Procès Falzone : la BMW série 5 trafiquée à 355 chevaux.
Au deuxième jour d’audience du procès de Paolo et Antonino Falzone, les enquêteurs continuent leur récit des constats effectués depuis les premiers appels d’urgence jusqu’à la fin de l’enquête. La BMW série 5 a été analysée et présente de nombreux enfoncements, des traces de victimes, et la barre de renfort moteur est pliée, prouvant qu’il y a eu un recul important.
Lors du deuxième jour du procès de Paolo et Antonino Falzone aux assises de Mons, les enquêteurs poursuivent leur exposé des constatations faites depuis les premiers appels d’urgence jusqu’à la conclusion de l’enquête. L’après-midi, les discussions ont porté sur l’analyse de la voiture impliquée dans l’accident.
Après 40 ans de carrière, je n’ai jamais vu un tel dégât sur une voiture
La BMW série 5 a été scrutée sous tous ses aspects après l’incident. Les policiers, avec des photos à l’appui, détaillent les dommages. La carrosserie est enfoncée partout en raison des multiples impacts avec les victimes. Un enquêteur décrit les dommages et s’étonne : « Après 40 ans de carrière, je n’ai jamais vu un tel dégât sur une voiture« , faisant référence à une pièce de renfort à l’avant de la BMW, complètement pliée sur les images. « La barre de renfort moteur aussi est pliée sur sa tête, ce qui prouve qu’il y a eu un recul important« .
La BMW est en effet dans un état déplorable : « La voiture présente de nombreux enfoncements, des traces des victimes, du sang, des matières graisseuses (…) On n’a jamais vu une telle violence sur une carrosserie. » Les images parlent d’elles-mêmes, le capot est maculé de sang.
De 252 à 355 chevaux
L’enquête technique révèle que cette voiture avait été « poussée » pour atteindre une puissance de 252 à 355 chevaux. « C’est l’équivalent d’une Porsche Carrera« , précise l’enquêteur, qui ajoute que la taxe associée à ce type de véhicule devrait normalement être de 5 000 euros.
Ensuite, un inventaire non exhaustif des lésions des victimes est présenté : coup du lapin, fractures de la colonne vertébrale, organes éclatés… Le récit, toujours aussi terrifiant, inclut une autre victime qui a été « percutée par l’arrière au niveau des mollets, elle a subi un traumatisme encéphalique, qui était létal« . La juge d’instruction mentionne alors, pour cette même victime, au moins quatre traumatismes qui auraient pu être mortels. L’intensité du choc est indiscutable, et sa magnitude est sans précédent.

Les enquêteurs présentent ensuite les vidéos des caméras de surveillance des maisons situées dans la rue où s’est produit le drame. L’une d’elles montre le groupe de « gilles » quelques minutes avant l’accident (note : il s’agit de la vidéo en noir et blanc déjà diffusée dans la presse, où l’on les voit marcher). Les familles des victimes peuvent facilement imaginer leurs proches vivant leurs derniers instants sur ces images.
À l’instant suivant, toujours sur les images en noir et blanc, on voit la voiture de Paolo Falzone arriver. « Et on voit qu’il ne freine pas« , commente l’enquêteur. Dans la salle, le public ressent bien que l’on s’approche de l’impact, et des soupirs se font entendre. Une tension palpable envahit la cour d’assises ; les avocats se repositionnent près des écrans. Antonino Falzone réagit aussi, tandis que Paolo fixe le vide, n’ayant pas détourné son regard vers l’écran se trouvant à deux mètres de lui.
Le groupe de marcheurs est bien visible sur toute la largeur de la rue, et certains d’entre eux, au gré de leurs discussions, s’écartent de la route pour rejoindre le trottoir. « Certains ont compris en voyant ces images, après coup, la chance qu’ils avaient de se déporter« , fait remarquer l’enquêteur.
Le policier annonce au public que sur les images suivantes, la voiture de Paolo Falzone s’approche. Les gilles ne sont plus visibles à l’écran, mais on les imagine marchant encore un peu plus loin. Un silence de mort s’installe dans la salle de Mons Expo, où se pressent avocats, magistrats, public et journalistes. Tous les regards sont rivés sur l’écran, anticipant l’arrivée imminente de la voiture, en connaissant déjà les conséquences. Puis, sur les images en noir et blanc, l’horreur s’annonce : une voiture surgit… Un cri d’effroi monte dans la salle. Le véhicule roule à pleine vitesse vers le haut de l’écran, à l’endroit où les gilles ont disparu une minute auparavant.
Des urgentistes traumatisés après l’intervention
Un enquêteur partage les difficultés rencontrées par les services de secours. « Il y a des victimes qu’on doit négliger et donc, pour les secouristes, c’est inconcevable. Chaque secouriste porte une part de responsabilité dont il viendra témoigner.«
Il raconte aussi l’histoire d’un urgentiste qui se remémore un homme qui ne voulait pas lâcher la main de sa femme. « Quand est-ce qu’on va s’occuper de ma femme ? » demandait-il, alors qu’elle portait un macaron noir, symbolisant « personne décédée ». Cet homme était en plein déni ». Après cet événement, certains ont été contraints de changer de profession.
La vidéo choc du véhicule qui roule sur le gille
Les enquêteurs diffusent ensuite des extraits des appels d’urgence passés ce matin-là par des témoins. Ils décrivent une scène chaotique : « C’est le chaos ici« , s’exclame une voix au téléphone. « C’est le chaos ! Il y a au moins une dizaine de personnes qui se sont fait écraser et qui sont par terre ! » La confusion est telle que certaines personnes ne réalisent même pas ce qui se passe : « Je sais même pas si c’est une voiture. Je ne sais pas ce que c’est ! (Elle compte) Il y a 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11 personnes à terre ! » Un autre témoin déclare : « Il y a eu une bombe, en fait ; il y a plein de monde par terre : venez vite ! » Au bout du fil, cette personne sanglote et crie.
La vidéo la plus terrible est sans doute celle montrant la voiture roulant sur le corps de Frédéric d’Andréa, une scène capturée par une caméra de surveillance. C’est probablement la vidéo la plus choquante de la journée, diffusée avec le son. On peut entendre les grelots du gille Frédéric d’Andréa avant même qu’il n’apparaisse à l’écran. Puis la voiture arrive, freine, le gille tombe, les grelots cessent. La voiture redémarre et écrase la victime, provoquant l’horreur et la stupeur chez les rares témoins présents.
Dans la salle de la cour d’assises, l’effroi est palpable. Même les avocats, habitués aux situations difficiles, paraissent livides. Des regards se croisent, et certains se demandent : « Avons-nous vraiment vu ce que nous pensions avoir vu ? » Paolo Falzone, quant à lui, reste immobile sur sa chaise, sans jamais lever les yeux vers l’écran.

