Belgique

Marina quitte le milieu agricole en raison « du sexisme et de la maltraitance animale »

Dans un jardin luxuriant situé en région namuroise, Marina partage sa vision de la nature, qu’elle considère comme un espace de biodiversité à préserver. Elle a conçu cet endroit pour favoriser la vie sauvage, où les hautes herbes et les chardons prospèrent, attirant papillons et libellules. « Et parfois du gibier », ajoute-t-elle, tout en soulignant que la véritable essence de la nature ne se limite pas à la ruralité. « C’est le respect de tous les êtres vivants, pas leur exploitation pour en tirer profit », affirme-t-elle avec conviction.

Marina a grandi dans une exploitation agricole près de Bertrix, en province de Luxembourg, un environnement qu’elle décrit comme peu propice à la réflexion sur le bien-être animal. « Le mot ‘exploitation’ n’est pas anodin », précise-t-elle. Élevée dans une famille catholique, elle se rappelle avoir été conditionnée dès son enfance par des préceptes bibliques, tels que : « Croissez, multipliez-vous et utilisez les ressources de la terre ». Cette éducation l’a amenée à croire que la soumission de la nature à des fins de rentabilité était normale.

Les souvenirs de maltraitance animale sont nombreux dans son passé. Elle raconte avoir appris à tuer des moineaux dès son plus jeune âge, les considérant comme des nuisibles. À l’âge de huit ans, elle a reçu un kit pour châtrer les cochons, une pratique qu’elle a réalisée sans anesthésie. En grandissant, Marina a commencé à remettre en question ces traditions, s’interrogeant sur le traitement réservé non seulement aux animaux, mais aussi aux femmes. « Il y avait les hommes, et puis tout le reste », souligne-t-elle, évoquant le langage dégradant utilisé pour parler des femmes lors des accouchements.

C’est à l’adolescence qu’elle prend conscience que ces pratiques ne correspondent pas à ses valeurs. « Mon destin était de me marier avec le fils du plus gros agriculteur du village », se souvient-elle. Mais elle refuse cette vie, aspirant à une existence plus riche et ouverte. À 16 ans, elle décide de quitter Bertrix pour embrasser l’indépendance.

Après avoir réussi l’examen du SELOR à 19 ans, elle décroche un emploi dans la fonction publique, une étape qui lui permet de s’installer à Bruxelles. « Devenir fonctionnaire n’était pas un but en soi, mais cela m’a permis de vivre et de m’éloigner », explique-t-elle. Cette nouvelle vie lui ouvre les yeux sur des réalités qu’elle n’avait jamais envisagées, notamment la diversité sexuelle. Elle se souvient de ses premières interactions avec des collègues, découvrant des concepts qui lui étaient totalement étrangers.

Marina poursuit son engagement en faveur de l’environnement et des droits des femmes. Elle a travaillé dans un service dédié à la protection de l’environnement, où elle a pris conscience des effets néfastes des pratiques agricoles sur la nature. « Dans les années 90, on a instauré la première taxe nitrates, car les agriculteurs polluaient les nappes phréatiques », rappelle-t-elle, tout en déplorant la perte de nombreux agriculteurs à cause de l’utilisation excessive de pesticides.

Aujourd’hui mère de trois filles, Marina continue de défendre la cause animale et féministe. Elle se montre particulièrement préoccupée par la situation des femmes en Afghanistan et en Iran, tout en se remémorant son engagement pour l’IVG en Belgique, qui avait suscité des tensions avec sa famille. Malgré cela, elle n’a jamais rompu les liens avec ses proches, espérant influencer positivement leur vision. « J’ai seulement voulu vivre ma vie et essayer, tant bien que mal, de changer un petit peu la leur », conclut-elle, affirmant qu’elle ne reviendrait jamais à la vie rurale.