Belgique

Premier bilan du contrôle renforcé des médecins : une mesure gouvernementale qui suscite des inquiétudes sur le terrain.

Depuis quelques semaines, un nouveau dispositif de contrôle des médecins a été mis en place, permettant aux mutuelles d’accéder à des informations sur les soins prodigués, indépendamment de l’affiliation des patients. Cette initiative vise à détecter d’éventuels abus et à renforcer la lutte contre la fraude dans le secteur médical.

Les données collectées incluent le type de consultations et le nombre de prescriptions. L’objectif est clair : identifier les comportements anormaux et garantir un meilleur remboursement des soins. Marianne Hiernaux, de l’Agence intermutualiste, souligne que ces informations aideront à remplir les missions habituelles des mutuelles tout en permettant de repérer des anomalies statistiques, telles que des surprescriptions.

Cependant, cette mesure suscite des inquiétudes parmi les praticiens. Une médecin, qui a souhaité rester anonyme, admet la nécessité de contrôler les pratiques, mais souligne que les abus restent marginaux. Elle déclare : « On se sent vraiment un peu, à la limite, trahis parce que oui, il y a forcément des prestataires de soins qui malheureusement montrent de mauvais exemples, mais ce sont des exceptions. »

Elle met également en avant la complexité des situations médicales, où des consultations fréquentes peuvent être liées à des facteurs socio-économiques. « Plus le niveau socio-économique est bas, plus il y a le risque de consommation d’alcool problématique, de tabagisme, qui sont aussi liés à des pathologies chroniques », explique-t-elle. Cette réalité soulève la question de l’interprétation des données : une activité médicale élevée pourrait-elle être le reflet des besoins spécifiques des patients plutôt qu’un signe d’abus ?

Les mutuelles, de leur côté, insistent sur la nécessité de détecter les comportements anormaux. Grâce à ces nouvelles données, elles espèrent mieux gérer les remboursements et identifier des comportements anormaux dans les statistiques. Ces informations seront ensuite transmises à l’INAMI, qui pourra mener des vérifications et, si nécessaire, établir des constats de fraude.

Le Groupement belge des Omnipraticiens, tout en reconnaissant l’importance de limiter les abus, appelle à une défense des budgets et des médecins. Lawrence Cuvelier, représentant des généralistes, insiste sur le fait qu’il est essentiel de protéger l’ensemble des praticiens. Il souligne également l’importance d’éduquer les patients sur les demandes d’examens et de médicaments, affirmant que « ce n’est pas facile ».

Ces nouvelles mesures interviennent dans un contexte déjà tendu entre le ministre fédéral de la Santé, Franck Vandenbrouck, et les médecins, certains d’entre eux envisageant de se mettre en grève dans les semaines à venir.