Belgique

Pourquoi les États-Unis ne annoncent-ils pas la fin de la guerre au Moyen-Orient ?

Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d’un accord-cadre visant une « paix durable ». Une trêve annoncée le 17 avril n’a jamais été respectée mais les affrontements ont largement diminué depuis la signature mi-juin d’un protocole d’accord entre les Etats-Unis et l’Iran.


Israël a effectué de nouvelles frappes dans le sud du Liban, dimanche, deux jours après la signature d’un accord-cadre entre les deux pays visant une « paix durable ». Toutefois, un député du Hezbollah a averti que cela pourrait plonger le pays dans un « conflit interne ». Une trêve annoncée le 17 avril n’a jamais été respectée, mais les affrontements se sont largement estompés depuis la signature, mi-juin, d’un protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran, qui a exigé une cessation des hostilités au Liban.

Depuis plusieurs mois, l’administration américaine communique intensément sur un accord de paix quasi finalisé au Moyen-Orient. Cependant, ces annonces sont souvent suivies de démentis de l’Iran ou d’Israël, que ce soit par des déclarations ou des actes, parfois seulement quelques minutes après leur diffusion. Pourquoi cette « surcommunication » ? Est-ce une stratégie diplomatique ?

L’ancien ambassadeur de Belgique Raoul Delcorde avoue ne pas saisir la stratégie américaine vis-à-vis de l’Iran. Alors qu’une phase de négociation semblait s’éclaircir, Washington revient rapidement à une approche de confrontation militaire avant de reparler d’accords diplomatiques.

Le samedi précédent, Donald Trump avait par exemple déclaré sur Truth Social : « Les aéronefs des États-Unis viennent de frapper des sites de stockage de missiles et de drones iraniens, ainsi que des sites radar côtiers, pour violation de l’Accord de cessez-le-feu, ENCORE ! Il est très possible qu’ils n’apprennent jamais ! »

Delcorde souligne également l’ambivalence de cette approche qui alterne menaces et offres de négociation. Il explique : « Je ne vois pas bien l’intérêt d’alterner la carotte et le bâton », notant que cela pourrait donner raison à Israël, qui a toujours été opposé à un accord de paix avec l’Iran.

Une source diplomatique occidentale suit de près le dossier de la guerre au Moyen-Orient et estime que la politique étrangère chaotique de Trump s’inspire délibérément de Richard Nixon. En pleine guerre froide et embourbé dans la guerre du Vietnam, Nixon cherchait à faire croire à ses ennemis qu’il était prêt à user d’une force excessive, une stratégie connue sous le nom de « théorie du fou ». Le concept suggère qu’un dirigeant imprévisible peut obtenir des concessions parce que ses adversaires ne savent pas jusqu’où il est prêt à aller.

Cette logique pourrait donc s’appliquer à la guerre, mais la source analyse qu’il y a une nouveauté dans l’utilisation de cette imprévisibilité pour influencer les marchés financiers. L’année dernière, le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, avait déjà parlé de cette approche comme d’une « incertitude stratégique ». Trump avait suspendu des droits de douane peu après les avoir annoncés, surtout en raison de la réaction des marchés.

« Même si les gens commencent à douter de la véracité des déclarations de Trump, l’administration américaine sait que l’information sera reprise par les médias. Même si ces derniers sont également méfiants, ils ne peuvent pas se permettre de l’ignorer puisque cela provient du président des États-Unis. Il en va de même pour les marchés financiers ; chaque annonce d’accord a finalement l’effet escompté par Trump : chaque annonce fait remonter l’économie. »

Raoul Delcorde reste prudent quant à l’application de la « théorie du fou ». Il admet que cette hypothèse est envisageable, mais glisse que l’imprévisibilité est à la fois liée à la personnalité de Trump et à une stratégie réfléchie. Il s’accorde néanmoins à dire que l’économie demeure une priorité pour Trump. « Trump, c’est quand même toujours du transactionnel, et c’est toujours dirigé vers le monde économique », conclut-il. Pour lui, l’un des objectifs de Trump avec ses annonces de cessez-le-feu est de rassurer le monde des affaires et de contenir les prix du pétrole, surtout dans le contexte stratégique du détroit d’Ormuz.

Les deux experts affirment également que Trump cherche à rassurer sa base électorale MAGA, largement contre de nouveaux engagements militaires. La guerre contre l’Iran est peu populaire aux États-Unis : seuls 24 % des Américains estiment qu’elle valait son coût, et la cote de popularité de Trump a chuté à environ 34 %. Les revirements entre escalade et diplomatie suivent de près le calendrier électoral, en pleine approche des élections de mi-mandat de novembre.

Les annonces répétées de Trump ne visent pas seulement les acteurs du conflit, soutient un professeur de relations internationales. Elles s’adressent aussi aux monarchies du Golfe, auprès desquelles Washington veut continuer à apparaître comme le principal garant de la sécurité régionale. « Il faut savoir que Trump ne veut pas que les Européens fassent de ‘l’ingérence’ dans les négociations au Moyen-Orient », souligne-t-il. Ces annonces ont aussi une portée politique envers les alliés occidentaux, renforçant ainsi le message que les États-Unis dirigent les opérations.

Raoul Delcorde estime cependant que les Européens ont leur mot à dire dans ce domaine, suggérant qu’ils pourraient dire aux Émirats, et même à l’Arabie Saoudite : « Peut-être que nous pouvons assurer votre sécurité, en fait. Nous sommes des alliés plus dignes de confiance. »

Raoul Delcorde observe également que cette stratégie de communication ne peut fonctionner indéfiniment. À force d’alterner déclarations de paix, menaces militaires et revirements, les annonces américaines risquent de perdre leur crédibilité. « Ça ne peut pas tenir six mois », prévient-il, en ajoutant que les représailles iraniennes compliquent immédiatement toute annonce d’accord ou de désescalade.