Belgique

Publications liant incendies en Gironde et panneaux photovoltaïques : trompeuses.

Depuis le 22 juillet 2026, l’incendie de Gironde a déjà ravagé 42.000 hectares, représentant la plus grande superficie dévastée par un feu de forêt en France depuis celui des Landes de Gascogne en 1949, qui avait parcouru environ 50.000 hectares.

Avec plus de 91.000 hectares détruits depuis janvier sur l’ensemble du territoire, l’année 2026 est déjà celle ayant enregistré le plus de surfaces brûlées en France en vingt ans de mesures satellitaires, selon le système européen de surveillance des feux (Effis).

En juillet 2022, la même région avait été touchée par deux incendies simultanés : l’un à La Teste-de-Buch, sur le bassin d’Arcachon, et l’autre à Landiras et Hostens, au sud de Bordeaux. Les pompiers avaient mis douze jours à contenir les flammes, qui avaient détruit près de 20.000 hectares de forêt de pins.

Sur les réseaux sociaux, les incendies de juillet 2026 ont ravivé des théories qui circulent depuis plusieurs années : selon celles-ci, les feux auraient été volontairement déclenchés pour faciliter l’installation de panneaux photovoltaïques, qui permettent de produire de l’électricité en convertissant directement la lumière du soleil en électricité.

Une vidéo issue d’un journal télévisé de TF1 diffusé en 2024 est utilisée par de nombreux comptes pour établir un lien entre ces incendies et les projets d’installations de parcs photovoltaïques. Ces contenus ont cumulé des millions de vues depuis leur mise en ligne.

Une autre vidéo, publiée sur TikTok, partagée 12.400 fois et cumulant 520.000 vues depuis le 25 juillet 2026, alimente également cette théorie : « Il y a trois ans, en 2022, on est venu éteindre les feux sur Hostens […] Regardez ce qu’il y a maintenant, c’est bizarre. Des panneaux photovoltaïques », affirme un homme depuis son tracteur. « C’est quand même dingue de voir ça. Quatre ans après, des champs de panneaux », conclut-il.

Des publications reprenant la même vidéo circulent également sur Facebook, TikTok et sur X. Elle a notamment été relayée par Silvano Trotta, un relais fréquent d’infox sur les vaccins ou le climat, qui écrit : « Quand une forêt brûle, un parc solaire la remplace. Magique…. »

Dans le cas précis de la commune d’Hostens, située au sud de Bordeaux, une recherche par mots-clés sur Google (« Hostens photovoltaïque ») a permis à l’AFP de retrouver les dossiers de permis de construire et d’autorisation de défrichement concernant deux centrales photovoltaïques SARL (Société à responsabilité limitée) situées dans la commune d’Hostens : celle du « Haut de la Lande », et celle du « Chemin de Tuzan ».

Ces documents ont été publiés en août 2010 et rendus disponibles à la consultation depuis octobre 2021 sur le site de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) de la Nouvelle-Aquitaine.

Un article publié par le quotidien français Sud Ouest le 28 octobre 2010 confirme également l’ancienneté du projet, qui avait reçu un « accueil favorable » au sein de la municipalité.

Le quotidien explique que le premier dossier (« Haut de la Lande ») « concerne une surface de 21 hectares. Il s’agit d’un terrain dégagé, sur lequel plusieurs coupes rases ont été réalisées, et ce bien avant la tempête de janvier 2009 ».

Le second dossier (« Chemin de Tuzan ») porte quant à lui sur un terrain mitoyen, de 38 hectares. « En partie boisé, il a subi des dégâts lors du passage de la tempête Klaus de 2009. »

Ces deux centrales photovoltaïques n’ont pas été construites à la suite d’un incendie.

L’article de Sud Ouest précise également que « la zone est située en bordure de la RD 3, qui mène d’Hostens au Tuzan ». Ces éléments ont permis à l’AFP de géolocaliser précisément le lieu où la vidéo TikTok virale a été tournée.

Située le long de la route départementale D3, la centrale photovoltaïque apparaît déjà sur les images satellitaires de Google Earth datées du 1er septembre 2014, soit plusieurs années avant les incendies de 2022.

Des images Google Street View datant de juillet 2014 montrent également le chantier de la centrale avant la pose définitive des panneaux solaires.

