Belgique

Migrants à Ceuta : l’Espagne exclue de Schengen, « Ce mécanisme n’existe pas »

Les ministres de l’Intérieur des États membres de l’Union européenne se réuniront ce mardi à 10 heures en visioconférence pour discuter des récents événements survenus à Ceuta. Cette réunion, convoquée à l’initiative de l’Irlande, présidente tournante de l’UE, a été demandée par l’Espagne et un groupe de 22 pays, dont la Belgique, représentée par la ministre de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt (N-VA).

La situation à Ceuta, où un afflux massif de migrants a été enregistré, est au cœur des préoccupations. Les autorités espagnoles ont signalé que la quasi-totalité des 60 000 personnes ayant franchi illégalement la frontière, majoritairement des jeunes Marocains, ont été renvoyées au Maroc. Cependant, des divergences dans les bilans entre l’Espagne et le Maroc persistent, certaines personnes ayant perdu la vie lors de cette traversée.

Face à cette crise, les 22 pays européens ont exprimé leurs inquiétudes concernant la gestion de la politique migratoire espagnole, jugée trop laxiste. L’Italie, sous la direction de la Première ministre d’extrême droite Giorgia Meloni, a même proposé d’exclure l’Espagne de l’espace Schengen. En pratique, l’Italie a fermé ses points d’entrée maritimes et aériens aux ressortissants non européens venant d’Espagne, tout en précisant que cela n’affecterait pas les citoyens espagnols ou européens. D’autres pays, tels que la Finlande, le Danemark et la République tchèque, ont également exprimé des préoccupations similaires.

Rome et Copenhague ont ainsi coordonné l’envoi d’une lettre à la Commission et au Conseil européens pour demander une réunion « d’urgence » et une « réponse européenne immédiate et coordonnée » face à la situation à Ceuta. Dans cette missive, ils ont critiqué la politique de régularisation des sans-papiers mise en place par le gouvernement espagnol, qui prévoit l’octroi de titres de séjour à des personnes en situation irrégulière, jugée contraire à l’effort de dissuasion contre l’immigration illégale.

En Belgique, les réactions ont été vives. Georges-Louis Bouchez, président du MR, a appelé à une suspension partielle de l’Espagne de l’espace Schengen. Le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a souligné l’importance de protéger les frontières extérieures de l’UE, tout en indiquant qu’une exclusion temporaire de l’Espagne n’était pas une solution viable.

L’Espagne, de son côté, a défendu l’intégrité de l’espace Schengen, affirmant que la plupart des migrants étaient déjà retournés au Maroc et que les règles spécifiques de contrôle s’appliquaient à Ceuta et Melilla. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a dénoncé l’attitude « égoïste » de ses voisins européens.

Marie-Laure Basilien-Gainche, professeure de droit public, a souligné que la situation actuelle ne constitue pas tant une crise migratoire qu’une crise diplomatique, tant entre l’Espagne et le Maroc qu’entre l’Espagne et certains États membres de l’UE. Elle a également noté que les migrants semblent avoir été instrumentalisés dans ce contexte de tensions diplomatiques.

Concernant les mesures prises par l’Italie, Basilien-Gainche a précisé qu’il n’existe pas de mécanisme permettant de suspendre un État de l’espace Schengen. L’Italie a intensifié les contrôles aux frontières, mais cela ne constitue pas une exclusion formelle de l’Espagne.

À l’approche de la réunion de mardi, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a appelé à une réponse européenne commune pour renforcer les frontières de l’UE. Elle a souligné la nécessité d’une surveillance accrue et, si nécessaire, de barrières physiques, tout en notant que l’Espagne se trouve isolée dans cette crise, seuls quelques pays n’ayant pas signé la demande de réunion d’urgence.