Policiers dans la rue ce vendredi pour interpeller le gouvernement Arizona.
Les policiers manifesteront vendredi matin à Bruxelles, près de la Gare centrale, avant de se diriger vers le siège du MR, parti du ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin. La CGSP a déposé un préavis de grève du 12 mai au 30 juin, tandis que le SNPS émet des réserves quant à la durée de ce préavis.
Derrière la mobilisation des syndicats de police se cachent des mois, voire des années, de frustrations. Les policiers estiment ne pas être écoutés ni pris en compte par le gouvernement de l’Arizona. Eddy Quaino, permanent de la CGSP pour la police, résume : « On a beaucoup parlé, mais rien de concret ! » Les revendications sont nombreuses et seront portées à Bruxelles, vendredi matin, près de la Gare centrale, avant de se diriger vers le siège du MR, parti du ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin.
### Manque d’attractivité du métier et manque de financement
Eddy Quaino souligne : « Cela fait des semaines, pour ne pas dire des mois que l’on a eu un débat sur l’attractivité du métier de policier avec le ministre de l’Intérieur. » Parmi les revendications discutées, figure la revalorisation salariale. « Elle avait déjà été annoncée par Annelies Verlinden (l’ancienne ministre de l’Intérieur dans le gouvernement Vivaldi, ndlr) au début de 2024 et elle n’est toujours pas réalisée », indique Eddy Quaino. Les policiers attendent toujours des améliorations salariales dans un contexte de difficultés de recrutement et de fidélisation du personnel.
Le Syndicat national du personnel de police et de sécurité (SNPS) partage ce mécontentement concernant les projets de rendre le métier de police plus attractif. Carlo Medo, président du SNPS, avance : « Pour nous, il faut d’abord que l’augmentation salariale promise soit mise en œuvre et que les accords antérieurs soient respectés avant que nous ne soutenions de nouveaux projets. »
Eddy Quaino compare la situation avec les moyens alloués à la Défense, notant qu’ »on voit aujourd’hui dans d’autres secteurs professionnels qu’on a ouvert les enveloppes budgétaires. J’ai entendu des chiffres pour la Défense de 30 milliards ou 35 milliards qui sont ouverts. Et au niveau de la police intégrée, on ne voit absolument rien arriver. » Il rappelle que « cela fait 20 ans qu’on annonce un refinancement et que ça fait 20 ans qu’il n’y a rien du tout. »
Le responsable de la CGSP Police insiste sur la nécessité de moyens complémentaires pour assurer la sécurité des citoyens : « On a besoin de moyens complémentaires pour assurer la sécurité des citoyens, pour combattre la criminalité organisée. On a suffisamment d’exemples pour le démontrer. » Il ajoute : « Aujourd’hui, on a ce sentiment qu’au niveau de l’Arizona et du ministre de l’Intérieur, on fait de belles photos, on se montre avec les policiers de terrain, mais concrètement, on n’a pas de moyens complémentaires, on n’a pas d’engagement de policiers. »
Concernant les militaires déployés dans la rue pour sécuriser, surtout les lieux juifs, Eddy Quaino les juge « cosmétiques », signalant qu' »il manque entre 4500 et 5000 policiers aujourd’hui. »
### Fins de carrière : tenir compte de la pénibilité et de la dangerosité
La question de la réforme des pensions et ses conséquences pour les policiers est également soulevée. Les policiers sont mobilisés contre cette réforme, qui touche les régimes spéciaux de retraite permettant un départ anticipé, notamment dans la police. Eddy Quaino déclare : « Nous réclamons une fin de carrière digne, tenant compte de la pénibilité et de la dangerosité du métier de policier. » Il évoque les dangers auxquels les policiers font face au quotidien, notamment à Bruxelles, Anvers, Liège et Gand.
Les syndicats demandent un droit à un congé préalable à la pension : « Puisqu’on avait des régimes particuliers qui existaient, on demande un véritable congé préalable à la pension pour les policiers de terrain », précise Eddy Quaino. Il fait référence au dispositif NAPAP (Non-activité préalable à la pension) qui permet aux policiers opérationnels de quitter leurs fonctions avant l’âge de la retraite tout en percevant un traitement d’attente. Ce dispositif est actuellement remis en question par l’Arizona. « Nous souhaitons que ce dispositif soit transformé en véritable congé préalable où les cinq dernières années du métier de policier pourraient être prises dans ce congé, » ajoute-t-il.
Les syndicats interpellent également le ministre des Pensions, Jan Jambon (N-VA), jadis ministre de l’Intérieur : « Il a été un ministre qui avait à cœur de soutenir les policiers. Aujourd’hui, il est aux pensions, et nous espérons qu’il comprendra que nous avons un métier particulier. »
La CGSP a déposé un préavis de grève du 12 mai au 30 juin. En revanche, le SNPS émet des réserves à propos de cette grève. Carlo Medo, président du SNPS, déclare : « Un préavis de grève pour une période plus longue ne nous semble pas optimal ; le dialogue doit d’abord avoir sa chance. »
### Réactions du ministère de l’Intérieur
Le cabinet du ministre de l’Intérieur réagit, affirmant : « Nous mènerons les négociations à la table, et non par médias interposés. Un calendrier de négociation a été communiqué aux syndicats. Ce gouvernement a fait de la sécurité une priorité. » Le cabinet souligne qu’il est attentif à renforcer l’attractivité du métier de policier, tout en proposant « un certain nombre de mesures qui tiennent compte de l’engagement de nos policiers au quotidien. »

