Belgique

Loi football : Bernard Quintin présente les mesures du nouvel accord gouvernemental sur organisations radicales.

Le ministre de l’Intérieur a constaté ce matin que quelques débordements avaient eu lieu sur la pelouse lors de la finale de la Coupe du monde entre l’Espagne et l’Argentine. Bernard Quintin a annoncé un renforcement des mesures existantes avec, par exemple, un durcissement des amendes et un meilleur contrôle empêchant les 1350 personnes actuellement interdites de stade d’accéder aux matchs.


Avant d’évoquer le renforcement de la loi sur le football, le ministre de l’Intérieur a déclaré avoir suivi en grande partie la finale de la Coupe du Monde entre l’Espagne et l’Argentine. En consultant ce matin la presse, il a noté quelques débordements sur le terrain, ce qu’il juge profondément regrettable. « Si l’on doit lutter contre la violence dans les tribunes, il serait souhaitable que les joueurs montrent l’exemple en n’introduisant pas la violence sur le terrain », a-t-il affirmé.

Concernant ces débordements, Bernard Quintin a présenté une première version de la nouvelle loi sur le football. Le ministre prévoit un renforcement des mesures existantes, comprenant notamment l’augmentation des amendes et un meilleur contrôle afin d’empêcher les environ 1350 personnes actuellement interdites de stade d’accéder aux matches. « Parce que les contrôles à l’entrée ne sont pas évidents », précise le ministre de l’Intérieur.

Bernard Quintin souhaite également que les clubs de football contribuent à la mise en œuvre des sanctions : « Ils peuvent savoir qui est qui et qui est où. » Il faut noter qu’il n’existait pas de base de données nationale des personnes interdites de stade jusqu’à présent. Sur ce sujet, le ministre propose d’interroger ses prédécesseurs. Pour sa part, il souhaite que cette base de données soit au moins établie au niveau du Benelux.

D’après le ministre, le message politique de la réforme de la loi sur le football est clair : « C’est une fête populaire, cela doit rester une fête populaire. On doit pouvoir assister à un match de football en famille avec ses enfants sans craindre d’être entraîné dans des violences provoquées par quelques individus agités… Et ces personnes doivent être punies si elles ne veulent pas participer à cette fête. »

Il ajoute que « L’objectif n’est pas la répression à tout prix. Au contraire, il s’agit simplement d’établir un cadre. »

Au-delà des violences physiques, le texte aborde également la question de la discrimination. Autrement dit, la réforme stipule que le racisme et la xénophobie sont des formes de violences liées au football. Pour Bernard Quintin, il s’agit des « pires » formes de violence. Les insultes racistes lors des matches pourront donc être sanctionnées. « Il y aura une circonstance aggravante de ce point de vue. C’est très important pour moi. »

Le gouvernement fédéral a également validé un avant-projet de loi autorisant l’interdiction des organisations radicales. Bernard Quintin précise que le gouvernement pourra « interdire les activités d’un groupement, qu’il s’agisse d’une association de faits ou d’une association de droits, qui auront été jugées par les services de renseignement belges comme étant destinées à saper les fondements de l’ordre démocratique en Belgique ». Il ajoute que ces mesures doivent être « proportionnelles » et « temporaires ».

En janvier dernier, le Conseil d’État a rendu un avis mitigé concernant l’avant-projet de loi. « Le Conseil d’État m’a conforté dans la capacité à utiliser un système de type sanction administrative tant que c’est proportionné, temporaire et réversible », rappelle ce matin le ministre de l’Intérieur. Comme la dissolution de ces organisations est irréversible, cela doit rester dans le champ de la Justice, précise-t-il encore. Cependant, cette loi (après son parcours législatif) devrait permettre au gouvernement « d’agir rapidement pour interdire les activités. » Cela pourrait, par exemple, concerner la fermeture de comptes sur internet.

Un auditeur demande si le ministre de l’Intérieur envisage de s’attaquer aux organisations radicales flamingantes, à savoir celles qui aspirent à mettre fin à la Belgique. L’auditeur précise qu’il s’agit d’ironie pour illustrer l’arbitraire dans la détermination de ce qui est extrémiste ou radical. Pour Bernard Quintin, il n’y a pas d’arbitraire. « Il existe des doctrines à ce sujet établies par les tribunaux, le Conseil d’État, la Cour constitutionnelle, concernant ce que sont des activités visant à porter atteinte à notre société démocratique. Je ne suis pas du tout un nationaliste. Au contraire, c’est une idéologie que je combats sur le plan politique. »

Dans le collimateur du ministre figurent notamment les mouvements prônant la radicalisation, le séparatisme religieux, en particulier ceux à tendance islamiste. De manière générale, Bernard Quintin insiste sur la nécessité de lutter contre les mouvements qui fragilisent la démocratie. « Les fondements de la démocratie, c’est de pouvoir vivre dans une société où l’on limite, ou au moins l’on contrôle et l’on punit le racisme, l’homophobie et la xénophobie. »

Ne serait-il pas préférable de laisser ce domaine à la Justice ? Bernard Quintin rappelle que la Justice a toujours un rôle, particulièrement en matière de dissolution. Il souligne que le rythme de la justice est plus lent, car elle est amenée à rendre des décisions définitives. Mais « le temps de la menace est beaucoup plus court », dit-il. Il évoque le processus de radicalisation islamiste, qui peut s’opérer en quelques semaines, notamment en ligne via Internet et les réseaux sociaux.

L’intégralité de l’interview de Bernard Quintin, ministre de l’Intérieur, peut être écoutée dans son intégralité dans la séquence Auvio en tête d’article.