne peux pas manger. Quand tu vas aux toilettes, il vient aux toilettes.« 

Ramesh tente alors de porter plainte. Cependant, lors d’une première visite à la police, il raconte ne pas avoir été entendu. Lors d’une seconde tentative dans un autre commissariat, il affirme avoir été arrêté administrativement au lieu d’être écouté, pendant 24 heures. Être sans-papiers est en effet considéré comme un délit en Belgique. Ce n’est qu’avec l’aide de l’ASBL Point d’Appui, qui soutient les personnes migrantes et sans papiers, qu’il a pu déposer une plainte formelle.

Pas de procès

Le 1er août 2018, Point d’Appui informe le parquet de Liège. Une enquête judiciaire est ouverte, suivie d’une instruction. Trois plaintes de sans-papiers, dont celle de Ramesh, sont intégrées au dossier. Germain Dufour n’a cependant jamais été jugé. Son décès, survenu en mars 2023, a mis fin à l’action publique. Dans cette affaire, il n’y aura donc ni procès ni réparation.

Depuis, l’Église a reconnu les abus sexuels commis à Liège par Germain Dufour. Pour Ramesh, cette reconnaissance, bien que tardive, est salutaire. Aujourd’hui, il n’a aucune existence administrative, ni en Belgique ni en Inde, où la loi fait de lui un mort administratif car il n’a pas donné signe de vie dans le pays depuis plus de sept ans. Cette situation le fait sourire… de désespoir. « Je suis un homme mort qui rit« , conclut-il avec amertume.