Procès Falzone : la défense plaide la sidération pour Antonino, passager.
L’avocat de la défense, Maître Guttadauria, insiste sur le fait qu’Antonino Falzone n’a jamais eu la maîtrise de quoi que ce soit au moment de l’accident. Il plaide l’acquittement en déclarant que « ce geste d’appel n’était pas réfléchi, c’était un réflexe » et que « Antonino n’est pas un monstre ».
D’un ton très solennel, l’avocat débute sa plaidoirie en lisant une lettre : « J’ai fait un cauchemar horrible. Et à l’issue de ce rêve, je me suis retrouvé devant un jury d’assises. Je suis une abomination, je suis un monstre. Je mérite la perpétuité. Moi qui n’ai jamais voulu être autre chose que quelqu’un de discret. On me menace. On menace ma famille », déclare-t-il.
Avec ferveur, il poursuit : « Quelle ironie du sort d’avoir été dans cette voiture. Moi qui n’ai jamais commis la moindre infraction au code de la route. C’est l’éducation de mes parents : on respecte les règles, on ne fait pas de vagues et on travaille. Dans mon cauchemar, mes amis me tournent le dos. Je vis comme un pestiféré. J’ai été licencié. Je ne parviens plus à retrouver du travail », ajoute-t-il.
Je ne prends aucune initiative. Incapable de fuir. Incapable d’interpeller les passants. Si je n’ai pas sonné aux portes, c’est parce que je suis un monstre d’égoïsme.
Est-il un monstre ou un lâche ? L’avocat souligne que son client, Antonino Falzone, se heurte régulièrement à cette question : « Pourquoi n’avez-vous pas demandé à Paolo de s’arrêter ? », rapporte-t-il. Il insiste : « Sont-ils sérieux ? Étaient-ils dans cette voiture ? Comprennent-ils que je n’ai jamais eu la maîtrise de quoi que ce soit ? ».
Il conclut en faisant référence à une vidéo du dossier, où Antonino sort du véhicule et frotte son pull : « Le véhicule s’arrête et il y a cette vidéo immonde. Je m’observe, je me dégoûte. Je n’ai pas l’impression que c’est moi sur ces images. J’étais tétanisé, je ne pouvais plus bouger, j’ai eu des pertes de connaissance. Je tire sur les jambes de Salvatore Imperiale. Comment ai-je pu faire ça ? Je ne prends aucune initiative. Incapable de fuir. Incapable d’interpeller les passants. Si je n’ai pas sonné aux portes, c’est parce que je suis un monstre d’égoïsme », ajoute-t-il.
L’avocat termine la lecture de la lettre : « Ce que je viens de vous lire n’est pas une complainte. Je veux que vous sachiez que c’est le dossier le plus difficile de ma carrière. Je n’ai jamais été confronté à tant de souffrance. Je le reconnais : la détresse de mon client paraît dérisoire face à celle des parties civiles ».
La suite de sa plaidoirie traite de la situation avant, pendant et après le choc. « Tous les passagers sont des usagers faibles. C’est un statut souvent oublié. Il faut rappeler qu’à aucun moment, il n’a eu la maîtrise de quoi que ce soit », explique l’avocat de la défense.
Avant le choc, il défend l’idée que le passager était somnolent : « Qu’il dorme ou qu’il soit sur son téléphone, cela ne change rien. Ce n’est pas à lui de maîtriser le véhicule », affirme-t-il. Il ajoute que le « oh, oh » audible sur la vidéo montre qu’Antonino n’était pas attentif à la route.
Au moment de l’impact, il évoque « le moment zéro de la sidération » : « Qui ne serait pas sidéré avec des corps projetés sur lui d’une seconde à l’autre ? », lance-t-il. « On vous dit que ce n’est pas vrai. Mais la vraie question à se poser est la suivante : qui ne serait pas sidéré dans une telle situation ? Quand vous êtes saisi par la terreur, vous ne pouvez plus réfléchir », insiste-t-il.
Maître Guttadauria plaide ensuite l’acquittement : « Je vous demande de répondre non aux soixante questions qui vous sont soumises », persévère-t-il. Dans la salle, plusieurs victimes quittent l’audience, visiblement choquées par ces propos. Les chaises se vident progressivement.
L’avocat réitère : « Ce geste d’appel n’était pas réfléchi, c’était un réflexe. Antonino n’est pas un monstre. Dans son état, il a agi avec des gestes déconnectés de sa réflexion », affirme-t-il.
Et de conclure : « Nous n’étions pas dans ce véhicule, mais certains veulent parler à sa place. On peut mener une vie honnête et se retrouver un jour devant une cour d’assises. Je ne défends pas un robot, mais un être humain. C’est ainsi que je vous demande de le juger ».
Reste désormais aux jurés de trancher, au terme de débats où s’opposent émotion, droit et interprétation des faits.

