Qui était Marc Bloch, historien français et résistant au Panthéon ?
Marc Bloch, né à Lyon en 1886, est un médiéviste français reconnu pour ses contributions importantes à l’histoire et à la Résistance française, qui lui coûtera la vie. En novembre 2024, Emmanuel Macron a annoncé son entrée au Panthéon lors des célébrations du 80e anniversaire de la libération de Strasbourg, en reconnaissant également le rôle de Simonne, sa femme, dans son parcours.
Marc Bloch est un nom bien connu des historiens, dont on enseigne encore les contributions dans les amphithéâtres universitaires. Historien médiéviste français né à Lyon en 1886, il a transformé en profondeur l’écriture de l’Histoire à l’échelle mondiale. Il est également une figure marquante de la Résistance française, un engagement qui lui coûtera la vie.
**Des tranchées à l’université**
Bloch est issu d’une famille juive, son père étant un historien renommé spécialisé dans l’Antiquité. Ce contexte culturel et intellectuel aura un impact décisif sur son parcours. Lors de l’éclatement de la Première Guerre mondiale, Bloch est mobilisé comme officier. Ses actions militaires lui valent la Légion d’honneur et la Croix de Guerre, mais son expérience des tranchées influence sa carrière.
Après l’Armistice, Marc Bloch devient universitaire, se spécialisant dans l’histoire du Moyen Âge. Il enseigne les lignées royales capétiennes à plusieurs générations d’étudiants, principalement à l’université de Strasbourg. En 1924, il publie un livre qui marque un tournant dans sa discipline.
**Les rois thaumaturges**
Confronté à la propagation des rumeurs et des fausses informations pendant la Grande Guerre, Bloch s’intéresse à la manière dont certaines croyances s’enracinent dans une société. En tant que médiéviste, il se penche sur une croyance persistante du Moyen Âge français : celle selon laquelle les rois pouvaient guérir l’écrouelle, une grave maladie de peau, simplement par le toucher. Ces rois thaumaturges étaient vénérés. Bien qu’il soit profondément rationnel et sceptique envers les miracles, Bloch veut comprendre la longévité de cette croyance.
*Les rois thaumaturges* constitue dès sa publication une véritable révolution dans le domaine historique. Bloch commence par poser une question et cherche des réponses dans des documents anciens. Ce travail, qui paraît aujourd’hui normal, était inédit pour les historiens de son époque.
Avant lui, la recherche historique se concentrait principalement sur l’ »Histoire-bataille », englobant les grands événements, les conflits et les personnalités marquantes. Bloch, quant à lui, s’intéresse plutôt aux mentalités et à la société, cherchant à comprendre le fonctionnement des systèmes en place. Il ne se focalise pas sur les rois eux-mêmes, mais sur la perception qu’en a la population, utilisant des méthodes issues de la sociologie, de l’anthropologie et de la psychologie.
**Dans les « Annales » de l’Histoire**
Bloch n’est pas le seul à vouloir instaurer un changement significatif dans l’historiographie. Avec son collègue Lucien Febvre, il fonde la revue *Les Annales d’histoire économique et sociale*. Cette publication ouverte aux historiens adoptant de nouvelles perspectives élimine une histoire pompeuse et fait entrer la discipline dans les rues et les champs, en s’intéressant aux personnes qui ne faisaient pas partie de la « Grande Histoire ».
Bien que la revue ne rencontre pas immédiatement le succès et soit source de controverses, elle influence durablement la discipline historique. Elle continue d’être publiée aujourd’hui sous le nom de *Annales. Histoire, Sciences sociales*, et jouit d’une reconnaissance mondiale. Malheureusement, Marc Bloch ne vivra pas pour voir le succès de son œuvre.
**Simonne, la femme derrière le grand homme**
En 1919, Marc Bloch épouse Simonne Vidal. Le couple s’installe à Strasbourg où Marc vient d’obtenir un poste à l’université. Comme il était courant à l’époque, Simonne est femme au foyer et s’occupe de leurs six enfants tout en s’intéressant à l’œuvre de son mari, partageant son amour pour l’histoire.
Leurs échanges intellectuels stimulent fortement le travail de Marc, tandis que Simonne lui apporte un soutien crucial en tant que secrétaire et assistante de recherche. Un de leurs fils a déclaré : « *Marc Bloch serait-il devenu le grand historien reconnu dans le monde sans sa femme ? Je doute de cela* ».
**Marc Bloch, juif et résistant**
Lorsque la guerre éclate en 1940, Simonne reste aux côtés de son mari. Après l’invasion, celui-ci demande à être réintégré dans l’armée malgré son âge, tandis que Simonne s’efforce de protéger leur famille. Il est témoin impuissant de la défaite française et de la débâcle de Dunkerque. De retour chez lui, Bloch, en tant que juif, est touché par les lois antisémites en vigueur. Bien qu’il continue d’écrire pour les Annales sous un pseudonyme, il est exclu de l’université de la Sorbonne, ses biens sont saisis et sa bibliothèque est envoyée en Allemagne.
C’est à cette époque qu’il écrit l’un de ses ouvrages majeurs, *L’Étrange Défaite*, dans lequel il analyse les raisons de la défaite de la France. Il y critique aussi bien les militaires que les hommes politiques de différents bords, tout en condamnant la naïveté des pacifistes suite aux accords de Munich et l’incapacité des Alliés à venir en aide à la France. Publié à titre posthume, cet essai aura un grand impact sur un pays cherchant à comprendre sa défaite.
La famille Bloch aurait eu la possibilité de fuir aux États-Unis, possédant un laissez-passer, mais n’en fit rien. À 56 ans, Marc prend la tête d’un réseau de résistance dans la région de Lyon et entre rapidement dans la clandestinité. Malgré sa maladie, Simonne le soutient depuis la distance, lui envoyant des vivres, des vêtements et des livres.
Après quelques mois dans le maquis, Marc Bloch est arrêté par la Gestapo en mars 1944. Enfermé et torturé, il applique les méthodes de la Résistance, ne fournissant que de fausses informations à ses interrogateurs. Le 16 juin 1944, dix jours après le débarquement de Normandie, il est fusillé avec 27 autres résistants.
Simonne, venue à Lyon pour tenter de retrouver son mari, est hospitalisée pour un cancer non diagnostiqué et décède le 2 juillet.
**Le couple au Panthéon**
En novembre 2024, lors des célébrations du 80e anniversaire de la libération de Strasbourg, où Marc Bloch a longtemps vécu et enseigné, Emmanuel Macron annonce son entrée au Panthéon. Il devient ainsi la huitième personnalité liée à la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale à être honorée depuis 2015, après Joséphine Baker, Missak Manouchian ou Simone Veil.
Si l’entrée de Marc Bloch au Panthéon est indéniablement politique, la famille a voulu clarifier certains points. Ainsi, elle a exigé que le couple soit reconnu ensemble, afin de rendre hommage au travail de Simonne dans la carrière de son mari. De plus, les restes des deux ne seront pas transférés dans le monument parisien ; il n’y aura qu’un cénotaphe, une tombe vide. Les cendres de Marc resteront au petit cimetière de Bourg-d’Hem, tandis que Simonne a été enterrée dans une fosse commune, parmi des centaines d’anonymes.
Enfin, la famille a posé une dernière condition : aucun représentant de l’extrême droite française ne sera présent à la cérémonie, par respect pour la mémoire de Marc Bloch, républicain et démocrate convaincu, qui s’est opposé au fascisme jusqu’à sa mort.
