Belgique

« Personne ne gagne et tout le monde perd » : Bruno Tertrais analyse les crises de la rentrée

Le spécialiste français en géopolitique, Bruno Tertrais, met en lumière une réalité souvent méconnue : malgré l’impression de chaos grandissant dans le monde, les crises géopolitiques sont souvent plus durables qu’elles n’y paraissent. Dans ses analyses, il rappelle que les conflits évoluent lentement et que les perceptions peuvent être trompeuses.

Concernant la situation au Moyen-Orient, Tertrais souligne que la tension entre l’Iran et les États-Unis ne devrait pas connaître d’évolution significative dans un avenir proche. Selon lui, « Il n’y a plus de bonne sortie de crise », à moins que l’une des deux parties ne décide de se retirer. Il envisage plutôt un maintien de l’état actuel, décrit comme « un étrange état de ni guerre ni paix », où les frappes sporadiques et les sanctions américaines se poursuivent. L’Iran, de son côté, semble croire qu’il a « la haute main sur le conflit » et pense avoir plus de chances de sortir victorieux face aux États-Unis.

En ce qui concerne la guerre en Ukraine, Tertrais ne voit pas de solution rapide. Il affirme que « personne ne gagne et tout le monde perd ». La stratégie ukrainienne de frapper des cibles en dehors de son territoire vise, selon lui, à miner le moral des Russes et à affaiblir leur économie, dans l’espoir que Vladimir Poutine finisse par accepter un cessez-le-feu. Toutefois, il estime que le conflit pourrait encore durer plusieurs mois, et que la décision de négocier revient entièrement à Poutine, les Ukrainiens n’ayant jamais refusé de dialoguer.

Sur le plan national, à près d’un an de l’élection présidentielle en France, Tertrais reste prudent quant aux résultats. Bien qu’il considère que Marine Le Pen pourrait se positionner en tête au premier tour, il souligne qu’il est « beaucoup trop tôt » pour prédire qui sera au second tour, insistant sur le fait que le résultat n’est jamais acquis. Il mentionne Édouard Philippe comme un potentiel « troisième homme » capable de bouleverser les pronostics.

Dans son livre « Géopolitique de comptoir », Tertrais aborde également la perception d’un monde de plus en plus imprévisible. Il réfute l’idée que les crises actuelles soient inédites, rappelant que les zones de conflit sont connues depuis longtemps. La visibilité accrue des conflits, amplifiée par les réseaux sociaux et les médias, peut donner l’impression d’une intensification des hostilités, alors que la réalité est souvent plus nuancée.

Concernant Donald Trump, Tertrais le décrit comme « imprévisible sur le court terme », mais pas irrationnel. Il souligne que Trump agit selon une logique qui lui est propre, cherchant à déstabiliser ses adversaires, même si cela peut s’avérer dangereux.

Enfin, sur le conflit israélo-palestinien, Tertrais explique pourquoi il fracture tant les sociétés contemporaines. Il évoque la dimension religieuse du territoire, qui est sacré pour trois religions, ainsi que la mémoire de l’Holocauste, des éléments qui rendent ce conflit particulièrement sensible et qui lui confèrent une place disproportionnée dans les discussions internationales.