En comparant la vidéo virale aux images Google Street View de juin 2026, plusieurs éléments permettent de confirmer qu’il s’agit du même site : les rangées des panneaux solaires, une petite construction beige ainsi qu’une structure bleu foncé.

D’autres indices visuels, tels que la forme des arbres bordant la « D3 » empruntée par le tracteur, confirment également le lieu exact du tournage.

Mais les accusations d’incendies volontaires pour installer des parcs solaires ne s’arrêtent pas à cette vidéo filmée aux abords d’Hostens.

De nombreuses publications et commentaires prétendent que d’autres parcs photovoltaïques ont tiré parti, ou vont bénéficier, des incendies actuels en Gironde. Sur les réseaux sociaux, des internautes affirment que des entreprises impliquées dans un projet appelé Horizeo auraient volontairement provoqué des incendies afin de faciliter l’installation de panneaux photovoltaïques – une rumeur déjà vérifiée en 2022 par nos confrères de 20 Minutes et TF1.

Le 11 janvier 2021, Engie et Neoen ont dévoilé, en Gironde, un projet de centrale photovoltaïque. Baptisé Horizeo, ce projet, estimé à 600 millions d’euros, prévoit la construction d’un parc photovoltaïque d’une puissance de 800 mégawatts (MW), l’un des plus vastes d’Europe, sur 680 hectares de forêt au sud de Bordeaux.

Depuis sa présentation, le projet fait l’objet d’une vive opposition locale. Des syndicats sylvicole et agricole, des chasseurs ainsi que plusieurs associations environnementales craignent une hausse des risques d’incendie et d’inondation, ainsi qu’un accaparement de la forêt.

Pourtant, en comparant la carte du projet Horizeo avec les zones touchées par les incendies récents dans la région, l’AFP a constaté qu’il ne s’agit pas des mêmes secteurs.

La zone destinée au projet, reconnaissable à sa forme triangulaire, n’a pas été affectée par les flammes, comme le confirment les images satellitaires du programme spatial Copernicus.

Pourtant, les internautes qui établissent un lien entre l’installation de panneaux photovoltaïques et les terrains forestiers incendiés s’appuient aussi fréquemment sur des reportages diffusés par TF1 en 2022. Ceux-ci donnaient la parole à des habitants et à des propriétaires de Gironde, qui affirmaient avoir été démarchés après les incendies par des promoteurs souhaitant installer des panneaux photovoltaïques sur leurs parcelles.

D’autres exemples ont alimenté les soupçons de certains internautes. Ainsi, vingt ans après l’incendie de 2004 à Cruis, dans les Alpes-de-Haute-Provence, la société Boralex a mis en service une centrale photovoltaïque, malgré les contestations. Sur son site, l’entreprise explique avoir « répondu à une consultation lancée par la commune afin de revaloriser les parcelles détruites avec pour objectif d’y développer un projet solaire ».

Alexandre Roesch, le délégué général du SER, n’exclut pas que des promoteurs « peu sérieux » puissent encore tenter de démarcher des mairies ou des propriétaires de terrains après des incendies, mais explique que ce qui avait été observé en 2022 n’est « plus possible » avec la législation en 2026.

Autre élément de vérification, les incendies importants font l’objet d’une enquête des autorités pour en déterminer les causes. À ce jour, aucune enquête ni élément factuel n’ont établi la responsabilité d’entreprises de panneaux photovoltaïques dans l’origine des feux de ces dernières années en Gironde.

En février 2024 par exemple, le parquet de Bordeaux a requis un non-lieu, faute de responsable, après une enquête sur l’incendie « d’origine criminelle » de Landiras-1, le plus gros des quatre gigantesques feux survenus en Gironde l’été 2022.

Concernant l’incendie à La Teste-de-Buch, près d’Arcachon, survenu au même moment, les « faits ne présentent pas de caractère criminel et s’inscrivent dans un contexte de délit involontaire », selon le parquet, citant une camionnette équipée d’une benne qui a été victime d’une panne et a pris feu.

Pour les incendies de juillet 2026, c’est une opération de débroussaillement menée sur un chantier qui aurait déclenché l’incendie de forêt le plus dévastateur dans le pays depuis 1949.

Aujourd’hui, la législation interdit les installations solaires « dans les zones forestières lorsqu’elles nécessitent un défrichement de plus de 25 hectares », explique le ministère de l’Agriculture français,